a garden without birds

 

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 1992
Durée : 26 minutes 


Synopsis : Un groupe de six personnes se donne rendez-vous dans le hall d'un grand hôtel de Tokyo. Les trois couples ont loué une chambre au dernier étage pour une soirée de débauche et de drogue. Mais une nouvelle drogue qu'ils consomment leur fait vite perdre toute raison. Aussitôt, la violence se déchaîne et tous les participants, devenus fous sanguinaires, commencent à s'entretuer...


La critique :

C'est japonais, c'est trash et c'est sévèrement secoué. Les habitués du blog me rétorqueront qu'il n'y a rien d'étonnant à cela vu que Cinéma Choc regorge de ce genre de films shootés, une grande partie ayant été chroniquée par votre serviteur. Certes mais il n'y a rien qui nous interdise de découvrir une nouvelle pépite venue du Pays du Soleil Levant. En fait de nouveauté, ce film est loin d'en être une puisqu'il compte déjà vingt-cinq ans de bouteille. Inconnu du grand public, méconnu de la part des amateurs de "j-horror" eux-mêmes, A Garden Without Birds est une véritable petite bombe qui mérite vraiment le détour. Tout droit venu du pays où être réalisateur et psychopathe va souvent de pair, ce court-métrage brut de décoffrage déchire grave. Et pour une fois, ce ne sont pas les habituels malfaisants Tamakishi Anaru, Daisuke Yamanouchi ou Takashi Miike qui se trouvent derrière la caméra, mais un dénommé Akira Nobi dont la réputation demeure plutôt obscure.
Néanmoins, il a trouvé récemment une certaine reconnaissance, dans son pays du moins, en réalisant en 2014 et en compagnie de vingt-cinq autres cinéastes, Fool Japan: The ABCs of Tetsudon, une anthologie de films "absurdes" projetée dans un festival très réputé au Japon.

En 1992, Akira Nobi réalise deux courts-métrages : Diamond Moon et A Garden Without Birds. Si le premier souffre d'une réalisation anémique et s'avère peu intéressant au final, il en est tout autrement pour A Garden Without Birds. Cette oeuvre énervée d'une durée limitée à 26 minutes est du genre à rentrer de suite dans le vif du sujet. Un round d'observation de deux minutes tout au plus et c'est parti pour un festival de bain de sang, de déviances sexuelles, de jeux de massacre dont personne ne sortira indemne. Bien sûr, Akira Nobi ne disposant que de peu de moyens, tout est loin d'être parfait. Les images tournées en DV sont correctes mais ne font pas très "cinéma".
Les deux principaux points faibles du métrage restent cependant l'interprétation trop clinquante, surtout de la part des acteurs masculins (un défaut récurrent dans ce style de films confidentiels), et des effets spéciaux qui sentent le cheap à certains moments. Il faut toutefois replacer le film dans son contexte, c'est-à-dire au début des années 90 où beaucoup de films d'horreur de série B souffraient de ces défauts rédhibitoires par la faute d'un budget étriqué.

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Il faut aussi souligner qu'à l'époque, aucune des oeuvres nippones transgressives bien connues des amateurs, telles que Naked Blood (1996), Mu Zan E (1999) ou encore le diptyque Red Room (2000), n'avait été encore réalisées. A Garden Without Birds peut donc être considéré comme une sorte de pionnier du cinéma (semi) extrême qui ouvrira la voie à une déferlante de films underground, plus ou moins violents. Plutôt plus que moins d'ailleurs... Cependant, appréhender ce film comme une unique boucherie dans les règles serait considérablement réducteur et injuste vis-à-vis de ce métrage qui se démarque de ses congénères par l'originalité de sa mise en scène.
Akira Nobi fait preuve d'une redoutable ingéniosité dans la manière de mener son affaire. Il bouscule tout d'abord le spectateur par des passages peu ragoûtants, puis le laisse souffler lors de scènes sensuelles et poétiques pour mieux l'assommer par un final hardcore à la violence implacable. En effet, A Garden Without Birds ne fait pas dans la dentelle pour choquer son auditoire et l'on ne peut que regretter que le réalisateur n'ait pas trouvé les fonds nécessaires pour en faire un long-métrage. 

Attention spoilers : Un groupe de six personnes composé de trois jeunes couples, se retrouve dans le hall d'un grand hôtel de Tokyo. Ils ont réservé une chambre au dernier étage pour une soirée qui s'annonce épique. Le programme du groupe est simple : orgie sexuelle et défonce intégrale. Les capsules d'une nouvelle drogue circulent suavement de langue en langue et les bouteilles d'alcool sont débouchées. L'ambiance est à la fête et aux excès. Mais très vite, la drogue inconnue produit ses effets et ceux-ci sont dévastateurs. Tous les participants sans exception, deviennent soudain les proies d'hallucinations morbides. Parmi eux se trouve un artiste peintre qui, dans ses délires, peint des oiseaux avec un pinceau devenu le prolongement de son bras, sur les murs de la salle de bain (d'où le titre du film "Un jardin sans oiseaux"). La bonne humeur du début de la soirée cède alors la place à des actes d'une violence incontrôlable. Confondant leurs fantasmes meurtriers et la réalité de l'instant, le groupe commence à céder à ses pulsions les plus bestiales et à s'entretuer avec une rare sauvagerie.
Le massacre ne laissera aucun survivant. 
Si le synopsis est d'une grande simplicité (pour ne pas dire un grand simplisme), l'originalité du film vient de l'inventivité des trouvailles stylistiques de la part du réalisateur.

