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Genre : Thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1997

Durée : 2h09

 

Synopsis :

À San Francisco, Nicholas Van Orton va fêter ses 48 ans. Hanté par la mort de son père le jour de son anniversaire, il semblerait, pourtant, que rien ne puisse perturber la vie organisée de cet homme d'affaires richissime, avide de pouvoir, froid, distant et triste. Mais c'est sans compter son petit frère Conrad Van Orton, ancien camé, qui passe sa vie à ne rien faire sinon à dépenser son argent. Conrad va lui offrir un cadeau original pour son anniversaire, une carte de visite d'une société « d'organisation de spectacle », la Consumer Recreation Services que Nicholas est prié d'appeler. Conrad explique à Nicholas que dès qu'il les aura appelés, « le jeu » viendra à lui.

 

La critique :

En cette session trouble d'examens de repassage, il est toujours nécessaire de faire des pauses pour éviter le surmenage. Ce principe n'est bien sûr pas rentré dans l'oreille d'un sourd, ce qui fait que j'ai pu démarrer la très longue liste publiée il y a quelques jours et qui devrait être achevée dans 6 mois minimum. Et le film qui a les honneurs d'ouvrir le bal sera donc The Game, film réalisé par David Fincher qu'on ne présente plus et qui s'est vite imposé comme l'un des plus grands cinéastes contemporains spécialisés dans le thriller à suspens. Seven, Fight Club, Zodiac ou dernièrement Gone Girl en sont des exemples frappants. Peut aussi se rajouter The Game sorti en 1997 et qui n'est pas spécialement cité parmi les premiers films qui nous viendraient à l'esprit du réalisateur.
Bon, il faut dire aussi qu'il est sorti entre deux grands classiques (Seven et Fight Club).

De fait, la genèse du film sera assez compliquée, le script passant entre les mains de différents producteurs, et même Propaganda Films, la société cofondée par David Lynch. En bout de parcours, Fincher s'attellera à la tâche mais décide de retravailler le script pour développer notamment le côté cynique de Nicholas Van Orton. De plus, suite au succès acquis grâce à Seven, Fincher pourra compter sur une tête d'affiche en la personne de Michael Douglas, cependant, hésitant au début en raison du budget assez restreint et d'une distribution limitée. Néanmoins, le film se soldera par un grand succès avec 14 millions de dollars de recettes dès son premier week-end, ainsi que des critiques positives, sans être élogieuses. Un point qui pourrait renforcer le manque de popularité de cette oeuvre mais passons à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Nicholas Van Orton, homme d'affaires avisé, reçoit le jour de son anniversaire un étrange cadeau que lui offre son frère Conrad. Il s'agit d'un jeu. Nicholas découvre peu à peu que les enjeux en sont très élevés, bien qu'il ne soit certain ni des règles, ni même de l'objectif réel. Il prend peu à peu conscience qu'il est manipulé jusque dans sa propre maison par des conspirateurs inconnus qui semblent vouloir faire voler sa vie en éclats.

Voilà pour les hostilités avec un synopsis, comme d'habitude avec Fincher, attirant. Le résultat suit-il pour autant et est-ce que le réalisateur a su prodiguer toute la maestria de son premier film ? Non, mais rien d'étonnant car le niveau était très élevé. Cela n'empêche cependant pas The Game d'être une deuxième grande réussite. Ici, Fincher s'écarte de l'enquête policière traditionnelle, bien qu'il y ait l'un ou l'autre élément mais ça reste minime, pour se concentrer sur une pure histoire de mystère s'apparentant à une plongée en enfer d'un homme qui a plus que réussi sa vie professionnellement parlant. Un homme cachant une profonde tristesse due au suicide de son père et qui a fini par se désolidariser de la sociabilité inhérente à l'être humain. Celui-ci se montre cynique, froid et distant, même envers son entourage proche. L'absence de femme et d'amis ont tôt fait de plonger cette homme, modèle du rêve américain, dans une sorte de misère sociale qui le ronge mais qu'il ne parvient pas à réfréner.
Dans cet univers quelque peu lugubre, son frère Conrad va reprendre contact avec lui le jour de son anniversaire pour lui donner une carte de visite d'une société de spectacle du nom de CSR en le sommant de les appeler. A partir de l'entretien et des tests médico-psychologiques, le cauchemar va commencer pour cet homme, de plus en plus persuadé qu'une conspiration se trame contre lui.

