original-438717-773

Genre : Thriller, drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 1975

Durée : 1h34

 

Synopsis :

Lisa, jeune italienne qui étudie en Allemagne, rentre dans son pays natal pour voir sa famille pendant les vacances de Noël. Elle est accompagnée d'une de ses amies, Margaret. Pendant leur trajet en train, elles font la connaissance de deux fraudeurs un peu étranges. Après un incident technique, les jeunes filles doivent changer de train, se retrouvant seules dans un compartiment, jusqu'à ce que les deux hommes rencontrés plus tôt débarquent, accompagnés d'une mystérieuse femme. Entre torture et viol, elles vont alors subir la pire nuit de leur vie.

 

 

La critique :

Une fois n'est pas coutume, retournons en Italie pour la chronique d'un nouveau giallo, ou plus précisément le dernier giallo de ma petite liste initiée fin mai. Ce dernier giallo qui est, comme vous l'aurez remarqué, Le Dernier Train de la Nuit, sorti en 1975 et réalisé par Aldo Lado. Un réalisateur plutôt obscur et très peu cité quand on parle de ce fameux genre horrifique. Celui à qui l'on doit les méconnus Horreur dans la Nuit et Qui l'a vue mourir ? s'est surtout fait reconnaître avec le film chroniqué aujourd'hui, aussi connu sous le nom de La Bête tue de Sang-froid. Enfin, s'est fait connaître est un bien grand mot car le film est tout aussi confidentiel quand on parle des grands classiques. 

Sinon, que dire de plus qu'il y a peu d'informations circulant sur ce film, si ce n'est que la chanson du générique est interprétée par Demis Roussos ? Info totalement inutile mais il faut bien combler le vide. Une autre info dont on s'en fout un peu est que cette oeuvre marque les débuts de la peu connue Irène Miracle dont je viens d'apprendre l'existence aujourd'hui. Après cette (trop) courte introduction, il est maintenant temps de passer à la chronique de ce film. Le Dernier Train de la Nuit parviendra-t-il à surpasser le semi-gâchis Terreur Express qui fonctionnait selon le même principe du "train de l'horreur" ? Réponse dans peu de temps.

nighttrainmurders2

ATTENTION SPOILERS : Pour les vacances de Noël, Lisa retourne chez ses parents en Italie en compagnie de son amie Margaret. Ensemble, elles prennent un train au départ de l’Allemagne, lieu de leurs études, pour arriver à destination le lendemain. Mais au milieu de la nuit, le train est arrêté pour cause de suspicion d'un attentat à la bombe. N’ayant aucune envie d’attendre, les jeunes filles décident de prendre un autre train, direct celui-là. Mais d’autres personnes vont effectuer le même changement dont deux voyous en compagnie d’une femme aussi belle que perverse. Ce qui devait être un repos tranquille dans un compartiment confortable va se transformer en cauchemar interminable où se succèdent tortures et sévices sexuels.

En lisant le synopsis, nous pouvons déjà nous dire que Le Dernier Train de la Nuit boxe dans la catégorie du giallo ultraviolent et que celui-ci ne fera pas dans la dentelle. On était déjà dans ce même état d'esprit avec Terreur Express qui s'est quelque part foutu de notre gueule, arrivé à une certaine durée du film. Je vais être direct. Le film chroniqué aujourd'hui fait encore moins bien que celui-là, bien qu'il comporte également quelques points intéressants. De fait, on peut diviser nettement ce film en 3 parties bien spécifiques. La première partie sert plus ou moins à planter le décor avec ces deux jeunes filles partant les vacances de Noël chez la famille en Italie, ces deux voyous s'amusant à commettre quelques larcins comme l'agression d'un père Noël pour lui voler son sac ou la dégradation du manteau de fourrure d'une femme, jaloux de sa richesse. Après acte, ceux-ci échapperont à un officier de police pour embarquer au dernier moment dans le train où se trouve les demoiselles et avec qui ils feront rapidement connaissance, si l'on peut dire. Durant cette première partie, on remarquera directement que le visionnage sera barbant et surtout particulièrement mauvais sur les bords.
Si Terreur Express parvenait à créer une réelle intensité dans sa première partie, ici l'inutilité et l'apathie règnent en maître. 

On ne se rattache guère à grand chose si ce n'est d'être passif à attendre que quelque chose d'intéressant se passe. Certes, on apprécie cette dualité entre l'italienne vierge, prude et aux bonnes manières face à une allemande libérée sexuellement et qui s'entendent à merveille mais on va surtout tiquer devant cette scène surréaliste de médiocrité avec un des voyous. Une scène qui verra un des voyous suivre une dame, qu'il aura préalablement oppressée avant, jusque dans les toilettes pour se rapprocher d'elle et la peloter alors qu'elle dit non et soudainement le miracle s'opère et le rapport sexuel a lieu. Voilà, comme ça, sans prévenir un peu façon Dernier Tango à Paris mais dans la mauvaise version.
Cette seule scène suffira à nous faire une idée globale du long-métrage dans ses situations mises en scène d'une manière proche du ridicule. Et ce n'est certainement pas la deuxième partie qui rattrapera le coup et verra nos deux jouvencelles embarquer dans un train sombre pour que les malfrats les retrouvent ensuite et leur fassent subir un calvaire.........de 25 minutes montre en main. 

night-train-murders-4d4d000

Un cauchemar "interminable" de 25 minutes qui nous fait dire qu'il y a eu tromperie sur la marchandise en lisant le synopsis. On retrouvera notre charmante bourgeoise en compagnie de son "violeur" avec lequel elle s'énamourera tandis que l'autre se droguera avec ce que l'on devine être de l'héroïne. C'est ça que je reproche à Aldo Lado, c'est son absence total de cohérence dans les séquences. Une femme qui accepte d'avoir un rapport sexuel avec un voyou oppressant et qui le suit après comme ça tout en revêtant une apparence de mante religieuse éprise de sadisme et qui sera l'instigatrice de la descente aux enfers de ces deux filles. Non mais ce n'est pas comme ça que ça doit fonctionner.
Le réalisateur ne pense pas et fait se succéder les incohérences de mise en scène l'une à la suite de l'autre, des relations illogiques entre individus. Pourtant, l'idée d'une bourgeoise à deux facettes, l'une raffinée en société et l'autre dépravée à l'abri des regards, était brillante mais tout est tellement mal amené que le potentiel est gâché. On apprécie beaucoup sa personnalité et c'est un des principaux points positifs mais la puissance est sérieusement entâchée par les mauvaises décisions. 

Que soit, le synopsis nous dit que se succédera viols et tortures. Comprenez bien que nous aurons au programme une masturbation forcée, deux viols dont l'un avec un couteau. Une scène suggérée mais tout autant éprouvante à encaisser sauf qu'au final, c'est la seule scène de torture physique. Encore une fois, il y a tromperie sur la marchandise. Peut-être que le synopsis faisait référence à de la torture psychologique sauf que même dans cette seconde partie, l'apathie est présente. On suit le récit de manière totalement désintéressée, sans s'émouvoir du sort des personnages. On n'oubliera pas cette scène où un petit vieux assiste caché à la scène et se fait repérer.
L'un des malfrats ouvre la porte, celui-ci perd l'équilibre et tombe dans la cabine où il recevra ensuite la proposition de violer l'une des filles. Et directement, il s'attelle à la tâche sans parler, sans se défendre, sans protester contre cela ou dire qu'il n'oserait pas. Une grosse maladresse de plus ! On appréciera en revanche l'alternance entre le viol d'une des filles et le dîner de famille avec son cri en fond sonore. Belle audace qui apporte un malaise. La seconde partie s'achèvera lorsque l'une des deux s'échappera et s'enfermera dans les toilettes pour se jeter par la fenêtre tandis que l'autre, laissée pour morte, sera balancée dans un ravin par la fenêtre aussi. 

La troisième partie transmute le récit en une sorte de rap and revenge s'inspirant directement de La Dernière Maison sur la Gauche après que le père ait conduit cette mante religieuse chez lui pour la soigner d'une "chute", dit elle, accompagné des deux malfrats. Progressivement, l'inquiétude gagne le coeur des parents à cause du retard des filles et que l'un des voyous porte sur lui la même cravate que le père devait recevoir pour Noël de sa fille. Manque de pot, ceux-ci apprendront à la radio que le corps de deux filles retrouvées sont sa fille et sa nièce et le récit déviera donc en vengeance personnelle où il tuera les deux voyous. A ce niveau, ce dernier passage est le seul qui induit une forme d'intensité mais souligne aussi le fait que Lado n'a pas su gérer son récit et a dû déborder sur un autre style.
Un style qui n'avait en aucun cas sa place ici et qui, en plus, ne reproduit pas le choc du film de Wes Craven. La succession huit-clos et rap and revenge n'est pas subtile et ne fonctionne pas vraiment.

