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Genre : Historique, biopic, drame (interdit aux - 12 ans avec avertissement)

Année : 2004

Durée : 2h07

 

Synopsis :

Les douze dernières heures de la vie du Christ. Rendu au Mont des Oliviers, Jésus prie après avoir partagé un dernier repas avec ses apôtres. Il résiste maintenant aux tentations de Satan. Trahi par Judas, Jésus est arrêté et emmené à Jérusalem, où les chefs des Pharisiens l'accusent de blasphème et lui font un procès qui a pour issue sa condamnation à mort.

 

 

La critique :

Le cinéma a, depuis toujours, vu se succéder des réalisateurs polémiques qui ne manquaient pas de créer le débat ou la sensation à la sortie de chaque nouveau film. Déjà à l'époque, Jean Renoir bousculait le régime de Vichy et vit plusieurs de ses films censurés par les nazis. On peut aussi citer René Vautier et son sulfureux Afrique 50. Et puis, bien sûr n'oublions pas Kubrick et Pasolini, assurément les cinéastes les plus polémiques si l'on se cantonne bien sûr au cinéma traditionnel. On pourra aussi rajouter Mel Gibson, un acteur-réalisateur qui suscita la controverse au niveau de sa vie privée en raison de ses problèmes d'alcool déjà depuis son enfance et un passé lié à la drogue.
Pourtant, pratiquant assidu du catholicisme traditionnel, sa conduite en état d'ivresse et ses propos antisémites eurent raison de l'hostilité médiatique à son encontre. Ainsi, en 2004, Gibson bouscule fortement le milieu du cinéma en sortant une bombe du nom de La Passion du Christ, narrant les douze dernières heures de la vie du Christ. Un sujet extrêmement tabou et glissant qui échappe rarement aux critiques. On se souvient de La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese qui vit des salles de cinéma incendiées par des catholiques extrémistes ayant engendré même la mort d'un spectateur. 

Ici, exit ces dérives absurdes, bien que la sortie de cette oeuvre suscita également la polémique, à commencer par cette déclaration d'un historien sioniste déclarant que ce film attiserait la haine antisémite. Mais entre nous, l'avis d'un sioniste, on sait ce que ça vaut, d'autant plus que la Bible Sacrée a été citée en justice par la LICRA pour opérer des changements sur certains passages. Mais là est un autre débat. Beaucoup dénonçaient l'extrême violence du récit et Paul Verhoeven villipenda fortement la qualité même de l'histoire et la neutralité historique qu'il jugeait absente. Pourtant, cela n'empêcha pas La Passion du Christ de rencontrer un succès gigantesque, à un point tel qu'il sera classé 14ème film le plus rentable de l'histoire du cinéma américain avec plus de 370 millions de recettes.
Nommé à 3 Oscars, il n'en recevra pourtant aucun. Enfin, la dernière précision concernera le tournage très éprouvant vu que tout le monde tomba malade, que Jim Caviezel, l'acteur principal, s'est démis l'épaule sur la croix et a même reçu des coups de fouets lors de la scène de la flagellation. Vous l'aurez compris, on a là un film qui a toute sa place sur Cinéma Choc mais aussi un film qui sera délicat à chroniquer. 

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ATTENTION SPOILERS : Les douze dernières heures de la vie de Jésus de Nazareth, la Passion : Jésus prie au mont des Oliviers et résistant à la tentation de Satan. Capturé par les autorités juives, Jésus est ensuite flagellé après sa dénonciation par Judas auprès du Grand Prêtre Caïphe et de sa cour. On voit ensuite son jugement par le préfet romain Ponce Pilate et son passage devant Hérode aboutissant à sa condamnation à mort. Le film est entrecoupé de flash back sur les moments principaux de la vie publique du Christ, comme le Sermon des Béatitudes. Le film s'achève par la montée de Jésus au Calvaire, sa crucifixion avec Marie et Marie-Madeleine pour témoins, puis sa résurrection.

Bref, comme vous pouvez le constater, on se retrouve en présence d'un film historique narrant le point culminant de la vie du Christ, l'épisode de la crucifixion. Un épisode ayant servi de base solide au christianisme par le biais des reliques saintes présentes dans les églises mais aussi, évidemment, chez les catholiques et chrétiens. Que peut on en dire ? Il ne fait aucun doute que La Passion du Christ est assurément une oeuvre de grande qualité, profonde, complexe et très éprouvante à endurer, même pour des non chrétiens. Cela est surtout rendu par une violence frontale et viscérale qui en marquera plus d'un. Mel Gibson n'y va pas avec le dos de la cuillère et choisit de montrer le calvaire du Christ sous toutes ses formes. Je me rappelle encore d'ailleurs de ma grand-mère qui me disait qu'une de ses connaissances n'avaient pas su finir le film. Ce qui renforce quelque part son côté percutant chez les pratiquants. Ainsi, de l'arrestation au mont des Oliviers jusqu'à la crucifixion, tout est montré dans les moindres détails.
La scène de la flagellation est de loin la plus éprouvante vu que nous sommes amenés à assister au moment où le Christ sera fouetté au bâton puis au fouet parsemé de bouts de métal tranchants, déchirant les chairs et faisant couler le sang à flot. Séquence d'autant plus éprouvante que l'acteur sera réellement fouetté (mais quand même pas jusqu'à se faire arracher les chairs, du moins je l'espère pour lui). 

Suivra ensuite la scène du calvaire de la marche où Jésus doit porter sa croix jusqu'au mont Golgotha. Durant son périple, il sera bousculé, renversé, insulté, recevra des pierres et encore des coups de fouet. Sur le mont, il sera crucifié via des énormes clous plantés dans la paume de ses mains et au niveau des pieds. Inutile de vous dire que rien ne sera censuré. Ce qui confirme amplement l'interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. Au cours du visionnage, on peut déceler toute l'imbécilité stratosphérique des religieux de confession juive de l'époque qui n'ont pas hésité à envoyer à la mort leur Roi, à le châtier, à lui cracher dessus, à faire preuve de cruauté et de barbarie.
On a plus cette impression d'avoir en face de nous des bêtes sauvages avides de sang et de violence. Cette foule ira même jusqu'à choisir la libération de Barrabas, assassin notoire, plutôt que celle du Christ. Mel Gibson offre un portrait peu reluisant de la nature humaine et de ses idéaux vacillants. Selon lui, la violence est inhérente à toute personne, même au religieux. Bien sûr, il faut se remettre dans le contexte de l'époque où la violence des pratiquants était chose courante.

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Mais entre nous, bien que j'ai lu la Bible étant plus jeune, les souvenirs de la véracité exacte de ce passage sont assez flous. Ce qui par contre est une certitude est que les évangiles atténuaient la participation de Ponce Pilate dans la mise à mort de Jésus et ont fait porter cette responsabilité presque toute entière sur les juifs. Peut-être cette cruelle vérité déclencha l'ire des associations de notre époque. En ce qui concerne la mise en scène, difficile de ne pas être interpellé par ce récit monté de manière à ce que l'intensité agrippe le spectateur et le cloue (jeu de mot facile) à son siège.
Gibson va à l'essentiel, parfois trop, et n'éternise jamais son récit, tout en apportant une grande crédibilité dans le déroulement des évènements, bien que l'un ou l'autre point sera occulté. Par exemple, on aurait aimé voir quelques passages se déroulant avant la séquence du mont des Oliviers au début. La séquence de la Cène aurait pu être bienvenue. Ces passages resteront assez rares mais le fait d'aller trop à l'essentiel peut déranger. 

On pourra être aussi déçu du relatif manque de profondeur en ce qui concerne le Christ. Comme disait Verhoeven : "On n'y apprend pas à connaître Jésus. On ne sait pas ce qu'il défendait". Bon, on peut se rabaisser à parler des valeurs du sacrifice de soi et de partage mais il aurait été nécessaire d'aller plus loin. Enfin, on pourra reprocher une exagération volontaire dans le traitement des oppresseurs. Ceux-ci hurleront de rire tout en prenant un plaisir malsain à le torturer. Des rires trop forcés qui prêteront plus au ridicule qu'autre chose. Je pourrais aussi mentionner la scène où Judas se cache en-dessous d'un pont au mont des Oliviers après l'arrestation de Jésus pour voir une sorte de démon fantomatique surgir à ses côtés et disparaître aussitôt. Une scène inutile et de mauvais goût rappelant plus le film d'épouvante qu'autre chose. Je chipote mais dans un récit d'une telle envergure, il est important d'avoir un scénario à la précision millimétrée et pensé de A à Z.

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Pour ce qui est de l'aspect technique du long-métrage, celui-ci force le respect. La reconstitution des décors est impressionnante de vérité et le tout sera mis en évidence via une caméra toujours bien placée et ouverte sur les décors mais qui n'hésitera pas à oppresser le spectateur en filmant de près la longue décrépitude du Christ. Les effets spéciaux ont de fait un rendu très impressionnant, déjà parce qu'ils ne sont pas tous fictifs mais aussi parce que le temps de maquillage fut astronomique pour l'acteur principal avec des séances de près de 7h pour les dernières scènes du film. Au niveau du jeu d'acteurs, la qualité est au rendez-vous avec un Jim Caviezel très investi dans la peau de son personnage de Jésus de Nazareth, en plus d'avoir un physique en adéquation avec l'aspect du Christ ancré dans la conscience populaire. Les autres acteurs principaux sont aussi très crédibles avec, au casting, Maia Morgenstern, Christo Jivkov, Francesco de Vito, Hristo Chopov ou encore Mattia Sbragia.
A noter que Pedro Sarubbi, interprétant Barrabas, trouvera la foi au cours du tournage. De plus, pour renforcer davantage la crédibilité du récit, La Passion du Christ sera entièrement tourné dans les langues supposées être parlées en Judée au 1er siècle (araméen, hébreu et latin). On imagine une fois de plus l'effort qu'il fallait aux acteurs pour assurer les dialogues. 

En conclusion, La Passion du Christ est, à n'en point douter, un long-métrage polémique, dérangeant et bousculant la pensée des chrétiens et catholiques. Mais avant tout, il est aussi un film de qualité certaine qui donne un gros coup de pied dans la fourmillière en représentant le tabou et l'interdit religieux de manière frontale. Le résultat est que nous avons là une oeuvre qui ne se censure pas et dont la violence tant physique que psychologique est d'un rendu très élevé, ce qui fait que La Passion du Christ sera à réserver à un public averti. Pourtant, le scénario perdra en force par le fait d'aller trop à l'essentiel et d'occulter, ou transformer en brefs flash-back, certains passages très importants qui précédèrent la crucifixion. On aurait aimé un développement de la personnalité plus profond pour Jésus de Nazareth. La présence de ces défauts baissent pas mal la note finale d'un film mais fort heureusement, Gibson nous livre un film qui ne prend pas son public pour des imbéciles et a au moins le mérite de ne pas sombrer dans la bien-pensance aveugle où le moindre acte de cruauté est censuré.
A noter que Randall Walace, scénariste de Braveheart, annonça en 2016 que Mel Gibson travaillait à la mise en scène d'une suite représentant la résurrection du Christ. Une nouvelle enthousiasmante et déjà attendue au tournant.

 

Note : 14,5/20

 

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