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Genre : Policier, thriller, horreur (interdit aux -12 ans)

Année : 1964

Durée : 1h25

 

Synopsis :

La Comtesse Como dirige à Rome un atelier de haute couture très réputé. Les ennuis commencent le jour où Isabelle, un de ses mannequins, est retrouvée morte dans une armoire. Le doute n'est pas permis : il s'agit d'un meurtre, et le premier d'une longue série.

 

 

La critique :

Depuis un petit temps, mon opinion plutôt hostile à propos des giallos, genre horrifique typiquement italien, est en train de changer et petit à petit. L'atmosphère si inquiétante commence à exercer une sorte de fascination. Aujourd'hui, lançons-nous dans une nouvelle chronique consacrée à un autre film de Mario Bava, réalisateur ayant déjà eu les honneurs sur ce blog après une chronique consacrée à Les Démons de la Nuit (plus connu sous le nom de Shock). Cependant, malgré une influence très importante dans l'univers du giallo, ce réalisateur reste peu connu du grand public et voit sa popularité dépassée par Lucio Fulci ou encore Dario Argento que l'on ne présente plus non plus.
De fait, ces deux réalisateurs sont en quelque sorte l'emblème du genre. A titre personnel, je ne peux pas trop juger, sachant que je n'ai pour l'instant vu aucun film de Argento et que deux des trois films vus de Fulci ne m'ont pas laissé une forte impression. 

Néanmoins, on a tendance à oublier que Bava est probablement l'instigateur qui a le plus contribué à la naissance du giallo. La Fille qui en savait trop (allusion au film de Hitchcock), sorti en 1963, fut considéré comme le premier film du genre. Mais c'est l'année suivante dans le film chroniqué aujourd'hui, à savoir Six Femmes pour l'Assassin, que le cinéaste introduit un des éléments emblématiques du genre, le meurtrier masqué avec une arme brillante dans sa main gantée de noir. Vous l'avez compris, sous ses dehors de film peu cité en premier quand on parle de ce mouvement, Six Femmes pour l'Assassin est incontestablement une oeuvre majeure de cet univers si particulier.
Reste à voir si le film a su répondre à nos attentes.

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ATTENTION SPOILERS : L'atelier « Christian » est une maison de haute couture très réputée qui a pour cadre un véritable petit château dont la propriétaire, la Comtesse Como, est également la directrice de l'établissement. Elle est associée à Max Morlachi, un homme d'apparence austère qui s'occupe essentiellement de la partie administrative. La Comtesse, veuve, a hérité de son mari décédé dans un accident de voiture. Elle a pour employés deux modélistes : Cesar et Marco, et une dizaine de modèles. Les ennuis commencent lorsque Christiana découvre le cadavre d'Isabelle, l'un de ses mannequins, dans une armoire.

Synopsis très intéressant de premier abord et loin du travail et du style de Fulci et d'Argento (et de certaines oeuvres de Bava aussi). Incontestablement, Six Femmes pour l'Assassin ne boxe pas dans l'ambiance fantastico-horrifique que nous pouvions observer dans des films comme L'Au-Delà ou Ténèbres pour ne citer que eux. Ici nous évoluons dans une pure réalité parfaitement ancrée dans le thème du roman policier horrifique. Exit les monstres gluants, les entités démoniaques et autres fantômes pour faire place à un tueur en série masqué et sans la moindre once d'empathie.
Bava ne s'embarrasse pas de traîner son intrigue en longueur et va directement à l'essentiel en assassinant très vite sa première victime et la placer dans une armoire au sein de la maison de couture. Rapidement, une atmosphère glaciale et un climat de tension se créent dans cette petite communauté de mannequins dépassées par les événements. 

