Mondo_Cane

 

Genre : documentaire, documentaire, "Mondo" (interdit aux - 16 ans)
Année : 1962

Durée : 1h48

Synopsis : Choquant, fascinant, cruel et barbare, ce voyage aux confins de l'horreur ne vous laissera pas indemne. Découvrez la folie et la violence d'un animal monstrueux : l'homme. Oserez-vous accepter la vérité de notre monde ?

La critique :

On oublie souvent de le dire et de le préciser. Mais l'acte de naissance et de fondation du shockumentary remonte à 1962, une date fatidique et rédhibitoire avec la sortie de Mondo Cane, réalisé par le trio Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi. Avec ce film tourné comme un documentaire, les trois cinéastes viennent d'inventer le "Mondo", un autre synonyme du shockumentary. Le principe est simple et consiste à donner l'impression de séquences réelles filmées inopinément par la caméra ou prises sur le vif du sujet. L'air du sensationnel est né et inaugure, presque dix ans auparavant, le voyeurisme qui va poindre entre la fin des années 1960 et le début des "seventies".
Or, tout est factice, tout n'est qu'un leurre et un simulacre même si certains meurtres - en particulier d'animaux - sont eux bien réels.

Ainsi, la réalité et le cinéma se retrouvent consubstantiellement imbriqués. Inutile alors de préciser que Mondo Cane va inspirer de nombreux succédanés, notamment Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), Face à la Mort (John Alan Schwartz, 1978), Shocking Asia (Rolf Olsen, 1974), L'Amérique Interdite (Romano Vanderbes, 1977), ou encore Le Projet Blair Witch (Eduardo Sanchez et Daniel Myrick, 1999), qui n'ont donc rien inventé.
Tous ces films ne sont que les reliquats de Mondo Cane qui, à son tour, connaîtra une suite, donc Mondo Cane 2, en 1963. Autrement dit, Mondo Cane n'est pas vraiment un documentaire et s'apparente donc à un "documenteur". Un filon que Jacopetti et ses ouailles exploiteront à satiété via d'autres shockumentaries outranciers, entres autres, Africa Addio (1966) et Les Négriers (1971).

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Pour la petite anecdote, le film sera présenté en compétition au festival de Cannes en 1962 et suscitera, évidemment, son lot d'acrimonies et de quolibets. L'artiste Yves Klein assiste à l'avant-première de Mondo Cane et meurt carrément d'une crise cardiaque. Parallèlement, d'autres spectateurs quittent précipitamment la séance ou éructent devant les diverses trivialités qui leur sont présentées. Bref, autant d'historiettes et de galéjades qui contribueront largement à populariser le "documentaire" auprès des amateurs du cinéma choc et extrême. Reste à savoir si Mondo Cane justifie ou non sa sulfureuse réputation.
Réponse dans les lignes à venir... Le concept du film est à la fois basique et laconique. Le speech est donc le suivant. Attention, SPOILERS ! Choquant, fascinant, cruel et barbare, ce voyage aux confins de l'horreur ne vous laissera pas indemne.

Découvrez la folie et la violence d'un animal monstrueux : l'homme. Oserez-vous accepter la vérité de notre monde ? Indubitablement, Mondo Cane a de vraies velléités anthropologiques. Via de nombreuses saynètes élusives, le film propose un tour à travers le monde, en passant par les tribus les plus primitives et archaïques, jusqu'aux villas cossues et luxuriantes des Etats-Unis. Un exemple parmi tant d'autres. Alors que dans certaines contrées américaines, le chien est littéralement déifié, divinisé, sacralisé et même adoubé ; dans certaines régions chinoises à l'inverse, le canidé est dévoré sous le regard complice et béat de Jacopetti et ses fidèles prosélytes.
Viennent également s'ajouter des exécutions sommaires et cruelles d'animaux à coup de bâton ou de matraque ensanglantée. 

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Visiblement, nos amies les bêtes sont les cibles privilégiées de Mondo CaneEvidemment de telles séquences seraient totalement prohibées et impensables aujourd'hui. C'est dire toute la virulence et la condescendance de ce shockumentary, même plus de cinquante-cinq ans après sa sortie. Certes, depuis longtemps, Cannibal Holocaust, Face à la Mort et leurs nombreux concurrents se sont largement chargés d'abattre Mondo Cane à plate couture via leurs impudicités déviantes.
Toutefois, Jacopetti et al. ont déjà cerné, dès les prémices des années 1960, cette fascination pour le voyeurisme, soit le nouvel apanage d'une société hédoniste, consumériste et morbide ; celle qui, encore une fois, connaîtra sa quintessence dix ans plus tard. Ainsi, avec Mondo Cane, toutes les pulsions reptiliennes sont psalmodiées par la caméra de Jacopetti et de ses collaborateurs : évidemment la mort et les cérémonies funèbres, mais aussi la religion, l'art, la culture, la nourriture et la guerre.

Certes, les siècles et les millénaires se sont écoulés depuis l'Âge de Pierre. Pourtant, l'homme reste intrinsèquement relié à ses pulsions primitives à travers des rites ancestraux, cultuels et séculaires. Tel est le message ânonné par Mondo Cane. Finalement, rien ne distingue réellement l'homme de l'animal. Lui aussi a besoin de forniquer, de dormir, de se nourrir et de s'épanouir. Pour y parvenir, il doit s'adapter au monde qui l'entoure, l'apprivoiser et se situer au sommet de la chaîne alimentaire, quitte à l'industrialiser et à toiser le Complexe d'Icare. Heureusement, Jacopetti et consorts euphémisent leurs ardeurs via de nombreuses saynètes truculentes et pittoresques.
Ainsi, Mondo Cane ne se résume pas seulement à une litanie d'immondices et de lubricités. Toutefois, ce "documenteur" n'est pas exempt de tout reproche.

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Par exemple, difficile de ne pas s'esclaffer devant certains poncifs et stéréotypes habituels, à la limite parfois de la xénophobie. Par exemple, Chinois et Africains sont perçus comme des peuplades primitives qui passent leur temps à bâfrer et à massacrer des animaux pour satisfaire leur appétit insatiable. Parfois putassier et racoleur, Mondo Cane doit se voir avant tout comme une curiosité cinéphilique. De surcroît, le film se démarque également par son obsolescence.
Désormais, les images outrageantes assénées par Mondo Cane sont visibles sur n'importe quel zapping et journal télévisé. Clairement, Mondo Cane ne risque pas de désarçonner l'audimat actuel, littéralement abreuvé par des images violentes, âpres et brutales. Mais le long-métrage reste l'un des grands parangons du shockumentary et devrait néanmoins intéresser les aficionados du genre... Et ils sont nombreux, ce sont vous et moi. C'est n'importe quel quidam.

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver