purgatory

 

Genre : Horreur, inclassable, expérimental (interdit aux - 16 ans)

Année : 2006

Durée : 16 min

 

Synopsis :

Terrible vision d'un passage vers un autre monde ; un homme est confronté à son purgatoire intérieur.

 

La critique :

Aujourd'hui, on quitte les USA, l'Europe et le Japon pour nous tourner vers un petit pays pas spécialement très connu pour son cinéma, j'ai nommé le Québec dont les oeuvres restent relativement confidentielles des profanes. Et ce n'est certainement pas ce court-métrage qui prouvera le contraire vu que la vidéo sur YouTube ne totalise même pas 150 vues alors que celle-ci fut postée il y a un peu plus d'un an. Nous voilà donc en présence d'un film rare mais dont le réalisateur n'est pas inconnu des amateurs de films trash vu qu'il s'agit de Eric Falardeau, le créateur du plutôt dégueulasse Thanatomorphose et de Crépuscule qui ont déjà eu les honneurs d'une chronique sur le blog pour les intéressés.

Ici il s'agit de son second métrage, du nom chaleureux de Purgatory, après le film énigmatique du nom de La Petite Mort (rien à voir avec le film éponyme de Marcel Walz) qui avait suscité un certain enthousiasme quand il fut présenté au festival SPASM. Un second métrage qui a mûri pendant près de 5 ans avant de voir le jour et qui, à sa sortie, suscita les louanges des passionnés de cinéma expérimental et de gore. Conçu avec les moyens du bord dont on suppose qu'ils ne furent pas plus élevés qu'un SMIC arménien, on pourrait voir en Purgatory la quintessence même de l'oeuvre ultra-underground qui détruit tout sur son passage. C'est sur ces belles paroles enthousiastes que nous pouvons maintenant rentrer dans le vif du sujet.

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ATTENTION SPOILERS : Un homme se trouve seul dans une grande pièce plongée dans la pénombre et dénuée de fenêtre. Seule la réverbération de pâles lumières artificielles en un rouge crasseux délimite et expose un lieu d'action dérangeant. Petit à petit, on comprend que l'homme se sent mal, d'un mal métaphysique qui le pousse à se tourner contre lui-même, contre son propre corps. Le spectateur sera, tout au long du film, témoin de sa déchéance.

Seize minutes, c'est le temps qu'il aura fallu pour Falardeau pour accoucher d'une des oeuvres les plus noires et radicales de ces dernières années (même si le film a quand même 12 ans au compteur). Le cinéaste a décidé de s'attaquer à un thème costaud qui est celui de l'enfer intérieur d'un homme, engendré par la lente déréliction de celui-ci. Un thème à double tranchant qui peut vite devenir risible s'il est mal exploité. En effet, et plus que jamais, alors que la société tend à être de plus en plus connectée, l'individu se retrouve toujours de plus en plus seul et isolé.
C'est en partie à partir de cette thématique que Purgatory prend forme car le film est une gigantesque métaphore sur la condition d'un homme abandonné et délaissé se morfondant dans une pièce semblant être hors du temps. Une pièce représentant le purgatoire que cet homme traverse seul sans que personne ne vienne l'aider, ne vienne l'en sortir. Nous sommes donc bien ici dans un cas de solitude omniprésente. Une solitude qui finit par ronger cet homme dont ne nous connaîtrons jamais le nom au point que celui-ci en aille jusqu'à plonger dans des pulsions autodestructrices.

Falardeau nous montre que l'homme est avant tout un animal social et qu'il ne peut évoluer seul sous peine de voir sa santé mentale vaciller et perdre pied avec la réalité. Ce soit disant passage vers un autre monde n'étant en fait que l'enfer que vit l'homme quotidiennement, une spirale dont il ne peut en sortir. La grande force de ce court-métrage est que Falardeau va directement à l'essentiel tout en développant très bien son thème de base. Purgatory se traduit ainsi par une succession de différentes scènes sans fil conducteur mais toutes axées autour de l'enfer intérieur.
En proie à ses différents démons, doutes et choix difficiles, cet homme se mutile, se transperce les bras, s'éviscère et en vient même à manger sa propre chair. Toutes ces successions d'erreurs ont transformé cet homme en épave qui a fini par se détester, ce qui explique le fait qu'il s'abîme, se lacère. Des actes qui ne sont pas sans rappeler ces catholiques intégristes qui s'auto-flagellaient dans un but de s'expier de leurs fautes et de trouver une certaine forme de rédemption. 

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Mais pas que, on pensera aussi à cette scène où il s'observe à travers un téléviseur. Une façon claire de mettre en scène le fait que l'homme tend à devenir de plus en plus spectateur de sa propre vie, qu'il ne voit plus à travers ses yeux mais à travers un simple écran. Comment ne pas inévitablement penser encore une fois à l'ère du tout connecté et des smartphones anesthésiant la population, la laissant sans arrêt rivée devant un écran en oubliant le monde qui les entoure. Plus fort encore, cette scène de désespoir où l'homme est comme agonisant et allongé devant un miroir.
Miroir mettant l'homme devant le fait accompli, devant ses échecs et une vie qu'il n'a pas réussi à construire comme il l'aurait souhaité. A de nombreuses reprises, dans cette antichambre de l'enfer, on assistera à des apparitions silencieuses d'une dame en blanc tenant une faucille entre les mains. Symbole évident d'une mort rôdant et étant toujours aux côtés du personnage. Dès lors, Falardeau semble penser qu'aucune alternative n'est possible et que seule la mort sera le remède pour que l'homme puisse enfin être serein et se libérer de sa condition désespérée. On a connu plus joyeux comme film n'est-ce pas ? 

Clairement, Purgatory n'est pas le genre de film à mettre entre toutes les mains de par son propos fortement nihiliste qui risque d'en bouleverser plus d'un si, du moins, l'on parvient à savoir analyser correctement l'oeuvre. Il n'empêche que le résultat est là et que chaque scène a un réel impact sans que l'on ne décèle le moindre pet d'inutilité. Les seize minutes ont été parfaitement utilisées et ce n'est pas tout le reste du film qui dira le contraire. L'image tournée en Super 8 renforce cet aspect crasseux et austère en offrant une image sale et moisie, à l'image du mal-être du personnage. Ce mode de mise en scène, bien qu'il ne plaira pas à tout le monde, est très bien choisi pour les raisons que j'ai cité à la phrase précédente et contribue à renforcer cette tonalité morbide et cette ambiance malsaine, voire même maléfique. La bande sonore se résume essentiellement à de la musique minimaliste sans qu'il n'y ait quelconque parole, si ce n'est des sanglots, borborygmes et autres râles de douleur.
Les images parlent d'elles même et il aurait été somme toute strictement inutile d'insérer la moindre phrase. Nous sommes donc plongés dans un silence pesant qui amplifie le malaise à un point tel que l'on finit par faire corps avec le personnage et avoir mal quand il se mutile au travers de séquences très violentes, brutales, au rendu de grande qualité mais jamais gratuites. 

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Bref, il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur cette oeuvre qui ne démériterait pas à pouvoir faire l'objet d'une véritable analyse métaphysique. On est tout simplement soufflé par le professionnalisme de ce réalisateur à avoir su condenser un thème aussi vaste et complexe en 16 minutes tout en faisant preuve d'une remarquable qualité. A la mise en scène déstructurée et dénué de tout fil conducteur, il n'est pas surprenant de dire que Purgatory ne plaira pas à tous en raison de son caractère très expérimental tant dans la forme que dans le fond et de son radicalisme.
Falardeau nous livre une oeuvre sombre, désespérée, au plus profond des tourments d'un homme perdu dans la dure cruauté de la vie. Pour Falardeau, l'enfer n'est pas au-dessus de la Terre mais bien sur la Terre même, ce qui explique sans doute que ce purgatoire est éloigné de toute forme d'esthétique démonologique et fantastique et prend l'aspect d'une simple cave. Un lieu qui n'a pas été choisi au hasard vu que la cave, lieu simpliste, est vu comme source d'obscurité dans l'inconscient collectif. En conclusion, Purgatory est ce que l'on pourrait appeler un chef d'oeuvre et se révèle être un coup de massue davantage plus percutant qu'aucune parole ne sera rencontrée.
Une expérience indéfinissable qui se doit d'être vu par n'importe quel cinéphile et qui mériterait d'être beaucoup plus mise en lumière que la trop grande confidentialité dont elle se pare. Du coup, je vous laisse une idée de la note finale.

 

Note : ???

 

orange-mecanique Taratata