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Genre : science-fiction, expérimental
Année : 2001

Durée : 1h46

Synopsis : Dans une ville fictive d'Europe centrale, Ash est une accro de jeux vidéo et de réalité virtuelle. Solitaire, le seul compagnon qu'on lui connaisse est son chien. Elle était membre du groupe Wizard, constitué de véritables aficionados d'un jeu de guerre illégal nommé "Avalon", en référence à l'île légendaire où reposent les âmes des héros. Mais depuis que la bande s'est dissoute, Ash joue seule. Un jour, elle apprend que son ancien amant, Murphy, est devenu un zombie, un "non-revenu". Ce dernier était pourtant un joueur talentueux. Son sort intrigue Ash. Celle-ci décide alors de refaire le chemin qu'il a pris en jouant dans une zone interdite baptisée "Class A". Pour y parvenir, elle doit suivre l'Ombre, une mystérieuse petite fille aux yeux tristes

La critique :

Scénariste, producteur et réalisateur, Mamoru Oshii s'est essentiellement illustré dans le cinéma d'animation. Pour les fans de mangas et du genre cyberpunk, le cinéaste asiatique constitue une référence prééminente à cause ou grâce - vous choisirez - à la trilogie Ghost In The Shell. Ce tryptique va bientôt devenir le nouveau parangon du cinéma d'animation. Mieux, les trois films vont bientôt s'imposer au-delà de leurs frontières nippones, flagornant l'Europe et même les Etats-Unis.
Parallèlement, Mamoru Oshii s'intéresse aussi à un cinéma plus classique et réalise plusieurs oeuvres notables et notoires, entre autres, The Red Spectacles (1987), Stray Dogs (1991) et The Last Druid : Garm Wars (2014). Vient également s'ajouter Avalon, sorti en 2001.

A l'instar de la trilogie Ghost In The Shell, Avalon reste probablement le film le plus proverbial de Mamoru Oshii et pour cause... Puisque le long-métrage est présenté en compétition au festival de Cannes en 2001. Hélas, la pellicule science-fictionnelle ne laisse pas un souvenir impérissable sur la Croisette, notamment pour ses extravagances expérimentales et anticipationnelles. Le public festivalier n'était sans doute pas préparé à cette oeuvre visionnaire, qui oscille entre Matrix (Andy et Larry Wachowski, 1999) et La Jetée (Chris Marker, 1962). Mais pas seulement...
En outre, Avalon possède d'autres solides références à son arc, notamment philosophiques. Par ailleurs, Mamoru Oshii n'a jamais caché son dithyrambe pour l'univers d'Andreï Tarkovski, en particulier pour le film Stalker (1979), ainsi que pour le roman inquiétant de George Orwell, 1984.

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De facto, autant l'annoncer de suite, Avalon ne s'adresse pas vraiment, du tout, à un public dévoyé par la litanie de blockubsters, mais plutôt aux érudits et requiert, in fine, une certaine culture et un certain intellect pour être cerné à sa juste valeur. Vous n'avez pas du tout accroché à l'univers débridé et contemplatif d'Andreï Tarkovski avec Stalker ? Alors, prière de quitter votre siège et d'aller faire un petit tour car Avalon pourrait s'apparenter à une version numérique et virtuelle de cette fameuse "Zone" encensée dans le chef d'oeuvre anticipationnel de Tarkovski.
En l'occurrence, la distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Malgorzata Foremniak, Wladyslaw Kowalski, Jerzy Gudejko, Dariusz Biskupski et Bartlomiej Swiderski ; mais j'en doute...

Avalon
est donc une production nippo-polonaise. Le synopsis est le suivant. Attention, SPOILERS ! Dans une ville fictive d'Europe centrale, Ash est une accro de jeux vidéo et de réalité virtuelle. Solitaire, le seul compagnon qu'on lui connaisse est son chien. Elle était membre du groupe Wizard, constitué de véritables aficionados d'un jeu de guerre illégal nommé "Avalon", en référence à l'île légendaire où reposent les âmes des héros. 
Mais depuis que la bande s'est dissoute, Ash joue seule. Un jour, elle apprend que son ancien amant, Murphy, est devenu un zombie, un "non-revenu".
Ce dernier était pourtant un joueur talentueux. Son sort intrigue Ash. Celle-ci décide alors de refaire le chemin qu'il a pris en jouant dans une zone interdite baptisée "Class A". Pour y parvenir, elle doit suivre l'Ombre, une mystérieuse petite fille aux yeux tristes.
 

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Dès l'introduction, Mamoru Oshii a le mérite de présenter les animosités. Une jeune femme, Ash, est transposée dans un jeu vidéo, à la fois illégal et populaire. Son nom ? Avalon. Alors qu'elle ferraille contre des adversaires grimés en militaires, un avion hybride et de haute technologie tire sur tout le monde avant de disparaître dans les cieux, puis dans la pénombre. Ceux qui sont touchés sont littéralement désintégrés. Pas Ash qui parvient à gagner cette nouvelle partie.
Le but ? Terminer le dernier niveau pour s'ériger au firmament de la gloire et plus précisément au sein de cette oligarchie énigmatique et triomphante, celle qui a découvert les mystères imperceptibles du jeu Avalon. A travers cette introduction laconique et nébuleuse, Mamoru Oshii présente un univers qui mélange savamment fiction, réalité, onirisme, poésie, guerre, lyrisme et opéra sensuelle, le tout corseté par une image aux teintes sépia, grisâtres et curieusement inexpressibles.

Visiblement, Mamoru Oshii s'est beaucoup inspiré des tonalités, à la fois naturelles et vespérales, d'Andreï Tarkovski pour le même Stalker, déjà mentionné dans cette chronique. L'univers d'Avalon semble lui aussi bâti et érigé sur les méandres d'une société post-atomique et invariablement figée par les ténèbres. Seul le jeu Avalon permet aux joueurs de s'extirper d'un quotidien atone et donc de trouver un regain d'intérêt dans un monde épars et replié sur lui-même. 
Par ailleurs, peu de saynètes du film se focalisent sur le monde réel et qui plus est sur son extérieur et ses éventuelles cités périphériques. Les rares clichés, par ailleurs sublimes, montrent une cité asseulée et vidée de sa substance. De facto, Avalon s'apparente à une oeuvre hybride qui mélange dextrement onirisme, ésotérisme et métaphysique. 

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Le film fait volontairement fi des unités d'espace et de temps. A quelle époque et dans quel lieu précisément se déroule l'action d'Avalon ? Réponse : dans un futur proche... Mais nous n'en saurons pas davantage. Mamoru Oshii élude sciemment toute tentative de réponse et se centre sur son protagoniste principal, Ash. Cette dernière est à l'image de cet univers claustré, étriqué et aseptisé : taciturne, pudibonde et d'une froideur ineffable. Pourtant, en dépit des apparences, la belle jeune femme montre quelques relents d'humanité, notamment dans ce regard morne qui scrute un monde exsangue et en pleine déréliction. Autour d'elle, des personnes anonymes circulent avant de s'immobiliser et de rester invariablement pétrifiées, comme si le temps et l'espace s'étaient arrêtés et n'avaient jamais réellement existé. Avalon a donc de vraies consonances cosmologiques et eschatologiques.

A priori, le jeu Avalon a supplanté toute bribe de la réalité. En outre, l'accession au niveau suprême, appelé sobrement "Class A", devient le seul dogme d'une société sur le point de s'alanguir et de péricliter. Cependant, Mamoru Oshii tance et vitupère cette doxa dominante via un retour à cet humanisme primordial.
C'est par exemple le cas quand Ash rencontre un adversaire réellement humain lors de sa quête finale. En l'état, difficile d'en dire davantage tant le film désarçonne par ses fulgurances visuelles. 
Avalon est donc la parfaite thèse de cet agencement entre différents styles atypiques : le manga, la culture cyberpunk, le genre post-apocalyptique, la philosophie de George Orwell et son pessimisme ambiant, un monde à la dérive, la technologisation de masse, la frontière ténue entre la réalité et l'univers virtuel... Autant de thématiques qu'Avalon brasse et éploie avec une profonde mélancolie, à l'image de sa musique métronimique et envoûtante, composée par l'Orchestre philharmonique de Varsovie.
Vous l'avez donc compris. On tient là Un film trop erratique, trop exigeant, trop acroamatique pour justifier une note un tant soit peu objective. Enfin, si quelqu'un a compris quelque chose à cette chronique, qu'il me télephone de toute urgence...

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver