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Genre : Drame, romance

Année : 1962

Durée : 2h33

 

Synopsis :

Durant l'été, dans la petite ville de Ramslade, Humbert Humbert, un professeur de lettres divorcé et séduisant, loue une chambre dans la maison de Charlotte Haze, une matrone éprise de culture. Celle-ci essaie de séduire Humbert, mais ce dernier se montre beaucoup plus attiré par la juvénile Lolita.

 

La critique :

Excusez le manque d'innovation mais il est l'heure de revenir à nouveau avec une autre oeuvre de la filmographie plutôt courte mais très dense de Stanley Kubrick. Un réalisateur que l'on ne présente plus et qui a multiplié les controverses pendant presque toute sa carrière. Quasi chaque film suscita la controverse, l'exemple le plus représentatif étant Orange Mécanique, mais inutile de répéter ce que nous connaissons déjà. Aujourd'hui, parlons du cas de Lolita. Un film qui, comme j'ai dit avant, n'a pas échappé à l'ire de la population, pour changer. De fait, il s'agit de l'adaptation du roman éponyme de Vladimir Nabokov, publié en 1955. Pendant le tournage, Kubrick anticipa les controverses en prenant plusieurs précautions préalables notamment dans le choix de l'actrice qu'il lui donne l'âge de 16 ans en choisissant une actrice du même âge, alors que la Lolita du roman en avait 12.

Malgré tout, à sa sortie, le film fit scandale dans les milieux puritains. Ayant dû couper plusieurs scènes à cause de la censure, Kubrick déclarera plus tard que s'il avait su, il n'aurait pas tourné le film. Vous rajoutez qu'à cela, s'additionne les détracteurs qui lui reprocheront d'avoir trahi l'esprit du roman de Nabokov qui, pourtant, avait participé à l'adaptation. Ceci dit, cela n'empêchera pas à Lolita de rafler le Golden Globe Award du meilleur espoir pour Sue Lyon. On décèlera aussi à côté de moult nominations, notamment un Oscar du meilleur scénario adapté.
Un beau paradoxe qui renforça l'hostilité des détracteurs. Bref, pour ne pas changer, on tient là un film polémique qui construisit à l'époque cette sorte d'aura "démoniaque" du cinéaste qui n'avait presque peur de rien. Un réalisateur qui n'a pas fini de susciter le débat à notre époque mais l'heure est venue de passer à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Humbert Humbert, professeur de littérature française, cherche à louer une chambre pour l'été dans le New Hampshire. À cette occasion, il se présente chez Charlotte Haze, une veuve en mal d'amour qui, jouant les enjôleuses et les érudites, lui fait visiter sa maison et lui vante tous les avantages de la chambre à louer. C'est uniquement parce qu'il découvre l'existence de la jeune fille de Charlotte, Dolorès (surnommée « Lolita »), dont il tombe amoureux et pour rester auprès d'elle qu'Humbert louera la chambre puis épousera la mère. Lorsque Charlotte apprend la vérité, elle quitte précipitamment sa maison sous le coup de l'émotion et meurt accidentellement en se faisant écraser par une voiture. Humbert, « beau-père » de Lolita, est son tuteur légal. Leurs amours, d'abord platoniques, deviennent passionnées.

Avec pourtant, déjà, 55 années au compteur, le synopsis parvient à créer une sorte de léger malaise à la lecture. On pourrait, dès lors, s'attendre naturellement à une espèce d'oeuvre débauchée et amorale devenant une sorte de sacro-sainte relique pour certains hommes ayant une attirance non négligeable envers de jeunes adolescentes. Peut-on parler de pédophilie, comme certains l'ont martelé à sa sortie, sachant qu'ici l'adolescente à 16 ans et que la majorité sexuelle est, minimum, à 16 ans aux USA ? Je ne pense pas mais il faut bien se remettre dans le contexte d'une époque ayant lieu avant la libération sexuelle. De fait, il n'est pas étonnant de comprendre le scandale gravitant autour de Lolita.
Alors, comme je disais, on pourrait s'attendre à un résultat vulgaire, insolent et voyeuriste. Puis, on regarde le nom du réalisateur et on sait que l'on ne se retrouvera pas face à ce genre de travail torché par un incapable. Kubrick prouve qu'il sait aussi gérer de manière admirable le film d'amour.

Un film d'amour qui est notamment loin des conventions niaises que l'on peut observer à tout bout de champ aujourd'hui. Plus encore, Kubrick nous invite à sonder en profondeur le comportement de ce professeur plongé dans une véritable psychasthénie mentale au fil de son parcours avec Lolita. Cette fille, symbole à la fois de chasteté et de vulgarité, comme lui-même l'a dit, n'est autre que la représentation parfaite de ce désir inaccessible. Un désir qui rendra fou ce personnage semblant être dénué de toute vie de famille, de toute descendance. Un homme seul et libre loin de ce cliché de l'homme louche aux moeurs dépravées mais plutôt un homme parfaitement intégré dans la société, raffiné et d'une certaine intelligence. Cette brillante analyse du rapport complexe liant cet homme d'un certain âge et cette sorte de nymphe sera divisée en 2 parties : l'une plantant le décor où nous sommes invités à suivre le quotidien de Humbert au sein d'une maison d'accueil où il sera aux prises avec la matriarche nourrissant de profonds désirs sentimentaux envers lui mais qui se tuera accidentellement après une violente crise de jalousie.
La seconde partie verra Humbert s'occuper de Lolita et s'énamourant avec elle dans une relation d'une certaine ambiguïté où platonique et passion seront intrinsèquement liés.

