le grand silence

Genre : Western, Western Spaghetti (Interdit aux moins de 12 ans)

Année : 1968

Durée : 1H46

L’histoire : L’Utah pendant l’hiver 1898, le froid extrême pousse les paysans à devenir des hors-la-loi et à descendre des forêts pour piller les villes. Des chasseurs de primes sont alors payés pour les abattre. Le meilleur d’entre eux et aussi le plus cruel est un nommé Tigrero. Cependant, un Pistolero muet qui se fait appeler « Silence » va s’opposer à lui.

La critique :

Attention western choc et véritablement atypique, j'ai nommé Le Grand Silence, réalisé par Sergio Corbucci en 1968. A l’époque, ce cinéaste italien spécialiste du cinéma bis s’est déjà fait remarquer pour plusieurs westerns spaghettis, le plus notable étant Django. En 1968, le genre commence à s’épuiser et les westerns spaghettis finissent par tous se ressembler. Corbucci a bien conscience des limites du filon et décide de les repousser en réalisant un western totalement atypique.
Attention SPOILERS ! En 1898, l’Utah est frappé par un hiver extrême à la neige abondante et au froid glacial. Pour survivre, paysans et bûcherons doivent se reconvertir en hors-la-loi, piller et voler. Cependant dans la région, il ne fait pas bon d'être un bandit. En effet, les chasseurs de primes traquent sans pitié tous les bandits et les vagabonds en échange d’une poignée de dollars. 

Le meilleur et le plus cruel d’entre eux se nomme Tigrero, un mercenaire sadique et violent, à la solde d’un usurier de la région. Un jour, survient alors un pistolero muet qui se fait appeler « Silence » et qui ne fait parler que son pistolet. Véritable as de la gâchette, il est engagé par Pauline, une jeune femme dont le mari a été assassiné par Tigrero, pour tuer les chasseurs de primes. Petit à petit « Silence » commence son entreprise de vengeance, mais il tombe également amoureux de Pauline. Voilà donc pour la trame du scénario qui, comme bon nombre de westerns spaghettis, reprend le mythe du justicier mystérieux arrivant dans une région désolée pour tuer les bad guys
Cependant, c’est le traitement opéré qui rend Le Grand Silence différent, et qui en fait l’un des westerns les plus atypiques de l’histoire du cinéma. 

L’originalité première de ce western, c’est sans doute le fait que ce soit un « western hivernal ». Par là, entendez que le film oublie la canicule et le désert pour le froid glacial et les étendues de neige. C’est l’un des rares westerns avec John McCabe à avoir opéré ce choix de décor qui renouvèle totalement l’esthétique du genre. Dans ce décor quasi eschatologique, les personnages sont eux-mêmes étranges. A commencer par « Silence » qui, par le fait d’être muet, est clairement une version exagérée des héros de western spaghetti généralement peu bavards.
Pour incarner le personnage, Corbucci fait appel à l’acteur français Jean-Louis Trintignant. Bien vu ! Car l’acteur est vraiment superbe dans ce rôle et parvient à conférer au personnage une vraie puissance dramaturgique.

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D’ailleurs on note une autre originalité, « Silence » n’utilise pas un revolver classique, mais un Pistolet Mauser semi automatique. L’autre personnage clé du film, c’est bien évidemment celui de Tigrero, le chasseur de prime sadique. C’est sous les traits du grand Klaus Kinski (qui était déjà une figure du western spaghetti) que le personnage est mis en scène. Il faut dire que l’acteur a la parfaite gueule de l’emploi. Kinski est absolument impérial dans le rôle de ce personnage monstrueux. 
L’acteur apporte énormément au film par sa prestation démoniaque. Le charme du film est également porté par la composition de Vonetta McGee dans le rôle de Pauline. Le reste du casting voit intervenir d’autres têtes du genre, on citera entre autres Frank Wolff, Luigi Pistilli et Mario Brega. A l’image de DjangoLe Grand Silence est un western très violent et sanglant.

Outre la violence graphique, c’est le nihilisme qui teinte le film qui contribue avant tout au choc abrupt des images. Par exemple, comment ne pas citer la scène finale sombre, désespérée et sans concession ? D’ailleurs la fin fut jugée tellement nihiliste que les producteurs demanderont à Corbucci de réaliser une conclusion plus joyeuse, qui est d’ailleurs visible dans les bonus du DVD. Mais le film y perd et c’est clairement cette fin désespérée, qui fut d’ailleurs retenue comme la fin légitime et officielle. La réalisation de Corbucci atteint des sommets, le réalisateur parvient à instaurer un climat sombre et étrange et tire totalement parti de son décor. 
Le Grand Silence figure sans problème dans le panthéon des meilleurs westerns spaghettis. Il constitue sans aucun doute le sommet de Sergio Corbucci.            

 

Note : 17,5/20

 

vince Vince