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Genre : horreur, gore, comédie, science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 1987

Durée : 1h32

Synopsis : Une petite ville côtière de Nouvelle-Zélande est le théâtre d'une invasion extraterrestre : les aliens ont effet décidé d'utiliser les habitants comme viande de première qualité pour leur fast-food spatial.  

La critique :

Sacré parcours que celui de Peter Jackson, réalisateur, producteur et scénariste néo-zélandais. Sa carrière débute alors qu'il est seulement âgé de huit ans. A l'époque, le marmot intrépide réalise déjà plusieurs trucages et effets spéciaux très inspirés par la technique de la stop-motion et donc des effets visuels créés par Ray Harryhausen en son temps. Bien des années plus tard, influencé à la fois par les cartoons de Tex Avery, les comédies potaches, la science-fiction, l'horreur et les films de zombies, Peter Jackson signe plusieurs films amateurs qui vont grandement concourir à sa popularité, non seulement sur ses terres, mais en dehors de ses frontières néo-zélandaises. 
Ainsi, Bad Taste (1987), Les Feebles (1989) et Braindead (1992) lui permettent d'asseoir sa notoriété.

Mieux, toutes ces productions bricolées et dispendieuses s'octroient rapidement le statut de films cultes. Avec ces trois premiers films, Peter Jackson affirme son engouement pour les pellicules gore, salaces et grivoises. A contrario, le metteur en scène aspire à d'autres projets, cette fois-ci plus méticuleux et ambitieux. Des films tels que Créatures Célestes (1994), Forgotten Silver (1995) et Fantômes contre Fantômes (1996) corroborent cette dialectique.
La suite, vous la connaissez... Peter Jackson deviendra l'un des nouveaux grands parangons du blockbuster hollywoodien avec la trilogie de Le Seigneur des Anneaux, la trilogie Le Hobbit et le remake de King Kong en 2005. Aujourd'hui, c'est le cas de Bad Taste, soit le tout premier long-métrage du réalisateur néo-zélandais, qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes.

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Bien que sorti en 1987, le tournage débute dès 1983. A l'époque, Peter Jackson ne dispose pas de subsides suffisants pour réaliser un film en seulement quelques semaines, voire quelques mois... Mais peu importe, le cinéaste n'en a cure et fait montre de pugnacité. L'essentiel du tournage se déroule donc à Pukerua Bay, situé dans le nord de Wellington en Nouvelle-Zélande. Le réalisateur fait alors appel à la prodigalité de sa famille, de ses amis et de son proche entourage pour financer son tout premier long-métrage. Au cours de ses quatre longues années de dure besogne, Peter Jackson collecte la coquette (ou modique... vous choisirez) somme de onze mille dollars.
Malicieux, le metteur en scène décide de présenter Bad Taste dans divers festivals, notamment lors du Fantafestival et du festival de Fantasporto.

C'est ainsi que le film érige sa célébrité et qu'il devient le nouveau parangon de la série Z amateure. Mieux, Bad Taste bénéficie même d'une diffusion dans le monde entier. Les fans du cinéma bis exultent et tiennent la nouvelle référence du cinéma gore, celui qui mélange savamment délires truculents et effusions sanguinolentes. La distribution du film réunit Peter Jackson lui-même, Terry Potter, Pete O'Herne, Craig Smith et Mike Minett. Autant l'annonce de suite.
Le synopsis de Bad Taste est pour le moins pittoresque. Attention, SPOILERS ! (1) Les habitants d'un petit village disparaissent sans laisser de trace. Derek et ses amis décident donc de mener une enquête et découvrent un réseau d'extra-terrestres ayant prit l'apparence humaine. Ces extra-terrestres sont venu sur terre afin de déguster la chair humaine. Derek va devoir alors mettre un terme à cette invasion (1).

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Indubitablement, ce premier essai témoigne déjà, à l'époque, de toute l'opiniâtreté d'un futur réalisateur de génie, celui qui se fourvoiera néanmoins par la suite dans une trilogie caduque, Le Hobbit, à des années-lumière de cette fantasmagorie gore et bricolée avec quelques potes et collègues d'infortune. Certes, Bad Taste suinte le film amateur et même parfois (souvent...) le nanar azimuté du bulbe. Pourtant, là où d'autres tâcherons se seraient cassés invariablement les dents, Peter Jackson commet l'exploit de réaliser un petit bijou de condescendance et d'irrévérence, le tout corseté avec un budget fauché comme les blés. Indiscutablement, le cinéaste néo-zélandais ne tarit pas d'imagination.
Qui aurait pensé que des aliens belliqueux et anthropophages auraient élu domicile et fomenté une future invasion dans un trou paumé et reculé de la Nouvelle Zélande ?

Réponse : personne... A l'exception de Peter Jackson qui s'ébaudit de ses situations saugrenues et de ses protagonistes, eux aussi ubuesques. Le but de ces extraterrestres bellicistes ? Transformer les Homo sapiens en hamburgers ! Ainsi, des extraterrestres anthropomorphiques sont inlassablement poursuivis par une bande de chasseurs d'aliens. Le scénario n'est qu'un prétexte à toute une série de rodomontades, de délires gore, d'humour cartoonesque et d'idées toutes plus géniales les unes que les autres. Par exemple, le modeste habitat des extraterrestres se transmute subrepticement en soucoupe volante lors d'une conclusion finale en apothéose. 
Lors d'une course poursuite effrénée, c'est un alien au visage lacéré et largement tronqué qui est méticuleusement soigné par un Peter Jackson goguenard et arborant une tronçonneuse.

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Toutes ces idées ingénieuses sont précautionneusement anônnées sur la courte durée de cette pellicule. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard. La culture geek se chargera doctement d'analyser, de sonder et de décortiquer tous les menus détails qui ponctuent Bad Taste. Sur ce dernier point, les contempteurs et les esprits chagrins relèveront, évidemment, de nombreuses ellipses et incohérences. A contrario, difficile de faire la fine bouche devant un tel spectacle qui oscille entre la boucherie massive, les nombreuses gauloiseries et les aliens ventripotents.
Narquois, Peter Jackson s'ingéniera dans cette voie potache et érubescente avec ses deux longs-métrages suivants, Les Feebles et Braindead, qui confirmeront toute l'érudition de ce cinéaste passionné et passionnant.

Note : 14.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bad_Taste