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Genre : Thriller, horreur (interdit aux - 16 ans)

Année : 1976

Durée : 1h46

 

Synopsis :

Alice Spages est une jeune fille un peu étrange. Un jour de communion, sa petite sœur est assassinée... Dès lors d'autres événements s'enchaînent qui poussent la police à croire qu'Alice pourrait être la meurtrière.

 

La critique :

Depuis un petit temps, je me prends d'affection à chroniquer les oeuvres injustement méconnues ou ayant sombré dans l'oubli. Tel un chevalier passionné de cinéma (je n'ose dire cinéphile) se lançant en croisade pour la reconnaissance de certains films, je reviens avec un étrange film du nom d'Alice Sweet Alice, sorti en 1976, et réalisé par Alfred Sole. Un réalisateur qui n'a fait que 4 long-métrages pour le cinéma en débutant avec un film érotique du nom de Deep Sleep et terminant sa carrière sur un obscur slasher du nom de Pandemonium. Qu'on se le dise, on tient là un cinéaste globalement inconnu qui aura son petit moment de gloire ici avec, donc, Alice Sweet Alice, considéré par beaucoup comme son chef d'oeuvre absolu. Un chef d'oeuvre au petit budget et à la production indépendante qui passa, déjà en son temps, relativement inaperçu.

Si les critiques ne se montrent pas particulièrement élogieuses, le film fait les éloges de nombreux cinéphiles séduits par la qualité du récit et désappointés par la grande violence. Un dernier point qui engendra une interdiction aux moins de 16 ans, interdiction qui n'a, à ma connaissance, toujours pas été revérifiée. Enfin, cette oeuvre marque la première apparition de Brooke Shields au cinéma dans le rôle de Karen, la soeur d'Alice. Voilà qui clôt déjà cette courte introduction dû au fait qu'il n'y a que peu de choses à raconter autour de l'histoire de ce film. Reste à voir maintenant si la réputation de ce long-métrage n'est pas usurpée, ni sa violence qui a choqué en son temps.

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ATTENTION SPOILERS : Alice Spages est une jeune fille très réservée de 12 ans vivant avec sa mère et sa jeune sœur Karen, qui monopolise toute l'attention de sa mère. Alors que Karen s'apprêtait à fêter sa première communion, elle est retrouvée sauvagement assassinée dans l'église. Quelques soupçons commencent à peser sur Alice, mais comment une jeune fille de 12 ans pourrait-elle accomplir de tels actes atroces ? Mais lorsque d'autres meurtres horribles continuent à survenir dans l'entourage d'Alice, les soupçons semblent se préciser.

Le thème de l'enfant démoniaque ne date pas d'hier. Déjà en 1960, Wolf Rilla terrorisait les spectateurs avec Le Village des Damnés. Très rapidement, l'innocence même de l'enfant fut bafouée pour mettre en scène des personnages maléfiques au sein du thriller et du cinéma d'horreur. La Malédiction, Rosemary's Baby ou plus récemment Esther en sont de bons exemples. Comme vous l'avez deviné, Alice Sweet Alice boxe aussi dans cette catégorie. Dès le début, le cinéaste démarre les hostilités en mettant en place une atmosphère familiale austère.
Famille divorcée, Karen monopolisant l'attention au détriment d'Alice qui a cette impression d'être abandonnée de tous et qui, dans un accès de sauvagerie, étranglera, en cachette, sa soeur en pleine communion dans une église. Cet acte marquera le début d'une succession de meurtres tous plus violents les uns que les autres. Inévitablement, Sole dérange par un traitement glauque et hostile envers l'Eglise. Les enfants de la mère, Catherine, reçoivent cette obligation d'aller à la messe, de faire leur communion et subir les rites sacrés. Conditionnés à suivre la parole de Dieu, le réalisateur dénonce une forme d'aliénation mentale que font subir les parents à leurs enfants.

Un propos sulfureux qui sera à l'origine d'une scène tout autant sulfureuse qui est, vous l'aurez deviné, l'assassinat d'une petite fille au sein d'un lieu sacré en pleine période de communion. Une séquence d'une provocation telle que rare sont les films du circuit traditionnel à avoir outrepassé à ce point les règles de bienséance. Provocation d'autant plus renforcée que la meurtrière est une petite fille. Le réalisateur, à travers son récit, brise toute l'innocence que nous nous faisons d'un enfant.
Enfant considéré dans la religion chrétienne (et dans les autres aussi) comme être pur ne pouvant causer le mal. Sole détruit ce paradigme social et affiche avec brio une famille complètement dépassée par l'horreur de la situation. Alors que les inspecteurs commencent à émettre des soupçons envers Alice, les parents et surtout la mère refuseront de croire à cette hypothèse, toujours ancrés dans leur pensée qu'un enfant ne peut être à ce point asservi par la cruauté. Même la propre soeur de Catherine ne sera pas écoutée et sera violemment traitée de menteuse, alors qu'elle dit à l'inspecteur que c'est Alice qui l'a agressé avec un couteau. Bref, on tient là un film éprouvant et anxiogène qui ne fait en aucun cas de cadeau aux spectateurs.

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Alice Sweet Alice est à des kilomètres de l'idéologie conventionnelle et bien-pensante du cinéma d'horreur essentiellement formaté d'aujourd'hui et se montre même plus radical que la majorité du cinéma d'horreur de son époque, évoluant dans ce que certains appellent le "proto-slasher", soit un précurseur du slasher qui n'en possède pas tous les codes que nous connaissons. Le nihilisme du récit est saisissant, la violence psychologique est très corsée et le réalisateur ne nous fait aucun cadeau en agressant sauvagement les personnages, même les membres de la famille. Toute forme d'espoir est détruite pour laisser place à une fin hostile. Un ressenti très désagréable émane tout au long de la durée de 1h46 qui se suit sans désintérêt. L'intensité et la tension sont palpables.
A ce niveau, Sole a mis au point un véritable travail sur l'ambiance rendue glauque et malsaine tout en s'étant beaucoup inspiré des codes du giallo. On pourra le voir avec le classique "assassin masqué tenant une arme brillante" et certaines prises de vue inhabituelles, focalisées sur les expressions de terreur, d'angoisse et de désespoir des personnages. 

Malheureusement, tout n'est pas parfait car si l'intensité et la tension tiennent constamment le spectateur par la gorge, le cinéaste s'est un peu emmêlé les pinceaux dans son scénario. L'apparition d'un second personnage masqué cassera un peu la puissance du scénario, d'autant plus que ses motivations ne sont pas vraiment claires. Ces quelques invraisemblances gâchent un peu la séance dans le déroulement scénaristique, sans quoi Alice Sweet Alice aurait pu être un pur chef d'oeuvre du thriller horrifique. C'est dommage de voir cette maladresse arrivé aux 3/4 du long-métrage, alors que l'on s'attendait à tenir là une référence injustement méconnue. 

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En ce qui concerne l'aspect technique, là le réalisateur gère correctement le boulot via des décors souvent étouffants et hostiles, à l'image de l'appartement du pachyderme propriétaire possédant une armada de chats ou encore de ce vieux bâtiment abandonné. Il est à noter que la grande majorité des décors possèdent toujours un ou plusieurs symboles bibliques, un peu comme si la religion était partout et voulait s'immiscer partout. L'image est belle malgré des décors ternes et froids et la caméra filme bien. Les audaces de cadrage ont été payantes car elles contribuent à amplifier la tonalité de terreur du récit. La bande sonore est juste dans ses sons inquiétants dans les moments de tension. En ce qui concerne les acteurs, ceux-ci font preuve d'un grand professionnalisme.
La palme revient bien sûr à Paula Sheppard interprétant Alice. Celle-ci offre un visage dérangeant et une personnalité malade dénuée de toute absence d'âme ou d'empathie. Linda Miller, dans le rôle de la mère, est tout autant pleinement investie dans une situation de drames et de malheurs la frappant. Une mention doit aussi être faite au propriétaire, Mr Alphonso, et incarné par Alphonso DeNoble, qui nous offre une interprétation rare d'un bonhomme créant le malaise instantanément à sa première apparition, d'autant plus qu'il dissimule une personnalité peu recommandable (je laisse la surprise à ceux qui n'ont pas encore vu le film. Encore une chose qui renforce le trait sulfureux de l'oeuvre). Le reste du casting se composera de Niles McMaster, Mildred Clinton, Rudolph Willrich, Jane Lowry et bien sûr Brooke Shields qui n'aura pas fait long feu mais qui parvenait à apporter une certaine sensibilité à son personnage.

En conclusion, il est nécessaire de préciser qu'Alice Sweet Alice est l'un de ces nombreux films malheureusement oubliés alors qu'il possède de grandes qualités. Il ne serait pas étonnant de voir que le trait très dangereux et le haut niveau de violence psychologique soient des facteurs qui auraient contribués à son flop dès le départ. Pourtant, ce serait malhonnête que de dire que le long-métrage ne possède pas de sérieux arguments pour convaincre. A commencer par une atmosphère austère et très étouffante, un thème de départ malsain et vicieux et une interprétation de personnage (très) grande qualité. Il est regrettable qu'Alfred Sole ait un peu perdu le fil du récit et se soit cassé la gueule dans son retournement de situation. Ce serait d'ailleurs bien le seul point vraiment dérangeant, si l'on excepte une dénonciation anticléricale parfois floue. On ne pourra d'ailleurs pas s'empêcher d'être charmé par cette idée de ne pas apporter de réponse claire sur la personnalité d'Alice et sur ce qui l'a poussé à devenir comme ça.
Certains diront qu'il s'agit de sa jalousie envers sa soeur mais le doute est franchement permis. Après, peut-être que je vais chercher trop loin, ce qui est tout à fait possible aussi. Bref, pour clore la chronique, Alice Sweet Alice est l'un de ces thriller hautement recommandable et au choc annoncé qui n'aura peut-être pas tant que ça usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. On est passé à deux poils près du chef d'oeuvre.

 

Note : 15,5/20

 

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