Un point très intéressant de l'idée globale du jeu est que la politique se résume à offrir aux participants ce qu'il manque dans leur vie. Il ne s'agit pas ici d'offrir quelque chose de matériel mais bien d'aller au-delà de cela et de jouer sur la personnalité de l'individu qui prend peu à peu conscience d'actes passés et de son attitude vis-à-vis du monde. Un paramètre qui n'est pas évident à cerner et là est tout le problème de réaliser que Fincher a raté le coche et survole trop le thème de la rédemption sans aller plus en profondeur. C'est d'ailleurs le principal point négatif et sans cela, le niveau cinématographique se serait hissé aux côtés de Seven. Ceci dit, ne vous attendez pas à un mauvais film.
Que du contraire ! Fincher prouve une fois de plus son talent en mettant en scène un scénario sans réels temps morts et qui grimpera de plus en plus en intensité. Le jeu d'abord plutôt innocent et sans danger va se transmuter en un danger grandissant et à une atteinte sur l'entièreté de la vie de Van Orton. La poupée clown laissera la place aux agressions, au lâcher de chiens, aux fusillades et au détournement bancaire de tout son argent. Son frère commencera à prendre conscience que quelque chose ne tourne pas rond alors que les locaux de CSR semblent s'être volatilisés.

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La fascination est omniprésente devant la grande qualité de ce que l'on pourrait appeler une conspiration machiavélique d'une entité semblant être hors d'atteinte sur un riche homme d'affaire. Là où Van Orton exerçait des pressions et des menaces sur des gérants d'entreprise et ne faisait montre d'aucun état d'âme, le rapport de force va s'inverser et celui-ci va vite se retrouver sur le banc des accusés. Une preuve que les millionnaires/milliardaires ne sont pas aussi intouchables qu'on pourrait le croire mais comme je l'ai dit avant, l'aspect psychologique ne va pas assez en profondeur et s'apparente plus à un film de mystère jouant sur le divertissement et le suspens. Mais au final, difficile de ne pas être pris par l'intrigue et de voir le temps passer, les 130 minutes passent à vitesse grand V.
La régularité de l'intensité montante suscite le respect car un palier supplémentaire sera franchi à chaque fois, en même temps que nous finissons par douter de tout ce qui se passe, de tous les personnages apparaissant à l'écran.

Certes, on pourra s'étonner de certaines situations comme dans cette séquence où Van Orton entend un téléphone dans la rue au loin et se précipite directement dessus ou qu'un taxi sous le contrôle de CSR passe comme par hasard au moment fatidique où le personnage en a besoin. Si l'intrigue force le respect de par sa qualité et son intensité, les ficelles sont parfois un peu grosses et certaines ne sont pas sans rappeler la tournure déclinante de la saga Saw où Jigsaw avait prévu avec une exactitude absolue tout ce qui allait se produire après sa mort. Bon après, je pense que le "jeu" ne suivait pas un semblant de script à la lettre mais reposait sur l'instant présent et l'improvisation. Ca prête à débat mais on apprécie le spectacle et on se laisse porter, là où certains films auraient sombrés dans le ridicule entre les mains de réalisateurs incompétents.

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Au niveau de l'aspect technique, Fincher confirme sa qualité de professionnel de l'image avec des plans chirurgicaux et précis sur ce qui se passe. La caméra suit plus que bien l'action dans les passages pour le moins tumultueux. En bref, le film remplit parfaitement son contrat à ce niveau, le tout avec une belle image type des thrillers des années 90. Rien d'exceptionnel concernant par contre la bande sonore. Par contre, le jeu d'acteur atteint des sommets de qualité et repose sur une prestation tantôt de très grande qualité et tantôt de simple qualité.
Michael Douglas est parfaitement investi dans la peau de cet homme d'affaire cynique qui ne nous inspire aucune sympathie au début mais qui finira par se montrer davantage attachant. Sean Penn s'en sort également avec les honneurs grâce à son charisme naturel qui ne se dévoile vraiment que dans les thrillers. Bien sûr, il ne s'agit que d'un ressenti personnel qui n'est pas à prendre pour évangile. Le reste du casting se compose de Deborah Kara Unger qui s'en sort tout aussi bien, ainsi que James Rebhorn et Peter Donat. Qu'on se le dise, tout cet aspect-là renforce la puissance du récit.

En conclusion, The Game est à n'en point douter un second métrage de qualité certaine qui risque de tenir en haleine son spectateur aux prises avec un récit machiavélique, obscur et vicieux où le doute le poursuivra tout au long jusqu'à un finish ayant suscité la polémique mais que j'ai personnellement bien aimé. Si le scénario est d'une intensité constante, on pourra tiquer sur un certain manque de profondeur de l'analyse du personnage principal, ainsi que devant certaines séquences un peu trop grosses pour être naturelles. Mais bon, The Game reste un honorable divertissement qui compte beaucoup sur la prestation de ses personnages. Pas un indispensable de la filmographie de David Fincher mais un cru recommandable.

 

Note : 15/20

 

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