La_Planete_des_singes_Suprematie

 

Genre : science-fiction
Année : 2017

Durée : 2h20

Synopsis : César, toujours à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.  

La critique :

Un projet aussi fou qu'ambitieux. En 2008, la 20th Century Fox annonce un reboot de La Planète des Singes (Franklin J. Schaffner, 1968) qui aurait pour vocation d'analyser la genèse de cette hégémonie simienne, celle qui avilira l'espèce humaine à la servitude et à de vulgaires cacochymes. En résulte La Planète des Singes : les origines, réalisée par les soins de Ruppert Wyatt. Contre toute attente, ce premier chapitre d'une nouvelle trilogie parvient à transcender son récit en se polarisant sur César, un singe expérimental bientôt affublé de la parole et en dissidence contre des humains pernicieux et fallacieux. Le primate, réalisé en images de synthèse, vient carrément chiper la vedette au reste du casting humain. Andy Serkis vient donc prêter sa voix et apporte beaucoup de sobriété à ce héros décontenancé par les turpitudes de la race humaine.

Ce premier volet parvient aussi à se démarquer de la litanie hollywoodienne avec sa pléthore de remakes, de séquelles, de préquels et de spin-off. Dithyrambiques, les critiques et la presse spécialisée languissent d'impatience à l'idée de retrouver César et ses sbires dans La Planète des Singes : l'affrontement (2014), cette fois-ci réalisée par Matt Reeves. Point de surprise en programme. En honnête artisan, Matt Reeves suit la ligne directrice du premier opus, à la seule différence que ce sont les singes qui entament les belligérances dans une époque troublée et gangrénée par une épidémie virale qui décime les êtres humains. En pleine insurrection, les singes se regimbent sous l'égide de Koba, un primate farouchement opposé aux velléités pacifistes de César. Une insubordination qui aura des écueils et des corollaires.
Telle est la didactique de La Planète des Singes : Suprématie, toujours réalisée par Matt Reeves en 2017, et actuellement dans les salles de cinéma.

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Ce troisième chapitre doit conclure la trilogie en apothéose, tout du moins c'est ce que laissent augurer les trailers et les bandes annonces. Dogmatique, Matt Reeves reconnaît s'être inspiré des bons vieux classiques hollywoodiens, notamment Le Pont de la Rivière Kwaï (David Lean, 1957), La Grande Evasion (John Sturges, 1963), ou encore Les Sentiers de la Gloire (Stanley Kubrick, 1957). Hormis Andy Serkis, la distribution de La Planète des Singes : Suprématie se compose de Woody Harrelson, Judy Greer, Karin Konoval, Steve Zahn et Toby Kebbell.
Attention, SPOILERS ! César, toujours à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine régentée par le colonel McCullough, prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

A l'instar des deux précédents chapitres, La Planète des Singes : Suprématie est unanimement plébiscitée par la presse cinéma. Mieux, ce troisième volet serait carrément le meilleur opus de la trilogie. Reste à savoir si le film mérite un tel panégyrisme. Réponse dans les lignes à venir... Le scénario de La Planète des Singes : Suprématie reprend les choses là où elles s'étaient arrêtées dans le précédent épisode. Suite aux exactions de Koba, César et les siens sont régulièrement assaillis par des militaires humains. C'est l'introduction du film.
Pourtant, César aspire à la paix et à des temps plus cléments. Hélas, lorsque le colonel McCullough (Woody Harrelson) massacre sa femme et son fils, César retrouve sa vindicte de naguère et crie haro sur le militaire.

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A partir de cette intrigue, à priori laconique, Matt Reeves éploie un récit complexe qui revisite les grands films de guerre de jadis. Les références à Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) et à Le Pont de la Rivière Kwaï (déjà précité) sont éloquentes. Mais plus qu'un hommage savamment aiguisé, La Planète des Singes : Suprématie s'apparente davantage à une relecture théologique de l'épopée de Moïse, César revêtant les oripeaux du premier prophète du Judaïsme.
Les enjeux de ce troisième chapitre ne se résument donc pas seulement à une simple histoire de vengeance, mais à une guerre sainte opposant l'espèce humaine, en pleine déliquescence, à une armée de singes expérimentaux créés par notre arrogance et cette volonté de jouer avec le Complexe d'Icare. Même le spectateur est convié à prendre parti dans ce conflit explosif, dont les aboutissants ne sont pas sans rappeler certaines tares de la Seconde Guerre Mondiale.

Par certaines accointances, le camp régenté par le Colonel McCullough n'est pas sans rappeler les heures les plus sombres de l'Humanité. Qui sera le bétail ? César et les siens ? Ou une espèce humaine en pleine déréliction et bientôt privée de la parole ? Face à cette épidémie plongeant le genre humain dans l'aphonie et l'hébétude, McCullough et ses sbires sonnent le toxin de la révolte, non pas pour punir César et ses primates, mais pour assurer la survie de la civilisation.
Derechef, César devient, le temps de deux heures et 20 minutes de bobine, le héros central du récit. Les autres personnages humains sont curieusement évincés du programme. Seul, Woody Harrelson, en soldat vindicatif, réplique et s'octroie les oripeaux du grand méchant de ce troisième chapitre. A travers La Planète des Singes : Suprématie, Matt Reeves réinvente et s'approprie une franchise jusque-là erratique.

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Oui, La Planète des Singes : Suprématie est bel et bien le meilleur volet de cette trilogie sous forme de spin-off. Oui, La Planète des Singes : Suprématie est aussi le meilleur chapitre depuis le chef d'oeuvre science-fictionnel de Franklin J. Schaffner. Autant d'arguments qui érigent ce troisième épisode au firmament de la saga, quand cette dernière opposait un Charlton Heston désappointé à une Statue de la Liberté perdue au milieu d'une zone aride et crépusculaire.
On tient donc là le meilleur blockbuster estival et probablement de l'année 2017. Seul petit bémol, dommage que Matt Reeves n'ait pas davantage étayé cette rhétorique darwinienne, ainsi que cette thématique de la guerre sainte. Mais ne soyons pas trop sévère, avec La Planète des Singes : Suprématie, Matt Reeves signe un troisième chapitre jubilatoire et qui file immédiatement la banane ! C'est déjà pas mal...

Note : 15.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver