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Genre : Thriller (interdit aux -12 ans)

Année : 1971

Durée : 1h42

 

Synopsis :

Un programmateur de disques de radio passe tous les jours, à la demande d'une auditrice, la chanson "Misty". Un soir dans un bar, il rencontre une jeune femme, Evelyn. Elle lui avoue être l'auditrice. Une liaison plus qu'orageuse s'annonce.

 

 

La critique :

Clint Eastwood fait partie de ces légendes du cinéma vénérées par beaucoup de cinéphiles et à qui l'on doit un nombre de réalisations très impressionnantes. Comment ne pas songer à Lettres d'Iwo Jima, Gran Torino, Mystic River ou Million Dollar Baby pour ne citer que ceux-là. Bien sûr, il ne s'est pas seulement illustré en tant que réalisateur mais aussi en tant qu'acteur dans de nombreux films de western plébiscités par les passionnés du genre comme dans Pendez-les Haut et Court, Le Bon, la Brute et le Truand mais aussi dans Pour une Poignée de Dollars. Cela n'étonnera personne si l'acteur et réalisateur est rentré aujourd'hui dans le panthéon du septième art, tout en restant encore très actif aujourd'hui. On a pu l'observer avec American Sniper en 2014, Sully en 2016 et A Star Is Born qui sortira en 2018. Comme vous pouvez le constater, ce dinosaure de 87 ans résiste aux ravages de la vieillesse et non content de nous offrir des films, il nous offre la grande qualité qui va avec. 

Mais concentrons nous plutôt sur l'oeuvre d'aujourd'hui du nom de Un Frisson dans la Nuit, sorti en 1971 et marquant le premier film dans lequel Eastwood est à la fois acteur et réalisateur. Je l'ai répété de nombreuses fois mais dans chaque filmographie, des films passent à la trappe dans le plébiscite auprès du large public et malheureusement, cette oeuvre en fait partie. Peu de gens citent souvent ce film en premier alors qu'il est vecteur d'une grande avancée de la carrière de l'acteur-réalisateur. Nanti d'un budget restreint, le film remportera un grand succès à sa sortie et permettra à Eastwood de poursuivre sa carrière de metteur en scène. Côté acteur, il lui a permis de redorer son blason après l'échec critique et commercial de Proies. Bref, on tient là un film très important.
Pour la petite info, Eastwood s'inspirera de sa propre expérience pour la réalisation vu que, plus jeune, il a été harcelé par une femme plus âgée que lui. Maintenant passons à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Dave Garver est disc-jokey dans une radio de Carmel-by-the-Sea, en Californie. Un soir, après son émission, il fait la rencontre d'Evelyn, une de ses ferventes admiratrices. Celle-ci l'appelle à chaque fois pour lui demander de passer la même chanson, Misty, de Erroll Garner. Ils sympathisent et passent la nuit ensemble. Très vite pourtant, Dave va se rendre compte de la folie d'Evelyn, qui se montre très possessive et violente, notamment envers l'ancienne compagne de Dave que ce dernier cherche à reconquérir.

En d'autre terme, on tient là un synopsis qui ne peut qu'appâter la curiosité de tout passionné ou même simple amateur de thriller. Le film tient il cependant la route ? Fort heureusement, on ne peut d'ailleurs qu'être d'accord avec les critiques qui ont salué la qualité du récit. Très vite, le réalisateur entre dans le vif du sujet et après, à tout casser, 10-12 minutes le temps de planter un peu le décor, il fait apparaître cette mystérieuse Evelyn. Evelyn ou le symbole même de la femme au visage chaleureux et à la personnalité rassurante masquant pourtant une grave psychasthénie mentale qui ne se révèlera que peu de temps après. La plongée en enfer est dès lors inéluctable pour ce disc-jokey d'une petite radio paumée d'un patelin du fin fond de la Californie. Evelyn, dans un premier temps, va se montrer envahissante en se ramenant sans prévenir à la demeure de Garner, puis insistera pour le voir et s'embarquera dans un délire égoïste et amoureux où elle dit l'aimer au point d'en mourir tout en lui hurlant dessus pour s'excuser après et lui dire que cela ne se reproduira plus.

Effectivement, cela ne se reproduira plus, ça sera même pire. Devenue violente et atteinte d'une impressionnante névrose obsessionnelle mettant mal à l'aise le spectateur, elle va très vite harceler Garner, faire preuve de chantage, faire un double des clés à son insu et finira par réveiller en elle des pulsions, pas seulement autodestructrices, mais meurtrières. J'en resterai là pour éviter de gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas encore vu mais comprenez bien que cette relation malsaine, désespérée et d'une grande austérité impressionne mais sans jamais verser dans la surenchère et l'exagération outrancière. Le déroulement des enchaînements est crédible, de même que l'intensité permanente du récit.
Eastwood maîtrise très bien son sujet et se livre à une plongée dans le cerveau malade de cette femme d'apparence intègre. Il traite de cet amour inaccessible que beaucoup de gens rencontrent mais, à la différence de beaucoup, certains ne supportent pas de ne pas arriver à leur fin et basculeront dans une folie dangereuse tant pour eux que pour leur dulciné(e) et parfois l'entourage de ce/cette dernier/dernière.

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Ses pulsions néfastes envers l'entourage de Garner seront bien sûr au rendez-vous. On espère cependant que la réalité de ce qu'il a vécu était loin de la démence qu'il endure dans ce récit. Comprenez bien aussi que la psychologie du disc-jokey sera mise à rude épreuve entre les cauchemars et un caractère de plus en plus froid. Ce genre de relation terrifiante se rencontre malheureusement dans la vie de tous les jours et peut parfois déboucher jusqu'au meurtre, au suicide ou même les deux. A côté, Eastwood ne se prive pas d'intégrer une amère critique de la justice qui relâchera sous serment la démente, loin d'être guérie par une psychothérapie que le réalisateur semble juger obsolète.
La critique de la justice est un grand classique dans de nombreux films, une critique juste quand nous observons l'incompétence et le pathétisme de la justice en France et en Belgique. Bon, si les USA sont réputés être plus intransigeants, il semblerait qu'ils peuvent être aussi laxistes sur certains bords mais là est un autre débat. 

A travers tout ceci, Eastwood nous délivre un film passionnant et impressionnant où la pression n'est jamais relâchée, de même que la trame, elle-même, qui ne s'éternise jamais. Les 102 minutes sont remplies et très bien utilisées. On appréciera aussi le lieu de l'action se déroulant dans un village de bord de mer, un village semblant être en dehors du temps et isolé. Un lieu en parfaite adéquation avec Garner qui n'obtiendra pas de résultats satisfaisants de la police et qui, malgré son amour envers Polie, se retrouvera bien seul pour faire face à Evelyn. Ceci dit, si la mise en scène est de grande qualité, on rechignera sur certains points, à commencer par l'agression sauvage de la femme de ménage où la caméra s'embarquera dans tous les sens. De même que le "combat" final se montrera un peu étrange mais dans l'ensemble, le scénario et la mise en scène s'en sortent avec les honneurs.

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Pour ce qui est de l'aspect esthétique, peu ou prou de surprises et rien qui ne saute vraiment aux yeux. L'image est conventionnelle, sans réelle recherche esthétique mais n'est pas laide pour autant. Au contraire, Eastwood filme beaucoup les décors naturels toujours avec un certain aspect contemplatif. Une dualité entre la beauté des décors et le cauchemar en cours. Bon, après comme j'ai dit, ça reste conventionnel. La caméra filme bien l'action malgré quelques soubresauts épileptiques durant 2 passages mais on reste satisfait de l'ensemble. Niveau bande sonore, musiques posées sont au rendez-vous et le tout est agréable à entendre. En ce qui concerne maintenant le jeu d'acteur, la star du film est, sans surprise, est Jessica Walter interprétant Evelyn. On est stupéfait de son interprétation à la fois crédible et démente, tout en étant admiratif de la façon avec laquelle elle fait corps avec son personnage. On sera aussi satisfait de l'interprétation de Clint Eastwood en Dave Garner.
L'acteur-réalisateur nous offre ce charisme qui lui colle à la peau, bien que l'on pourra dénoncer un manque de gnac dans certaines réactions. Pour ce qui est du reste du casting, on retrouvera Donna Mills, John Larch, Clarice Taylor (j'ai eu une affection toute particulière dans son rôle de femme de ménage) ou encore Jack Ging. Leur interprétation est correcte. Un fait notable est que Un Frisson dans la Nuit a une connotation progressiste car la libération sexuelle du début des années 70 est présente et on voit apparaître des acteurs noirs américains dans des rôles importants. 

En conclusion, Un Frisson dans la Nuit, si elle est considérée par un certain nombre comme oeuvre minime dans la filmographie de Clint Eastwood, est sans nul doute un grand film qui mériterait davantage de reconnaissance auprès du grand public pour son thème passionnant traité de manière complexe. Le cinéaste met en scène de manière brillante cette relation destructrice au travers de la folie de Jessica Walter, parfaitement investie dans la peau de cette Evelyn. Ou quand l'obsession est mère destructrice. Si l'on pourra pester contre quelques maladresses de caméra dans les moments d'action et un jeu d'acteur peu marquant pour Eastwood malgré son charisme naturel, on est quasi soufflé arrivé au générique de fin tant l'intensité était d'une redoutable efficacité.
Que dire de plus si ce n'est que Un Frisson dans la Nuit est un thriller qui ravira autant les passionnés que les amateurs du genre à travers une ambiance austère et oppressante. On aurait presque envie de se mettre en couple juste après le visionnage.

 

Note : 15,5/20

 

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