star wars les origines d'une saga

 

Genre : science-fiction
Année : 2007

Durée : 1h30

Synopsis : Comment expliquer la longévité de la saga "Star Wars", dont le premier épisode est sorti en 1977 ? Diverses influences ont contribué à faire de "Star Wars" une histoire universelle. Des témoignages de professeurs d'université et de cinéastes, agrémentés d'extraits, permettent de comprendre ces différentes influences. 

La critique :

Kevin Burns est essentiellement un producteur qui officie pour le compte de la télévision. Fan de la saga Star Wars depuis sa plus tendre enfance, le célèbre producteur américain joue les réalisateurs avec Star Wars : Les Origines d'Une Saga, un documentaire signé avec l'aval de George Lucas. Toutefois, ce documentaire n'a pas seulement pour vocation de flagorner les fans de la première heure, mais a aussi pour objectif d'analyser les grandes thématiques de la saga.
Autant le dire tout de suite. Elles sont nombreuses, foisonnantes et exhaustives. Diffusé sur la chaîne Arté pour la première fois en 2014, le documentaire s'attache à décrypter un phénomène mondialement célèbre et planétaire. Dans un premier temps, Kevin Burns s'attarde longuement sur Luke Skywalker, le personnage central de la première trilogie, celle qui est sortie entre 1977 et 1983, dates qui marquent l'apogée d'Un Nouvel Espoir, de L'Empire Contre-Attaque et de Le Retour du Jedi, soit les chapitres IV, V et VI.

Premier constat, l'évolution de son accoutrement au fil des trois épisodes. Si dans Un Nouvel Espoir, le jeune pilote insouciant est vêtu de couleurs d'albâtre, symbole de son innocence et de sa propre candeur, le futur apprenti Jedi se grime de couleurs grises par la suite, notamment lors de sa petite excursion sur Tatooine. Une planète hostile sur laquelle, soumis à l'apprentissage de Yoda, Luke Skywalker se confronte à sa plus grande peur : lui-même.
C'est ce qui semble tarauder le mentor chenu et verdâtre. Son nouvel élève semble inexorablement poursuivi par la colère et la peur, les mêmes émotions que son fallacieux patriarche, Dark Vador. Luke Skywalker est-il condamné à subir la même destinée funeste ? Telle est la question qui se pose en filigrane... 

414197

Puis, une fois devenu un Jedi accompli, Skywalker revêt une couleur noire uniforme, comme pour symboliser cette peur enfin assumée et ensevelie au fond de son être. Autre anecdote, son passage obligé par la Cantina, une sorte de bar malfamé et fréquenté par des extraterrestres protéiformes. Cet endroit aventureux marque aussi le passage de l'adolescence à l'âge adulte. Mais Star Wars, ce n'est pas exclusivement un seul et unique personnage.
Alors qu'il doit lutter contre l'Etoile de la Mort et les vils desseins de l'Empereur, Luke Skywalker peut compter sur le soutien indéfectible de la Princesse Leïa, sa propre soeur, et d'un contrebandier arrogant et vaniteux, Han Solo. Comme son nom l'indique (Solo...), ce contrebandier est un être taciturne et solitaire, à priori seulement appâté par le lucre.

Mais sa rencontre avec Luke et Leïa l'amène à changer son comportement souvent nombriliste et égotiste. Avec l'aide de Chewbacca, une sorte de boule de poils de plus de deux mètres, Han Solo s'engage dans une lutte sans merci contre l'Empereur et les roueries de Dark Vador. Quant à Leïa, la jeune femme symbolise évidemment la pureté mais aussi la Force. A sa manière, la princesse est aussi un chevalier Jedi. Il s'agit d'une femme au caractère opiniâtre qui n'hésite pas à utiliser les armes lorsque cela s'avère nécessaire. Intrinsèquement, Leïa renvoie à toutes ces figures féminines grecques qui prennent part à la guerre mais exaltent, à l'inverse, des temps plus cléments.
C'est une autre thématique essentielle de la saga : les mythologies grecques. 
Par certains aspects, l'épopée et les nombreuses épreuves traversées par Luke Skywalker s'inspirent essentiellement de l'Odyssée d'Ulysse et des Travaux effectués par Hercule. 

7769624-CM

Au cours de leur périple, ces héros de la mythologie évoluent et sont appelés à affronter leur propre destinée. Même les deux robots d'infortune, C-3PO et R2-D2, les deux histrions de la première trilogie (chronologiquement...), renvoient à ces bouffons qui jouaient le rôle d'observateurs lors de grandes assemblées ou en temps de guerre. Ils ne sont pas simplement de vulgaires jocrisses. Par exemple, R2-D2 détient la clé ou plutôt la carte de l'Etoile de la Mort et surtout le moyen d'annihiler cette arme de destruction massive. D'un point de vue cinématographique, ces deux androïdes ne sont que des reliquats de Laurel et Hardy, avec un grand (C-3PO) et un petit (R2-D2).
Star Wars renvoie aussi le spectateur à notre propre Histoire, souvent émaillée par la guerre et les grandes épopées.

En outre, l'histoire de Star Wars préfigure également la propre Histoire de l'Humanité. Hélas, cette même histoire est violente, barbare et sanglante. Par exemple, l'armée des clones érigée par l'Empereur n'est qu'une reconstitution de la Section d'Assaut adoubée par Adolf Hitler. Le casque de Dark Vador symbolise cette perte d'humanisme mais aussi cet être humain transformé en machine. Il est donc bien question ici de pouvoir. Pour acquérir cette force, Anakin Skywalker, futur Dark Vador, se laisse fourvoyer par l'Empereur. Ce qui n'est pas sans rappeler la malédiction de Faust, un héros tragique d'un conte populaire allemand. Dark Vador signe un pacte avec le Diable et périt donc dans les flammes.
Une destinée funeste, par deux fois punie par les flammes de l'enfer. 
Une première fois contre Obi-Wan Kenobi lors d'un combat homérique dans un endroit en fusion et en pleine ébullition, et lors de sa propre inhumation. Quant aux chevaliers Jedi, ils jouent à la fois le rôle de mentor, de samouraï et de prêtre, prêchant à la fois la bonne parole mais toujours prêts à sortir le sabre laser et à guerroyer lorsque la paix universelle est menacée...
Si la Force doit logiquement mener vers la paix intérieure, à contrario, elle peut être dévoyée par le côté obscur, une ombre maléfique qui se tapit en chaque individu. 
Par peur notamment de perdre sa dulcinée, Padmé, Anakin Skywalker vendra son âme à l'Empereur. Bref, on tient là un documentaire vraiment passionnant qui permet de revisiter les moments essentiels de la saga, tout en comprenant ses codes et ses thématiques universelles. De facto, George Lucas est parvenu à créer sa propre mythologie. Forcément essentiel.

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver