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Genre : Fantastique, épouvante, horreur (interdit aux - 16 ans chez nous/interdit aux - 18 ans à Hong-Kong)

Année : 1983

Durée : 1h25

 

Synopsis :

Une jeune femme qui délaisse son mari abandonne son amant au milieu de nul part et tombe face à deux jeunes écervelés qui la brutalisent, la violent, et finissent par la tuer involontairement. Mais, son mari, Philip Ko connait un maître en sorcellerie et compte bien s'en servir pour se venger de tout ce beau monde.

 

La critique :

Certes, quand nous pensons au cinéma hong-kongais, la première chose qui nous vient à l'esprit sont les films d'arts martiaux où kung-fu et karaté se côtoient dans des films toujours plus ambitieux dans leur maîtrise des combats. Néanmoins, Hong-Kong possède une face cachée, une face qui n'est connu que de peu des cinéphiles et qui a suscité divers controverses. Je veux bien sûr parler des très célèbres (tout est relatif) Catégorie 3 qui ont proliféré par dizaines durant la deuxième moitié des années 80 et les années 90. Même si ça déjà été dit avant dans d'autres chroniques, il est bon de préciser que la Catégorie 3 souligne l'interdiction aux moins de 18 ans sur le circuit hong-kongais, ce qui équivaut à une interdiction aux moins de 16 ans chez nous. De fait, ces moyens et longs-métrages se démarquaient par un goût explicite pour la violence poussée à son paroxysme. 

Ce genre comprenait d'ailleurs des films d'horizons très variés entre le polar noir, le fantastique, le soft porn, le psychopathe notoire, le conte horrifique où sorcellerie et autres démons sont de la partie. Au sein de tout ceci, on retrouve des réalisateurs qui ont su s'imposer dans le paysage cinématographique à un point tel que leur réputation a dépassé les frontières. On pense notamment à Herman Yau qui est à l'origine de The Untold Story et Ebola Syndrome, deux oeuvres chéries par les amateurs de cinéma extrême. On retrouve aussi Billy Tang ou encore Nam Nai Choi.
Peut aussi se rajouter Richard Yeung Kuen avec son Seeding of a Ghost. Cette oeuvre en question n'est ni plus ni moins que le précurseur de la Catégorie 3, produit par la Shaw Brothers à la toute fin de son règne, alors que le studio tentait désespérement d'attirer dans les salles un nouveau public. Cependant, et cela fait un moment que je me répète pour les films que je chronique, Seeding of a Ghost est une oeuvre confiné à un certain anonymat et qui fut en quelque sorte oublié, malgré son importance considérable sur le cinéma extrême hong-kongais. Peut on dire que nous avons là un film à la fois précurseur et de qualité ? Réponse dans la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Une jeune femme, Irene, travaille dans un casino et, délaissée par son époux Li (Philip Ko), tombe sous le charme d'un homme marié. Voici le couple adultérin vivant le parfait amour mais un soir, Irene somme son amant de divorcer et, devant le refus de celui-ci, elle sort seule dans la nuit. Mal lui en prend puisqu'elle tombe sur deux petits voyous qui vont la violer dans une maison abandonnée avant de la tuer accidentellement. Guidé par une force mystérieuse, Li découvre le corps de son épouse et décide de recourir à la magie noire pour se venger. En dépit du prix élevé à payer, il accepte l'aide d'un sorcier qui va déchaîner ses sortilèges à l'encontre des deux petites frappes et de l'amant.

Comme on peut le constater, nous sommes bien loin des délires épileptiques et plus ou moins réalistes des Catégories 3 qui sont fréquemment mis en avant. De fait, Yeung Kuen emprunte un autre chemin en touchant cependant à différents domaines. Ainsi, l'histoire commence dans une atmosphère de mauvais film dramatique et amoureux où une femme va tromper son mari pour un autre mais à la suite d'une dispute, les choses deviennent plus corsées et Irene partira seule dans la nuit. Le récit mute alors en un rap and revenge où la femme sera aux prises avec deux adolescents quelque peu en rut qui n'hésiteront pas à la brutaliser pour finir par la tuer de manière accidentelle.
On passe ensuite au fantastique où ce mari, fou de chagrin, après avoir récupéré le cadavre de son épouse, va chercher à la venger en ayant recours à la magie noire. Dans sa dernière partie, le récit versera dans l'horreur pure avec cet accouchement barbare où le ventre de la femme de l'homme qui a courtisé Irène, explosera littéralement pour mettre au monde une abomination qui n'est pas sans rappeler le culte The Thing

Vous l'avez compris, Seeding of a Ghost râtisse un peu à tous les étages mais parvient à se créer son propre style sans jamais être dépassé par ses influences (et elles sont nombreuses, croyez moi !). Il mêle aussi quelques moments tournant dans la comédie. Bref, un melting-pot qui fonctionne et qui s'enorgueillit d'une certaine légèreté alors que le cinéaste aborde différents tabous tels que la nécrophilie et l'inceste. Comment oublier cette belle relation sexuelle entre le cadavre de Irene et le cadavre de l'un de ses agresseurs ? Il est un fait qu'un tel film a dû susciter nombreuses controverses à son époque quand il fut mis en distribution. La rupture avec la relative retenue communément observée pour laisser place à une ambiance barbare et sanguinolente était alors quasiment inédite.
Bien que l'on n'atteigne pas la boucherie de The Untold Story, on peut dire que Seeding of a Ghost sait assurer le spectacle par la création d'une ambiance morbide et glauque où le gore n'est pas au centre du récit. Ce qui ne veut pas dire que le film est à réserver à tout un chacun, entre les vomissements de vers, le viol sauvage ou la monstruosité de la séquence finale. La violence du récit était considérable à l'époque et, encore maintenant, on reste impressionné par les prouesses et l'absence de toute forme de retenue et de politiquement correct.

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On pourra déceler aussi un niveau de lecture plus intelligent que le long-métrage n'en a l'air. Non, un Catégorie 3 ne se résume pas au récit bête et méchant mais peut parfois apporter une certaine forme de réflexion. Ainsi, Seeding of a Ghost traite de la justice personnelle et du sentiment de vengeance. Un sentiment tel qu'il fera sombrer le mari cocu dans une rage destructrice au point d'avoir recours à la magie noire. En ressuscitant son épouse défunte, il se sait déjà condamné par les forces du Mal. Yeung Kuen offre une dimension fort nihiliste à son récit et balaie tout espoir de happy-end. Seule la mort réunira le couple pour l'éternité. Une éternité où il ne règnera surtout que enfer, souffrance et damnation. 

Malgré sa durée assez courte de 85 minutes, le réalisateur perd rarement l'intérêt du spectateur pris au sein d'un récit qui est bien mis en scène. Le scénario s'éternise rarement et va à l'essentiel. Les événements s'enchaînent de manière crédible alors que le film sombre petit à petit dans l'horreur personnifiée. Une dégradation scénaristique du plus bel effet que n'aurait pas renié Lucio Fulci et dont Yeung Kuen se rapproche beaucoup par l'aspect putride et gluant du cadavre féminin. L'intensité est là et stimule le spectateur, charmé par l'atmosphère particulière et très second degré.
Là est aussi l'atout du récit de ne pas se prendre au sérieux. Il y a donc une sorte de transmutation qui fait que le spectateur ne sera que rarement mal à l'aise, alors que le contexte est relativement affreux.

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En ce qui concerne l'aspect technique, l'image est remarquablement belle en mettant en avant un panel de nombreuses couleurs créant une véritable esthétique. Les plans sont assez beaux et la caméra fournit un travail honorable. L'étonnement est de mise alors que l'on n'en attendait pas beaucoup de ce paramètre là. Pareil pour le thème sonore majeur du film dans la plus pure tonalité putride et morbide. En revanche, inutile de rechercher une quelconque interprétation correcte au niveau des acteurs. Ceux-ci évoluent dans la plus pure nanardise, ce qui nous fera souvent rire devant certaines réactions. A côté, par contre, on pourra à certaines reprises pester sur un manque de charisme.
Au niveau des effets spéciaux, si le cadavre putréfié de Irene est d'une qualité assez impressionnante, on pourra râler sur quelques scènes un peu louche. Le passage où une femme se fait dévorer le bras par le monstre sans qu'elle ne perde de sang en s'éloignant a de quoi plus faire hurler de rire qu'autre chose. Pareil pour la chute du haut de l'immeuble où le corps aurait été dans le même état que s'il était tombé sur un matelas gonflable. A ce niveau, Seeding of a Ghost est un peu dépassé sur les bords. Pourtant, c'est ce qui fait, paradoxalement, son charme.

En conclusion, Seeding of a Ghost est un long-métrage à la fois intéressant et surprenant, ceci dû au fait que l'on n'en attendait pas beaucoup dès le départ. Lorgnant de nombreux côtés entre la tragédie amoureuse, le fantastique, l'horreur et même le film de combat, Yeung Kuen délivre une oeuvre originale et singulière où toutes ces influences évoluent dans une belle osmose. Il poussera même le vice jusqu'à mettre en scène la nécrophilie et des penchants incestueux. Un point qui confirme ou renforce l'interdiction aux moins de 16 ans que certains lobotomisés au gore et au sang facile jugeront obsolète.
En l'état, Seeding of a Ghost nous gratifie d'une réflexion sur le thème de la justice personnelle ne pouvant mener qu'à la perte de l'individu qui en fait usage. Cependant, celui-ci n'est pas exempt de défauts, entre un scénario de vieille série B, des effets spéciaux parfois obsolètes, un jeu d'acteur qui aura tendance à lorgner par moment vers le mauvais que vers le nanard. Mais bon, on peut dire que l'on tient ici une oeuvre sulfureuse et intriguante qui se suit sans trop de déplaisir. Bien sûr, le manque de sérieux assumé ne plaira pas à tous. Une curiosité divertissante qui pourra plaire aux passionnés de Catégorie 3 ou même de film d'horreur. Pas un indispensable mais un cru de qualité !

 

Note : 13/20

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