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À la fois gore, scabreux, érotique et poétique, le film d'Akira Nobi joue la carte de la surprise. Tour à tour provocant, écoeurant et d'une étonnante beauté visuelle, A Garden Without Birds fait passer le spectateur par tout un éventail d'émotions pendant les vingt-six minutes que dure sa projection. Nobi réalise donc le tour de force de rendre fréquentable (et agréable) ce court-métrage à priori beaucoup plus proche des films outranciers de Yamanouchi que des chefs d'oeuvre de Kurosawa. Au niveau de la réalisation, Nobi alterne sans cesse le noir et blanc et la couleur.
Lorsque la situation se situe dans le réel, elle est filmée en noir et blanc. Les passages fantasmés sous l'effet de la drogue sont eux tournés en couleurs. L'utilisation du ralenti ou de l'accéléré est également de mise pour immiscer, au gré des événements, une cassure dans le rythme de l'histoire. La bande originale composée uniquement de grands morceaux de la musique classique donne au film un cachet supplémentaire. On peut remarquer aussi de nombreuses ruptures de ton, le métrage oscillant sans cesse entre la fragilité d'images poétiques et la puissance des fulgurances chocs et sanguinolentes. 

Sur ce point, les amateurs de gore ne seront pas déçus car A Garden Without Birds est doté d'une sacrée violence graphique. Au programme : écrasement de tête par un poids lourd, énucléation, nouveau-né cuit en grillade, cannibalisme, tire-bouchon planté dans le cerveau (!) etc. En ce qui concerne les déviances de toutes autres natures, le réalisateur met également le paquet dans la provocation : ébats lesbiens langoureux, travestissement, sadomasochisme, fétichisme ostentatoire, étouffement dans une cuvette de toilettes et j'en passe... Comme vous le constatez, le film ne plaisante pas sur les débordements visuels et ne dépareille aucunement aux côtés des références nippones du genre.
Bien que les dialogues soient secondaires et que l'on puisse suivre sans problème suivre l'évolution de l'action, on pourra quand même regretter l'absence de tout sous-titre, le film n'étant disponible qu'en japonais ou en allemand... 
En dehors de toute considération horrifique, le film constitue avant tout une critique sévère de la société nippone et particulièrement de la jeunesse dorée tokyoïte qui se perd dans les plaisirs artificiels.

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En associant à ses personnages argent facile, désoeuvrement et substances illicites, le réalisateur retranscrit leur déchéance de façon inéluctable. Et leur parcours chaotique se termine toujours par un carnage, comme si la mort était la seule issue aux maux qui gangrène cette jeunesse apathique et insouciante. Akira Nobi rejoint donc le constat désabusé qu'avait fait Katsuya Matsumura dans sa trilogie All Night Long (1992 - 1996) où ce dernier dressait un portrait peu reluisant d'une jeunesse japonaise à la dérive qui s'abreuvait à la violence ordinaire et sombrait dans la folie meurtrière.
Les personnages de A Garden Without Birds, eux, ne sont plus des adolescents mais de jeunes cadres dynamiques capables de se payer une chambre luxueuse dans un hôtel de grand standing. Leurs moyens financiers couplés à un dysfonctionnement de tout repère moral, vont participer grandement à leur perte avec l'achat de cette nouvelle drogue aux effets mortifères. Le réalisateur met l'accent sur les effets pervers d'une "occidentalisation" des moeurs dans une société nippone qui se délite au fil des décennies et s'éloigne toujours un peu plus de ses fondements ancestraux. 

Le film d'Akira Nobi est donc loin d'être un simple défouloir gore pour amateurs de sensations fortes. Les thématiques qu'il aborde sont plus que jamais d'actualité un quart de siècle après sa réalisation. C'est donc une réelle découverte que ce court métrage méconnu qui comblera d'aise les spectateurs férus d'oeuvres chocs qui ont quelque chose à dire. Plus gore que Red Room, plus trash que Naked Blood et moins   putassier que Eat The School Girl ; ajoutons à cela un propos sociétal intelligent : on n'est pas loin du sans faute. Dommage qu'Akira Nobi n'ait pas persisté dans cette voie, Sono Sion, sans conteste le meilleur réalisateur nippon à l'heure actuelle, aurait trouvé à qui parler. 
Au final, A Garden Without Birds est une oeuvre tout à fait digne d'intérêt et vivement recommandable aux passionnés de j-sploitation et même aux autres cinéphiles. À condition toutefois, d'avoir l'estomac bien accroché... 


Note : 16,5/20

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore