Carrie-Au-Bal-Du-Diable

Genre : épouvante, horreur (interdit aux - 16 ans)
Année : 1976

Durée : 1h38

Synopsis : Tourmentée par une mère névrosée et tyrannique, la vie n'est pas rose pour Carrie. D'autant plus qu'elle est la tête de turc des filles du collège. Elle ne fait que subir et ne peut rendre les coups, jusqu'à ce qu'elle ne se découvre un étrange pouvoir surnaturel.  

La critique :

Lors de ses années estudiantines, Brian de Palma est promis est à une belle carrière de scientifique. A l'université, il intègre le milieu du théâtre et du cinéma et se découvre une dilection pour les films de la Nouvelle Vague. Parallèlement, le jeune éphèbe affectionne tout particulièrement le cinéma d'Alfred Hitchcock et en particulier Sueurs Froides (1958). Brian de Palma aspire alors à épouser la même carrière cinématographique que le maître du suspense.
C'est ainsi qu'il bricole et réalise plusieurs courts-métrages, notamment Woton's Wake (1960) qui remporte plusieurs récompenses. En 1968, il réalise son tout premier long-métrage, Meurtre à la Mode. Mais Brian de Palma devra patienter jusqu'en 1974 pour enfin connaître la gloire et la consécration avec Phantom of the Paradise.

Le cinéaste et producteur américain se passionne essentiellement pour les thrillers et les giallos très portés sur la sexualité et la violence. Une didactique corroborée par la sortie de Soeurs de Sang (1973). Puis, en 1976, il souhaite signer l'adaptation cinématographique du premier roman de Stephen King, sobrement intitulé Carrie. Ce sera Carrie au bal du Diable pour la version cinéma. Toutefois, Brian de Palma souhaite s'éloigner de l'opuscule originel.
Ainsi, les thuriféraires du livre du maître de l'épouvante stipuleront de nombreuses divergences entre le roman et le long-métrage. Que soit. Ces distorsions n'empêcheront pas le film de s'immiscer subrepticement à la première place du box-office américain. Brian de Palma jubile. De surcroît, Carrie au bal du Diable remporte le Grand Prix lors du festival du film international d'Avoriaz en 1977.

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Les critiques et la presse cinéma se montrent unanimement panégyriques et parlent déjà d'un grand classique du cinéma d'épouvante. Pourtant, au moment de sa sortie au cinéma, le métrage écope d'une interdiction aux moins de 16 ans en France. La distribution du film réunit Sissy Spacek, Nancy Allen, John Travolta, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, Betty Buckley et Priscilla Pointer. Lors des auditions pour le casting du film, plusieurs actrices sont approchées pour interpréter le rôle de Carrie N. White. Melanie Griffith est alors sérieusement envisagée pour revêtir les oripeaux de cette jeune femme prude et ostracisée par ses camarades de lycée. Mais Brian de Palma souhaite engager une actrice aux antipodes des gravures de mode habituelles. Le réalisateur opte finalement pour Sissy Spacek.
Un choix judicieux puisque la comédienne incarne, avec beaucoup de majestuosité, cette jouvencelle honnie et vouée aux gémonies.

Reste à savoir si le long-métrage mérite ou non son statut de classique du cinéma horrifique. Réponse dans les lignes à venir... Attention, SPOILERS ! (1) Carrie N. White vit avec sa mère, catholique fanatique et obsessionnelle, tout en poursuivant une scolarité contrariée au lycée Bates High School, où elle est la tête de turc de ses camarades de classe. Un jour, Tommy Ross vient lui demander contre toute attente d’être sa cavalière pour le bal de fin d’année.
D’abord réticente, elle accepte et devient l’attention de tous les regards. Mais derrière le cliché festif se cache une réalité bien plus sombre… (1) Dès l'introduction du film, Brian de Palma a le mérite de présenter les inimitiés. Ainsi, Carrie au bal du Diable s'ouvre sur une longue séance de douche et de diverses coquetteries. Le spectateur est donc convié à mater et à admirer les silhouettes longilignes et les courbes généreuses d'une Nancy Allen entièrement défrusquée.

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Puis, la caméra de Brian de Palma se polarise sur une Sissy Spacek sous la douche. Contrairement à Nancy Allen, l'interprète n'est pas un parangon de beauté ni de vénusté. La jeune femme au physique ingrat est alors rudoyée, brimée et anathématisée par ses camarades de lycée. Une première saynète d'une violence inouïe qui provoque les furibonderies de Miss Jackett, la prof de sport. Dès cette introduction, Carrie au Bal du Diable affirme une grande connotation sexuelle et même homosexuelle.
Dans ce monde juvénile, principalement composé d'éphèbes obséquieux et indociles, difficile de faire régner un simulacre de discipline, au grand dam de la même Miss Jacket, visiblement dépassée par les dissidences de ses élèves déjà dévoyés par le consumérisme. Car c'est aussi cela Carrie au Bal du Diable. Le film sort vers le milieu des années 1970, une période encore troublée par la guerre du Vietnam et le scandale du Watergate.

A son tour, les Etats-Unis connaît sa révolution culturelle, sociale, sexuelle et sociétale. Or, Carrie White préfigure justement la société de jadis, celle qui doit être impitoyablement tancée et vitupérée par cette nouvelle génération d'éphèbes hédonistes. Ainsi, le bal de fin d'année est la seule raison d'être de jouvenceaux résolument égotistes. Certes, Carrie White tentera bien de s'immiscer sur ce chemin escarpé. De retour chez elle, Carrie White doit supporter les sarcasmes et les invectives de sa marâtre. Car Carrie cache un terrible secret.
La jeune femme possède des pouvoirs télékinésiques. Les prémisses de ce don interviennent dès les premiers coups de semonce lors de la séquence d'introduction. Peu à peu, cette psychokinésie devient de plus en plus prégnante et irréfragable. Brian de Palma donne volontairement peu d'informations sur le passé de Carrie, mais la jeune femme semble intrinsèquement reliée à la sorcellerie.

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Ainsi, le film aborde des thèmes tels que la religion et cette société révisionniste en pleine décrépitude. Société justement symbolisée par la mère de Carrie déguisée en prêcheresse ascétique. La jeune jouvencelle consteste évidemment l'autorité de sa maternelle. Dans Carrie au Bal du Diable, l'absence ou plutôt la mort du père revêt une importance primordiale. Naguère, le père de Carrie fut lui aussi victime de sa propre psyché. "Ils te détestent tous !" s'écrie la marâtre de Carrie White.
Mais la jeune femme, encore pucelle, n'en a cure. Contre toute attente, Carrie a un cavalier pour le bal du lycée. Une hérésie. Le monde de Carrie au Bal du Diable ne s'apparente pas à un conte de fée, loin de là. Cruel, Brian de Palma s'ébaudit de cette dissonance entre le monde fabulé par Carrie et la triste réalité, hélas beaucoup plus séditieuse.

Le cinéaste se centre également sur la relation saphique qui se noue et se joue entre Carrie et sa prof de sport, limite aguicheuse, et qui semble aimer secrètement la jouvencelle. Hélas, la nature irascible et ostentatoire de Carrie sera révélée aux yeux de tous et donc lors du fameux bal du lycée. Narquois, Brian de Palma filme toute la séquence au ralenti. Un saut contenant du sang de porc se déverse sur le faciès de Carrie, entâchant également sa belle robe de soirée.
Bilieuse, la jeune femme devient totalement incontrôlable et massacre, un par un, ceux et celles qui ont eu l'outrecuidance de fomenter ce piège. Retour à la case départ. Brian de Palma nimbe sa pellicule d'une psychanalyse freudienne voire lacanienne. La source de la colère semble se trouver dans les tréfonds de la demeure de Carrie et de sa maternelle. Le monde juvénile, brossé avec désinvolture par le cinéaste, s'apparente à un univers factice, auréolé par les rumeurs, les ragots, les quolibets et les galéjades. 
Le mal n'est que le produit ou plutôt la conséquence de toute la sournoiserie d'une société en déliquescence. D'une souffre-douleur, Carrie se transmute en une sorcière effroyable et effrayante à cause de la mesquinerie de ses camarades de lycée.
Mais sa mère joue aussi un rôle non négligeable, sermonnant sa propre fille lorsqu'elle a ses premières menstruations. Indubitablement, Carrie Au Bal du Diable n'a pas usurpé son statut de classique du cinéma d'épouvante. On tient là un film éminemment complexe et qui nécessiterait sans doute un meilleur niveau d'analyse.

Note : 17.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/carrie-au-bal-du-diable-de-palma