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Une relation qui, dans un premier temps, sera psychologiquement saine. Cette idylle verra les personnages souriants, joyeux et filant un bonheur qui ne sera que éphémère. Plus le récit se poursuit et plus Humbert va sombrer dans un délire névrotique et paranoïaque où il cherchera par tous les moyens à garder Lolita près de lui, à véritablement l'étouffer, de peur qu'elle ne se livre à des ébats amoureux avec d'autres garçons. Ce "couple" commencera à s'empoigner, ils se crieront dessus et l'irréparable se produira quand Lolita, fiévreuse et admise à l'hôpital, partira en secret avec son soi-disant oncle.
Une séquence qui fera basculer Humbert dans ce qui s'apparenterait le mieux à une névrose obsessionnelle, une véritable crise de démence où fou de chagrin, il ira commettre l'irréparable. Mais je n'en dirai pas plus. De fait, on parvient à être passionné par cette relation insolite et malsaine où le professeur plongera dans les méandres d'un amour impossible.

Pourtant, à aucun moment, le réalisateur ne cherche à faire pleurer ou émouvoir. Le film n'a même pas vocation à faire cela et aborde de manière frontale et tout ce qu'il y a de plus sérieux son sujet. Un caractère certes frontal mais qui ne tendra à aucun moment dans le voyeurisme puisque les séquences plus intimes, dirons-nous, seront masquées par un filtre noir qui basculera directement le récit vers un autre passage. Une sorte de transition un peu à la manière des téléfilms (désolé je ne connais pas le terme exact de ce montage). Loin du caractère voyeuriste, on perçoit une certaine forme de douceur, d'innocence et de légèreté qui s'enorgueillit cependant d'un ressenti assez particulier que l'on ne parvient pas à décrire. Une certaine forme de malaise apaisé par cette douceur mais qui, très vite, fera place au chaos sentimental. Qu'on se le dise, l'intrigue ne tourne que rarement à vide bien que l'on pourra déceler certaines longueurs dû à une rude durée de 2h33. Un calvaire pour certains qui ne seraient pas pris dans l'histoire.

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Pourtant, malgré sa longue durée qui aurait méritée à être un peu raccourcie, on décèlera plusieurs séquences fortes avec, pour commencer, ce superbe générique de début où une main met du vernis à un pied avec une musique assez mélancolique en fond sonore. On pourra aussi parler de la séquence de l'hôtel. Bref, l'histoire compense par des scènes belles, passionnantes et très intéressantes. Secundo, au niveau de l'image, celle-ci est tout autant raffinée avec une image léchée via de superbes plans tant en extérieur qu'en intérieur. Kubrick prouve encore qu'il est un professionnel à tout point de vue. La bande sonore combine à la fois musique romantique, sonorités poétiques et aussi tragiques.
Enfin, le jeu d'acteur est tout autant passionnant avec James Mason interprétant avec brio cet homme, dans un premier temps sympathique, qui deviendra très vite étouffant et insupportable. La palme reviendra bien sûr à Sue Lyon interprétant Lolita et qui dégagera un charme inhabituel. On en est même à douter qu'elle a bien 16 ans. Shelley Winters qui incarnera Charlotte Haze se débrouille avec les honneurs dans le rôle de cette femme presque nymphomane plongée dans un vide sentimental. Le reste du casting se composera de Peter Sellers, Jerry Stovin, Diana Decker, Gary Cockrell entre autres qui s'en sortent tous avec succès.

En conclusion, Lolita est à n'en point douter un autre grand cru de la filmographie dense de Kubrick qui prouve qu'il sait manier tout aussi bien la SF, l'horreur, la comédie, la guerre que l'histoire d'amour. Le cinéaste parvient à créer un climat particulier et quelque peu dérangeant dû à une différence de près de 40 ans entre ce couple. Mais plus qu'une simple idylle tantôt platonique ou tantôt passionnelle ne déviant jamais dans le vulgaire, Lolita nous invite à suivre la plongée d'un homme intègre ne pouvant faire face à ses propres sentiments. Une déliquescence mentale dont l'issue sera fatale et qui remplace l'image de l'homme rationnel en amour. Une tragédie où beaucoup de non-dits ponctuent leur relation. De fait, on a là un long-métrage qui risque de ne pas plaire à tout le monde par son climat très particulier mais, qu'on se le dise, fort plaisant à suivre, à défaut d'être réellement intense.
Quasi irréprochable tant au niveau de l'image que du son, Lolita risque, par contre, de ne pas capter sur toute la durée l'attention du spectateur via une mise en scène et une durée un peu trop longues. Un Kubrick qui suscite le débat chez les cinéphiles mais qui est indubitablement de grande qualité. 

 

Note : 16/20

 

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