La police est mise sur l'affaire mais patine de plus en plus face au manque évident de preuves. Ainsi, l'intrigue policière se suit avec un intérêt non négligeable. Le réalisateur a su créer un récit pour le moins très plaisant à suivre et brouillant de fait, à plusieurs reprises, les pistes. L'inconnu et le mystère sont aux abonnés présents. Certes, le réalisme n'est pas présent à 100% et on décelera quelques facilités dans les choix du scénario mais le tout est agréable et prenant. L'intensité est là et c'est ce que l'on attend, d'autant plus que la fin est plutôt réussie et loin de ce que l'on en attendait.
Indiscutablement, Bava avec son Six Femmes pour l'Assassin agrippe le spectateur pour une durée très démocratique de 85 minutes. Il n'hésitera pas aussi à pointer du doigt une bourgeoisie ne se sentant aucunement concerné par cette série de crimes et n'éprouvant que peu d'intérêt pour les victimes. Un comte masquant ses difficultés financières, un riche antiquaire cocaïnomane. La bourgeoisie n'est pas spécialement aussi raffinée que ce que l'on en attendait. On aurait aimé que Bava aille plus loin dans son étude sociologique mais le risque que cette analyse bouffe la priorité du long-métrage aurait été trop risquée. Au final, c'est plus un mal pour un bien.

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Un autre point qui rehausse considérablement l'intérêt du film réside bien dans son esthétique riche en couleurs et qui rappelle fortement le théâtre dans ses jeux de lumière. Ainsi, les couleurs variées sont omniprésentes, rendues par des jeux de lumières conférant une tonalité oscillant entre le surnaturel et le cauchemar. Une esthétique qui pourrait être considérée comme trop artificielle et tape-à-l'oeil mais nous sommes bien forcés d'admettre que le style est d'une grande beauté. Une esthétique qui s'accorde, de facto, bien avec le lieu central du récit, donc la maison de couture. Quelque part, cette idée n'est pas stupide et rappelle bien le monde de la mode, riche en panel de couleurs.
Bava met en place une atmosphère d'un grand raffinement, le tout renforcé par les mannequins en bois et autres chevalets de couture. Qu'on se le dise, l'image est riche en détail et pourra hypnotiser ceux qui n'ont pas peur des ambiances clinquantes. 

Un mot est aussi à dire sur la bande sonore que n'aurait pas usurpé James Bond tant on a cette impression qu'elle est issue d'une des nombreuses oeuvres de cette franchise. Un style qui fait sourire mais qui est plaisant à écouter, tout en s'imbriquant bien dans le style policier. En ce qui concerne le jeu d'acteur, on ne sautera pas au plafond malgré des interprétations correctes, avec au casting Cameron Mitchell, Eva Bartok, Thomas Reiner, Arianna Gorini, Dante Di Paolo ou encore Mary Arden. Bizarre me direz vous de trouver autant de noms étrangers. Après quelques recherches, il semblerait que la France et Monaco auraient joués un rôle dans la production du film et je suis tout autant étonné que vous de savoir que Monaco peut aussi produire des films. Pour en revenir à ce que je disais, donc le jeu d'acteur oscille entre l'interprétation juste et le jeu d'acteur passable sur certains points mais l'ensemble se débrouille agréablement. L'assassin masqué et silencieux a un certain style et charisme.
Et en prime, l'Italie confirme sa réputation de "the place to be" pour la beauté des femmes. Que demande le peuple ?

En conclusion, Six Femmes pour l'Assassin est un de ces giallo malheureusement oublié de beaucoup alors qu'il est souvent cité comme le chef d'oeuvre de Mario Bava. Possédant un scénario plaisant, mystérieux et intriguant à suivre, le tout combiné à une esthétique d'une grande beauté, l'oeuvre séduit immédiatement et crée une sorte de fascination pour celui qui se laisse porter par ce style très singulier. Certes, on pourra déceler certaines réactions un peu ridicules dans le déroulement des meurtres. Je pense à l'assassin qui étouffe avec un coussin une femme qui se laisse presque faire et ne cherche pas à se débattre ou encore de cet étrangelement vitesse grand V bouclé après moins de 15 secondes. Mais au final, le charme est bien là et le maquillage des cadavres fait son effet.
D'une beauté morbide, Six Femmes pour l'Assassin est l'un de ces giallo qui mériterait d'être beaucoup plus mis en valeur, d'autant plus que c'est une oeuvre majeure dans les fondements du genre. Un incontournable du giallo !

 

Note : 15/20

 

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