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Genre : Drame (interdit aux -12 ans)

Année : 1969

Durée : 1h53

 

Synopsis :

Joe Buck, blond et beau gosse, quitte sa petite bourgade du Texas pour monter à New York, où il espère se faire entretenir par des femmes riches. Mais la dureté de la ville lui fait rapidement perdre ses illusions. Seul, sans un sou, il fait la connaissance de Ratso Rizzo, un petit Italien chétif, boiteux et tuberculeux. Parce que ce dernier a l'air encore plus seul que lui, Joe accepte de partager son appartement miteux. À l'opposé l'un de l'autre, ils partagent pourtant la même misère dans les bas-fonds new-yorkais, s'accrochant au même rêve : partir vivre sous le soleil de Floride.

 

La critique :

Les USA, pays faisant rêver des milliers de personnes devant la grandeur tant territoriale qu'internationale de ce pays où apparemment tout est possible. Ce slogan si bien connu des businessmen d'avant la crise de 1929. Encore maintenant, le rêve américain est ancré dans l'inconscient d'un grand nombre. Pourtant, les USA, c'est cette roulette russe où tu peux t'enrichir très facilement ou d'un côté, tout perdre et errer dans les rues. John Schlesinger devait bien être dans ce même état d'esprit lors de la réalisation de cette oeuvre au nom très bien choisi de Macadam Cowboy.
C'est avant tout un réalisateur qui n'aura pas spécialement connu une grande popularité et qui est peu cité du grand public, tant le bonhomme que ses films. Néanmoins, si on lui reconnaît le film connu Marathon Man, c'est grâce à Macadam Cowboy que celui-ci connaîtra son plus grand succès, en étant salué par les critiques, tout en remportant les Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Cependant, de manière surprenante, le film fut estampillé d'un X (strictement interdit aux moins de 17 ans) alors qu'il n'affichait aucune scène érotique ou pornographique. Ce qui lui valut le titre de premier film X à remporter l'Oscar du meilleur film. Par la suite, le film sera estampillé d'un R (interdit aux moins de 16 ans non accompagnés) alors que chez nous, cela se cantonnera à une interdiction aux moins de 12 ans. Pourtant, l'agent du cinéaste lui avait déconseillé de réaliser l'adaptation du roman de James Leo Herlihy du nom de Midnight Cowboy, qu'il jugeait trop scabreux.
Ceci dit, Schlesinger trouva sans problème les financements nécessaires. De plus, cette oeuvre fait partie, avec Les Désaxés, des films qui marquèrent la fin de l'âge d'or du western où le cow-boy est ici représenté comme un gigolo, loin de la vision traditionnelle des héroïques pionniers de l'Ouest américain. On tient là un film plutôt novateur et ayant une grosse réputation dans les milieux cinéphiles.

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ATTENTION SPOILERS : Joe Buck, jeune cow-boy à la gueule d'ange, quitte sa petite ville natale du Texas pour s'établir à New-York, où, sûr de son physique, il ambitionne de devenir gigolo. Mais il va très vite déchanter. Ne trouvant pas de clientes, Joe, candide et bercé d'illusions, se retrouve à court d'argent. Il croise alors la route de Rico Ratso Rizzo, un SDF infirme doublé d'un petit escroc. La solitude et la détresse aidant, ces deux paumés deviennent malgré eux compagnons de galère, accrochés à leurs rêves pour continuer d'y croire.

Vous l'avez compris, Macadam Cowboy s'illustre dans une vision loin de la grandeur du pays à l'international et s'oriente plus dans le rêve américain qui a coûté cher à de nombreuses personnes. Avant tout, Macadam Cowboy est un formidable cri de douleur envers une société essayant à tout prix de sauver ses apparences mais qui ne peut cacher la misère sociale qu'elle cherche à tout prix à camoufler. Schlesinger nous montre l'envers du décor, loin des boutiques de luxe et des restaurants guindés de New-York en mettant en scène deux individus bien différents.
Le premier est un cow-boy ultra-narcissique qui n'a d'autre but dans la vie que d'être un objet de convoitise pour le sexe féminin alors que le second est un "rital" chétif semblant avoir perdu tout espoir dans une société qui le répudie et qui ne le reconnaît plus. Mais très vite, la gloire dont Joe Buck espérait va vite s'effondrer. New-York, ce n'est pas le Texas et le réalisateur illustre ceci par des personnages marchant sans se parler, les yeux rivés dans le vide et leurs pensées, n'écoutant pas vraiment Joe s'adressant à eux. Le symbole même d'une gigantesque métropole déshumanisée est brillamment mis en scène. Résigné par une situation qu'il n'attendait pas, le texan diminuera ses exigences en cherchant à devenir gigolo au lieu de se marier à une femme riche. Il passera par l'intermédiaire de Rizzo mais ne récoltera que l'envie de quelques homosexuels qui le font très vite déchanter.

Dès lors, toute la gloire dont il rêvait s'effondre autant que ses économies qui le verront se faire expulser de son hôtel pour cause de défauts de paiement. Errant dans les rues, il retrouvera Rizzo pour s'installer dans son appartement miteux en s'attachant à partir loin de cette ville oppressante et s'installer au soleil. Des rêves toujours extrapolés où ils s'imaginent être là-bas l'objet de convoitises de la gente féminine. Schlesinger traite en quelque sorte de ce rêve inaccessible berçant les illusions de nombre de personnes sombrant petit à petit dans une chute inéluctable.
Malgré les épreuves, ces deux personnages que tout oppose cherchent encore à y croire. N'espérez pas rire devant ce film. Macadam Cowboy est un amer tableau de la misère humaine et sociale de deux individus seuls et oubliés de tous qui ne pourront compter que sur eux-mêmes. On tient là un traitement noir et fort nihiliste qui en bousculera plus d'un.

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Un amer tableau qui tance également le devenir d'une civilisation amenée à être individualiste et dénuée de toute absence d'empathie. Malgré la sympathie de notre cow-boy quelque peu vénal, les gens le regarderont avec hostilité. Le symbole d'un anticonformisme de plus en plus répudié et tendant à marginaliser les individus de ce type. Non content d'avoir des personnages hostiles et tirant presque la gueule dans la rue, on pourrait tendre à ce que les individus aient un style vestimentaire conforme. Quelque part, au vu des violentes dénonciations du long-métrage, on en vient à se poser la question sur la classification tant X que R. Une manière de confiner dans l'anonymat ce film sulfureux ?
Pour être honnête, cela ne m'étonnerait pas. L'Amérique n'a jamais cachée sa grandiloquence grotesque, donc pas étonnant que Macadam Cowboy bouscula sans doute plusieurs étages de la société américaine.

Si, dans ses dénonciations globales, Schlesinger fait un sans-faute, il assure très bien le travail dans la mise en scène. Tout le récit est traité de manière réaliste et en accrochant au film, il sera très difficile de perdre son attention devant. Les quasis 2 heures sont bien traitées et on ne dénote aucun réel passage à vide, malgré l'idée de filmer le quotidien vétuste et les errances de nos deux protagonistes. Leurs réactions sont tout autant crédibles et peuvent mettre mal à l'aise comme quand Joe s'extasiera de bonheur devant Rizzo car il a gagné 20$. Le film est très posé et l'on ne dénombre aucune scène d'action. Tous les différents passages suscitent un intérêt notoire à l'image de cette soirée psychédélique qui voit se regrouper des personnages intégrés mais aussi des drogués et des rejetés de la société.
Une atmosphère délurée où certains en viennent à se jeter dans la drogue pour oublier leur quotidien morne et sans espoir. On se souviendra aussi de cette pure improvisation où Rizzo manque réellement de se faire renverser par un taxi, le réalisateur n'ayant pas obtenu l'autorisation de couper la circulation pour le tournage.

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Au niveau de l'aspect technique, l'image ne met pas spécialement bien en valeur la ville. Tout est rendu volontairement gris et fade. La tristesse dégouline de toutes les briques des bâtiments. Un choix d'esthétique logique et qui fonctionne très bien. La bande sonore est de qualité également, encore une fois à l'image de cette voix féminine au cours de la soirée psychédélique. En ce qui concerne le jeu d'acteur, celui-ci est de très grande qualité. Si Buck peut vite se montrer agaçant par son narcissisme et ce matérialisme lié à l'argent, il en deviendra touchant au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire. Jon Voight est parfaitement investi dans la peau de son personnage et n'aura pas usurpé sa nomination pour l'Oscar du meilleur acteur. Dustin Hoffmann se démarque également par son interprétation toujours juste et aussi touchante en SDF chétif. Pour la petite information, l'acteur conservait des cailloux dans sa chaussure afin de boiter toujours de la même façon à l'écran.
Inutile de parler des autres acteurs qui n'ont guère d'intérêt. En ce qui concerne les points négatifs, on aurait aimé avoir plus d'information sur le passé tumultueux de Joe Buck, celui-ci se résumant à de simples flash-back sur son ancienne relation. Une dimension qui revêt donc une totale inutilité car elle aurait soit dû être bien développée ou exclue mais pas traitée de manière approximative.

En conclusion, Macadam Cowboy est indéniablement un très grand film qui risque de ne pas voir le spectateur sortir heureux après le visionnage. Hostile dans son approche et ne faisant guère de concession, le récit malmène par sa puissante critique du deuxième visage des USA s'illustrant par la pauvreté et la marginalisation mais aussi de la déshumanisation des grandes villes où les individus effectuent leur petit quotidien, programmés comme des robots ne se souciant que d'eux-mêmes. On tient là un drame fort et nihiliste qui mériterait d'être beaucoup plus mis en lumière.
Un peu dommage de voir l'incorporation d'un passé trouble qui n'avait pas sa place ici sachant qu'il était en plus mal traité. Mais cela n'entâchera pas le visionnage. On aurait presque envie de dire "Make America great again" arrivé au générique de fin (fin très belle qui plus est).

 

Note : 16,5/20

 

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