La_36eme_Chambre_de_Shaolin

Genre : arts martiaux
Année : 1977

Durée : 1h51

Synopsis : Décidé à combattre les Mandchous et de venger sa famille assassinée, Liu intègre le temple de Shaolin afin d'y être formé aux arts martiaux.   

La critique :

La Shaw Brothers, un nom qui rime inévitablement avec le cinéma d'arts martiaux et pour cause, puisqu'on doit à la célèbre firme hongkongaise, plusieurs classiques de films de sabres et de combat, entre autres, L'Hirondelle d'Or (King Hu, 1966), Le Trio Magnifique (Chang Cheh, 1966), Un seul bras les tua tous (Chang Cheh, 1967), Le Bras de la Vengeance (Chang Cheh, 1969), ou encore La Rage du Tigre (Chang Cheh, 1971). Vient également s'ajouter La 36e Chambre de Shaolin, réalisé par Liu Chia-Liang en 1977. Ce cinéaste chinois a essentiellement oeuvré pour la Shaw Brothers.
Contrairement à Chang Cheh qui possède un style plus virulent et radical, Liu Chia-Liang affectionne davantage le retour aux fondamentaux et à la genèse des arts martiaux. On lui doit plusieurs productions notoires, notamment Combats de Maîtres (1976), La Mante Religieuse (1978), Le Singe fou du kung-fu (1979) et Les Arts Martiaux de Shaolin (1986).

En l'occurrence, La 36e Chambre de Shaolin est le premier volet d'une trilogie vertueuse et prestigieuse. Le film sera suivi par Retour à la 36e Chambre (1980) et Les Disciples de la 36e Chambre (1985), deux chapitres toujours réalisés par les soins de Liu Chia-Liang. Inutile de préciser que cette trilogie - et La 36e Chambre de Shaolin en particulier - vont énormément influencer le cinéma asiatique, mais pas seulement. Le succès colossal de cette trilogie s'exporte même dans le monde entier.
Par exemple, Quentin Tarantino se délecte du style et des chorégraphies affinées de ce Triumvirat (si j'ose dire). Opportuniste, le réalisateur et producteur américain reprendra... dupliquera... photocopiera... plagiera doctement les films de Liu Chia-Liang pour un diptyque bien connu du grand public : Kill Bill : volume 1 (2003) et Kill Bill : volume 2 (2004).

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Vous l'avez donc compris. On tient là un classique éminent du cinéma d'arts martiaux. Inutile de mentionner la distribution de ce premier volet puisque les noms des différents interprètes, tous Chinois, risquent de ne pas vous évoquer grand-chose. Seul le nom de Gordon Liu, qui incarne le Moine Shaolin San Te, mérite qu'on s'y attarde quelque peu. L'acteur est un véritable érudit des arts martiaux et peut s'appuyer sur une filmographie foisonnante et exhaustive.
Les Exécuteurs de Shaolin (Liu Chia-Liang, 1976), Shaolin contre Ninja (Liu Chia-Liang, 1979) et Lady Kung-Fu (Liu Chia-Liang, 1981) ne sont que quelques exemples parmi tant d'autres. Le comédien participera même à plusieurs productions américaines. Ainsi, on le verra dans Fast and Furious : Tokyo Drift (Justin Lin, 2006).

Mais revenons à La 36e Chambre de Shaolin et donc à son synopsis. Attention, SPOILERS ! (1) C'est jour d'exécution à Canton, qui vit sous le joug des Mandchous. Liu Yu-Te, fils du poissonnier est étudiant du Professeur Ho. Avec deux de ses camarades, il voit les corps des rebelles exposés. C'en est trop, et il décide de s'engager auprès de son professeur dans la résistance. Il fera passer des messages à travers les poissons séchés. Mais les activités du professeur sont vite découvertes, et une répression est organisée. Les deux camarades et la famille de Liu sont tués.
Blessé, il parvient à s'échapper et se réfugie au monastère Shaolin. Il veut y apprendre le kung-fu. Mais l'enseignement est réservé aux moines. Obsédé par l'idée de vengeance, il se convertit, et devient le moine San De.

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Il va passer cinq ans à apprendre le kung-fu dans les 35 chambres qui développent chacune un talent particulier : équilibre, force des bras, des jambes, des poignets, de la tête, agilité des yeux, puis le maniement des différentes armes. Il y fait preuve de talents exceptionnels, et on lui propose donc de diriger une chambre. Il refuse car son souhait est de créer une 36e chambre où le kung-fu serait enseigné aux laïcs, leur permettant de résister à l'oppresseur.
On lui refuse, et il se voit obligé d'aller quêter pendant un an au bénéfice du monastère (1). Le scénario de La 36e Chambre de Shaolin se divise en trois parties bien distinctes. La première, la plus élusive, a une vraie consonance historique puisqu'elle s'inspire de la véritable histoire du Moine San De. 

Tout d'abord, San De est un jeune homme fougueux qui tente vainement de lutter contre l'oppresseur, les Mandchous, qui pillent régulièrement son village et assassinent les rares infortunés qui ont l'audace de contrecarrer leurs vils desseins. Tout d'abord engagé dans une résistance chimérique, le jeune San De est à son tour rudoyé par les Mandchous. Après avoir subi de nombreuses blessures (je renvoie au synopsis), il est recueilli par le temple Shaolin. C'est la seconde partie du film.
Dès lors, Liu Chia-Liang s'attarde longuement et largement sur le périple initiatique de ce jeune homme issu de la plèbe. Le cinéaste voue une véritable fascination pour les arts martiaux chinois et leur philosophie pacifiste. Si San De ferraille avec de nombreux guerriers aguerris, il doit néanmoins apprendre à se maîtriser et surtout, à ânonner une idéologie inspirée par les préceptes bouddhistes.

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Ainsi, la chambre de Shaolin s'échelonne en plusieurs niveaux. A chaque niveau, correspondent une nouvelle épreuve et une autre façon de percevoir toute la vénusté des arts martiaux. La troisième partie du long-métrage est de facture beaucoup plus conventionnelle puisque San De, après avoir passé de longues années au sein de Shaolin, retourne dans cette nature primordiale et habitée par des êtres humains, tout aussi sauvages et archaïques. En l'occurrence, Liu Chia-Liang montre bien cette dissonance entre la primauté d'un monde dit civilisé et la sérénité qui se dégage du Temple de Shaolin.
Certes, les rares esprits chagrins pourront peut-être pester et clabauder après un scénario basique et laconique. Pourtant, le long-métrage se distingue par ses épreuves extravagantes, la beauté édénique de ses décors naturels, ainsi que par la majestuosité de ses chorégraphies. In fine, Liu Chia-Liang crée une nouvelle race de héros populaire, ce moine philosophe et dévotieux qui vient à la fois prêcher la bonne parole et donner la leçon à des bandits d'infortune.
Bref, en deux mots : totalement indispensable !

 

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_36e_Chambre_de_Shaolin