lultimo-treno-della-notte-aka-night-train-mur-L-X4mEtw

Certes, on retrouve la thématique habituelle de la justice personnelle où l'individu, en l'occurrence ici un riche médecin, se transforme en bête sauvage avide de meurtre et de sang, là où la femme sera dépassée par les événements et suppliera son mari d'arrêter ce massacre. On appréciera aussi la scène très dérangeante de la mante religieuse qui prendra la mère dans ses bras pour la consoler. On appréciera aussi le nihilisme de cette partie ainsi que la fin où cette mante remettra le voile de son chapeau, voile qu'elle avait retiré dans ce train de l'enfer. Une métaphore soulignant cette personnalité dépravée qui est cachée et refoulée de certaines personnes en société. Idée brillante qu'il faut souligner. Par contre, on aurait pu s'attendre à une meilleure dénonciation de cette jeunesse perdue, désolidarisée de la morale et de toute forme d'éducation et qui n'ont eu d'autre choix que de se réfugier dans la violence.

Je parle d'une meilleure dénonciation car celle-ci est amenée sans le moindre semblant de subtilité au cours du dîner où les parents et les invités discutent du fléau de la violence et de la violence de la jeunesse alors que l'une des filles se fait violer à ce moment. Avait on besoin de cette évidence grossière pour en tirer ces conclusions ? Je ne pense pas. Au final, dans les deux thèmes majeurs traités, celui qui n'avait pas sa place (donc la justice personnelle propre au rap and revenge) est celui qui s'en sort le mieux alors que la violence sociétale et la jeunesse perdue est gâchée par des discussions de comptoir, histoire de bien rappeler ce que le réalisateur dénonce, à ceux qui n'avaient pas compris. 

nighttrainmurders09

Au niveau de l'aspect technique, l'image est belle et soignée. On a un sourire de satisfaction qui fait que tout n'est pas perdu. Une certaine classe se dégage de la maison du médecin et les jeux de lumière dans le train sombre offrent une ambiance assez austère qui compense un peu le manque de tension. La bande sonore qui se résumera, à l'exception du générique de début et de fin, à une sonorité d'harmonica deviendra très vite insupportable à un point que l'on aura envie d'étrangler le ravisseur en lui calant l'harmonica au fond de la gorge. Pour ce qui est de l'interprétation des acteurs, c'est un désastre pour certains. Les ravisseurs n'offrent aucune image psychopathique mettant mal à l'aise, jouent mal leur personnage avec des réactions parfois incohérentes comme celle où l'héroïnomane, se débrouillant néanmoins un peu mieux, menace son pote avec un couteau mais pas de souci, leur relation d""amitié"" sera toujours aussi forte. Les deux victimes sont déjà plus touchantes. On a cette envie de les aider malgré des réactions ridicules par moment comme lorsque la mante religieuse demandera à l'italienne si elle est vierge, ce à quoi elle répondra en tombant en sanglots qu'elle est vierge. Moooouaaais !!!
On s'écarquillera aussi de la réaction médiocre du père devant les infos au moment où il apprend la mort des filles. Au final, seule la mère et surtout Macha Méril interprétant cette bourgeoise sadique offrent quelque chose d'intéressant et de même très bon pour madame Méril.

En conclusion, Le Dernier Train de la Nuit est dans la continuité de Terreur Express dans le potentiel gâché, nettement plus aggravé ici. Si, au moins, Terreur Express était subtil et offrait un amer tableau de l'humanité et une belle intensité dans la première partie, Le Dernier Train de la Nuit brille surtout par sa lourdeur et son apathie. En cause, la dénonciation de la problématique de la violence sociétale amenée de manière grossière, des astuces beaucoup trop faciles dans le déroulement du récit, des incohérences inter-individuelles et un synopsis tenant plus du foutage de gueule qu'autre chose.
Un film très violent qui n'en est pas un et qui dévie maladroitement dans le rap and revenge alors qu'il n'avait pas besoin de cela. Difficile à croire que Lado se soit fait connaître avec ça chez nous, sachant que les spectateurs scandent qu'il y a mieux dans sa filmographie. Au final, les points positifs se résumeront à une esthétique intéressante, une Macha Méril impeccable dans son rôle et un clap de fin de qualité mais ça ne suffit pas à sauver le pedigree de cette oeuvre maladroite quasi à tous les étages l'entraînant dans les abîmes peu envieuses du film en-dessous de la moyenne, frôlant de peu le navet. "Dura lex, sed lex".

 

Note : 07/20

 

orange-mecanique Taratata