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Genre : Horreur, comédie (interdit aux - 12 ans)

Année : 2014

Durée : 1h42

 

Synopsis :

Un célèbre podcaster américain, connu pour ses sujets farfelus, se rend au Canada pour interviewer un vieil homme totalement fasciné par les morses. Leur rencontre va très vite dégénérer.

 

La critique :

Je pense que sur ce blog, on sera tous d'accord que réaliser un film d'horreur n'est pas à la portée du premier venu. En effet, parvenir à créer chez le spectateur un sentiment d'inconfort, voire même de terreur nécessite un doigté de grand professionnel. Et je pense aussi que tout le monde sur ce blog sera d'accord avec moi quant au fait que ce n'est certainement pas par les temps qui courent que l'on pourra tomber sur une armada de films de qualité de ce genre. Alors quand, en plus, un réalisateur décide de mêler à l'horreur, la comédie, là le pari s'avère encore plus risqué.
Certes, on a pu observer des films qui ont su s'imposer au fil du temps tels Shaun of The Dead, Gremlins, Bad Taste, Bienvenue à Zombieland ou même les Scary Movies mais je préfère ne rien dire concernant cette dernière franchise. Vous pouvez désormais rajouter à ce cercle très fermé, l'étrange Tusk du réalisateur Kevin Smith qui, personnellement, ne s'est pas illustré avec grand chose. 

Pour l'histoire autour du film, le scénario s'inspire de The Walrus & The Carpenter de la série de podcast SModcast créée par le cinéaste lui-même et Scott Mosier. Dans cet épisode, ils débattaient sur une petite annonce envoyée par un homme qui avait été naufragé et avait survécu au côté d'un morse et qui avait ensuite envoyé une petite annonce dont je vous fais part : "Pour devenir mon colocataire, vous devez être prêt à porter un costume de morse pendant 2h par jour environ (en pratique, pas 2h chaque jour, il s’agit plus d’un ordre d’idée de la charge qui vous attend). Une fois dans le costume, vous devez ÊTRE un morse : il ne doit pas y avoir de parole telle qu’un homme le ferait, avec une voix d’homme, et toute communication doit se faire sur l’intonation d’un morse".
Non vous ne rêvez pas, ce récit cinématographique, aussi insensé soit il, s'inspire bel et bien d'une histoire vraie dont Smith s'est amusé à pousser le bouchon un peu plus loin. Reste à voir maintenant si le farfelu s'est avéré payant.

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ATTENTION SPOILERS : Wallace Bryton est un podcasteur américain. Il se rend au Canada afin d’interviewer un jeune homme pour son show internet, « not see party ». Une fois sur place un contre-temps l'oblige à changer ses plans et l'amène à rencontrer Howard Howe, un tétraplégique vivant dans une grande demeure reculée et entouré des souvenirs de ses voyages en mer. Ce dernier nourrit un rêve : trouver le morse qui réside en chaque être humain.

Quel film ! Quel scénario réfléchi ! Oui, il existe encore à une époque où tout est fait pour plaire au grand public, des réalisateurs qui n'hésitent pas à aller en dehors des sentiers battus et à faire preuve d'originalité. Ici, inutile de revendiquer le fait qu'on a là un cinéaste complètement cinglé vu qu'il ne fait que se baser sur la déclaration d'un vieux fou glorifiant cette bête noble mais dont je ne me permettrais pas à m'en approcher vu les défenses mortelles dont elle se pare. Tout ceci est bien beau et comique mais peut on dire que Smith fait mouche et crée quelque chose de dépaysant et de qualité ?
J'ai le regret de vous dire que Tusk, s'il n'est pas un flop et ni un mauvais film, déçoit dans le traitement proposé. Smith met donc en scène un curieux podcasteur dézingué du bulbe du nom de Wallace Bryton qui, dans son émission "Not see party" (dit avec l'accent qui transforme le "not see" en "nazi") s'amuse à rire du malheur des autres, en la personne ici d'un Kill Bill Kid qui, lors d'une vidéo, se tranche la jambe accidentellement avec son sabre. Dès le départ, on a là un fouteur de gueule hors catégorie qui n'hésite pas par la même occasion à tromper sa très belle femme du fait d'un succès qui lui est un peu trop monté à la tête. Premier problème, on ne sait pas trop si le réalisateur dénonce ou non l'exploitation outrancière du malheur sur Internet par des podcasteurs sans scrupule, vu que le cinéaste est lui-même podcasteur. 

Après une rencontre avortée du Kill Bill Kid s'étant préalablement suicidé auparavant avec son sabre, désemparé par la perte de sa jambe, Bryton tombera un peu par hasard en urinant sur une feuille d'une vieille personne expliquant qu'elle a des choses extraordinaires à raconter. Grave erreur pour le podcasteur qui tombera sur un redoutable tueur en série complètement à la ramasse et totalement amoureux des morses. Celui-ci, après une longue entrevue, fera faire s'effondrer Bryton après avoir préalablement versé un somnifère dans son thé. A partir de là, c'est une véritable descente aux enfers qui commence pour Bryton. Séquestré et charcuté par un psychopathe lui ayant coupé une des deux jambes, il subira une transformation spectaculaire pour devenir le morse "Mr. Tusk" dont Howe est amoureux. Voilà bel et bien ce que l'on appelerait un sévère retour de karma pour un personnage antipathique et stupide qui goûtera à un malheur incommensurable, car le moins que l'on puisse dire est que la première séquence d'après opération marque le spectateur devant toute la laideur de ce "mi-homme, mi-morse".
En fait, le film vaut le coup rien que pour la bestiole de service car, en dehors de cela, difficile de trouver un intérêt suffisamment fort pour recommander la chose. 

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Premièrement, le problème majeur est les 102 minutes en question du film alors qu'il y aurait suffisamment eu moyen d'amputer le film de minimum 20 voire 30 minutes. Smith tire de manière insupportable son récit en longueur via des séquences qui ne disent pas grand chose et dont on peine à être réellement passionné par les dialogues. Déjà là, le scénario commence à montrer ses limites car le cinéaste se base sur une simple anecdote de podcast et décide de retranscrire ça à grande échelle dans un long-métrage. C'est bavard, trop bavard et on risque de vite trouver le temps long durant plusieurs scènes, à l'image de cette entrevue entre la fiancée de Bryton, son meilleur ami et un inspecteur louche du nom de Guy Lapointe, partis à son secours. Déjà là, c'était plus que discutable de faire tourner Tusk en une simili enquête aux trop nombreuses facilités pour apporter vraiment un semblant de crédibilité. Une simple relation entre l'homme-morse, abandonné de tous, et son bourreau aurait été bien plus judicieux et aurait accentué le côté tragédie. 

Deuxièmement, la dimension comique est un réel problème dans la plupart des cas. Fréquemment dévié dans le graveleux et le scabreux, l'humour en devient d'une lourdeur qu'il finit par ne même plus nous faire décrocher un rictus arrivé à la moitié du récit. Mettre des "fuck" à toutes les sauces, parler de cul au sens propre comme au sens figuré, de sperme et de flatulences, ça peut faire rire quand on a 16 ans mais à un moment, ça frise le pathétique. C'est en cela que l'on ne parviendra même pas à s'émouvoir du sort de Bryton, complètement insupportable quand il n'était encore qu'un être humain et dont on remercie Howe de lui avoir arraché la langue pour qu'il la mette en veilleuse et se contente de râles bestiaux d'un rendu assez terrifiant. Justin Long dans le rôle de Wallace ne parvient pas à être attachant et ni Haley Joel Osment que l'on a pu voir dans Intelligence Artificielle et Sixième Sens, qui incarne son meilleur ami. On montera d'un cran avec Genesis Rodriguez interprétant sa copine Ally, beaucoup plus convaincante. Mais le meilleur rôle sera attribué à Michael Parks dans le rôle de Howard Howe, complètement investi dans la peau de ce psychopathe qui, lui, est vraiment touchant.
Par contre, on évitera de parler de Johnny Depp, assez ridicule dans la peau de ce Guy Lapointe.

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Au niveau de l'esthétique du film, Tusk convainc un peu mieux avec une image propre, léchée et plutôt belle. Smith a su filmer correctement son récit mais ça reste un peu maigre pour appâter le spectateur. Pareil pour la bande sonore assez plate mais qui fera mouche lors de la nage en amoureux dans le bassin entre le morse et Howe. Une scène ma foi fort amusante. Bon, même si le récit est assez plat par moment, il conviendra quand même de dire que l'atmosphère parvient à susciter une certaine adhésion qui fait que Tusk n'est pas aussi mauvais que l'on s'y attendrait.
Le mélange entre l'absurde, la parodie et l'horreur est d'un rendu assez remarquable et cela met en place une tonalité vicieuse, austère, grotesque, dérangeante et même carrément malsaine sur les bords. Ceci dit, et comme je l'ai dit avant, la trop longue durée atténue le malaise et le glauque qui aurait pu être d'un bien meilleur rendu.

En conclusion, Tusk est une idée de départ qui aurait pu faire naître un film culte mais qui se résume à une succession de mauvais choix entâchant le récit. Bien que l'esthétique assez raffinée et l'ambiance tordue et glauque font mouche, celles-ci sont gâchées par une durée exagérée pour ce que le réalisateur veut raconter et un humour franchement mauvais. On ne parvient pas à s'éprendre du destin de Wallace Bryton et on a, en plus, au programme une fin, disons le, "conne". Un exemple parfait de film aux inspirations qui ne sont pas sans rappeler The Human Centipede qui divisera à n'en point douter. Pourtant, on ne pourra s'empêcher de défendre un minimum l'oeuvre et de la trouver sympathique car elle a au moins le mérite de se démarquer totalement dans un cinéma de plus en plus formaté et encadré.
De fait, on aura bien du mal à ne pas repenser au film à chaque fois que l'on verra l'image d'un morse. A voir si vous êtes curieux de connaître l'aspect de la bête (c'est d'ailleurs pour cela que je n'ai pas mis d'image la concernant dans la chronique), sinon vous ne passerez pas à côté d'un chef d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, ma note pourra paraître clémente aux yeux de certains.

 

Note : 12/20

 

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