Mondo_Cane_2_l_incroyable_verite

Genre : documentaire, documentaire, "Mondo" (interdit aux - 16 ans)
Année : 1963

Durée : 1h40

Synopsis : (1) Rites religieux, déviations sexuelles, performance arty et cannibalisme. D'un trafic de cheveux à l'exploitation d'enfants handicapés, Mondo Cane 2, digne héritier des spectacles de foire, ne cache rien par souci de vérité... (1)

La critique :

Festival de Cannes, 1962. Gualtiero Jacopetti, Paolo Cavara et Franco Prosperi présentent Mondo Cane, un pseudo documentaire, qui explore les différents rites culinaires, séculaires, cultuels, culturels et mortifères à travers le monde ; des peuplades africaines en passant par notre société contemporaine. Sur la forme, Mondo Cane n'est qu'un agrégat de séquences chocs, parfois minorées par des anecdotes pittoresques L'objectif d'une telle pellicule ?
Observer, analyser et décortiquer les us et les coutumes de plusieurs communautés qui se livrent à des actes parfois abominables et/ou à des pulsions ancestrales et reptiliennes. Certes, plusieurs siècles et plusieurs millénaires se sont écoulés depuis l'Homme de Pierre, mais rien n'a vraiment changé, claironnent Jacopetti et ses collaborateurs.

Lors de sa présentation au Festival de Cannes, Mondo Cane marque durablement les persistances rétiniennes en raison de plusieurs saynètes à la fois loufoques, trash et extravagantes. Le "documenteur" choque notamment pour son réalisme âpre et brut de décoffrage. Certains spectateurs ébaubis quittent précipitamment la salle lors de la projection en avant-première. D'autres expectorent leur frugal repas devant certaines séquences montrant des animaux dévorés, massacrés ou encore froidement exécutés. Avec ce faux documentaire, Jacopetti et al. viennent d'inventer le "documenteur" et plus particulièrement le shockumentary. Le principe ?
S'ébaudir de la frontière souvent ténue entre la fiction et la réalité, entre le cinéma et notre monde bien réel.

Si tous les participants du "documentaire" sont en vérité des acteurs, les meurtres d'animaux ne sont pas simulés. Les amateurs du cinéma trash et extrême exultent. Jacopetti et ses ouailles ont bien l'intention d'exploiter le filon à satiété. Seul Paolo Cavara, qui vaque à d'autres occupations, refuse de rempiler pour un second volet. C'est dans cette dialectique qu'est réalisé Mondo Cane 2 : L'Incroyable Vérité en 1963. Le scénario ? Toujours la même antienne.
Filmer, scruter, épier et "radioscoper" - si j'ose dire - certains rites et surtout les différentes peuplades qui composent le microcosme humain. Par ailleurs, Mondo Cane 2 est principalement composé de séquences qui n'ont pas été retenues pour le premier chapitre. On peut alors parler d'un film un peu bâtard et opportuniste qui, à l'instar de son auguste épigone, sera à son tour présenté en compétition au Festival de Cannes.

hqdefault

Toutefois, le film ne déclenche plus les foudres et les anathèmes de son devancier. Le public festivalier s'est déjà accoutumé à cette violence jugée barbare et outrancière. Bientôt, cette brutalité se transmutera en antre de l'horreur avec Face à la Mort (John Alan Schwartz, 1978) et Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), deux autres shockumentaries beaucoup plus virulents. "Nous vivons toujours dans un monde de chien" arguent Jacopetti et Prosperi.
Une habile ritournelle assénée à travers des images toujours aussi fantasques, violentes et truculentes. Un an après le premier Mondo Cane, Jacopetti et son fidèle prosélyte continuent d'observer au plus près les prémices de la société consumériste. Tel est le propos emphatique de Mondo Cane 2. Le speech est donc le suivant.

Attention, SPOILERS ! Rites religieux, déviations sexuelles, performance arty et cannibalisme. D'un trafic de cheveux à l'exploitation d'enfants handicapés, Mondo Cane 2, digne héritier des spectacles de foire, ne cache rien par souci de vérité... En outre, Mondo Cane 2 souffre des mêmes tares que son illustre prédécesseur, à savoir une xénophobie latente. Derechef, Africains et Chinois sont décrits comme des êtres barbares, rustres et primitifs qui s'adonnent ponctuellement à des rituels sanguinolents.
En l'occurrence, difficile parfois de ne pas pouffer devant la pseudo véracité des images dont nous sommes affublés, tant certaines saynètes suintent l'outrance et l'outrecuidance. A l'image de ces (faux) policiers qui se griment en prostituées pour appâter et alpaguer les sadiques souffrant de satyriasis. Une façon comme une autre de dénoncer, dix ans auparavant, la féminisation du sexe ithyphallique, les hommes étant réduits à jouer les travestis.

Pour le reste, pas grand-chose à signaler au compteur si ce n'est que Mondo Cane 2 s'appesantit, de nouveau, sur des pugilats d'animaux. Le spectateur assiste donc béatement à la mise à mort d'un oisillon, battu à plate couture par l'un de ses congénères volatiles. Certes, le concept de Mondo Cane 2 peut paraître totalement désuet aujourd'hui. Les images assénées par les deux cinéastes sont désormais visibles sur les réseaux sociaux, dans n'importe quel zapping ou journal télévisé.
Néanmoins, les esprits les plus sensibles risqueront d'être désarçonnés par certaines séquences érubescentes, à l'image de ces enfants noirs handicapés et avilis par la turpitude humaine. L'esclavagisme existe toujours déclament sournoisement Jacopetti et son comparse. Sur la forme comme sur le fond, Mondo Cane 2 s'apparente donc à un triste avatar de son devancier. Les fans les plus irréductibles ou les plus acharnés - vous choisirez - apprécieront peut-être cette rodomontade tantôt abjecte, tantôt saugrenue. Les autres pesteront et clabauderont à raison sur l'inanité et la vacuité de ce second chapitre.

Note : 09.5/20 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mondo_cane_2