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Genre : Science-fiction, action, animation (interdit aux - 12 ans)

Année : 1995

Durée : 1h22

 

Synopsis :

Dans un Japon futuriste régi par l’Internet, le major Motoko Kusunagi appartient, malgré elle, à une cyber-police musclée. Le jour où sa section retrouve la trace du "Puppet Master", un hacker mystérieux et légendaire dont l’identité reste totalement inconnue, la jeune femme se met en tête de pénétrer le corps de celui-ci et d’en analyser le ghost (élément indéfinissable de la conscience, apparenté à l’âme) dans l’espoir d’y trouver les réponses à ses propres questions existentielles.

 

 

La critique :

On a souvent tendance à voir dans le film d'animation un simple divertissement ne cassant pas trois pattes à un canard. Certains résumeront le dessin animé comme une oeuvre destinée aux enfants, d'autres diront que les films d'animation pour les adultes n'auront que de maigres objectifs. On pourra donc compter sur le Japon pour casser ces propos éhontés sur un genre beaucoup trop sous-estimé pour délivrer des propos d'une grande intelligence. Au fur et à mesure, on a pu observer de nombreuses oeuvres animées s'étant imposées comme des films de choix.
On pourra par exemple faire mention de Jin-Roh, la brigade des loups mais aussi d'Amer Beton, Perfect Blue, Paprika ou encore Colorful. Autant de films qui ont mis d'accord les critiques sur le fait que le film d'animation peut être intelligent. L'heure est venue ici de chroniquer le parangon de ce que l'on appelle la "japanimation" en la personne de Ghost In The Shell, réalisé par Mamoru Oshii, à qui l'on devra la suite du nom de Ghost In The Shell 2 : Innocence et le scénario de Jin-Roh, mais aussi du cinéma plus classique avec Avalon, chroniqué sur le blog pour les intéressés. 

Adaptation cinématographique du manga éponyme de Masamune Shirow, les critiques se montrent élogieuses au moment de sa sortie à tel point qu'une suite fut réalisée en 2003 comme je l'ai mentionné avant. Et ce n'est pas tout, vu que le manga sera carrément décliné en une série animée du nom de Ghost In The Shell : Stand Alone Complex, constituée de deux saisons de 26 épisodes et toujours adapté par Mamoru Oshii. En 2008, un remake du premier film avec de nouveaux effets spéciaux voit le jour sous le nom de Ghost In The Shell 2.0 et pas plus tard que cette année, les rapaces d'Hollywood n'ont pu s'empêcher de se jeter sur la franchise en sortant un film dans la foulée que je n'ai pas encore osé voir. Vous l'avez compris, on tient là un pan important de l'animation japonaise et par la même occasion, une oeuvre au parcours atypique à mes yeux.
En effet, pour la petite anecdote, je l'avais acheté alors que je n'avais même pas encore 12 ans. Sans grande surprise, je n'avais pas réussi à accrocher et vraiment comprendre le film mais au fur et à mesure des années après un long oubli, les nouveaux visionnages ont fait que Ghost In The Shell premier du nom est devenu l'un de mes films de chevet. Maintenant, nous pouvons passer à la critique qui risque de s'avérer tumultueuse pour mes petits neurones.

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ATTENTION SPOILERS : Dans un Japon futuriste régi par l'Internet, le major Motoko Kusunagi, une femme cyborg ultra-perfectionnée, est hantée par des interrogations ontologiques. Elle appartient, malgré elle, à une cyber-police musclée dotée de moyens quasi-illimités pour lutter contre le crime informatique. Le jour où sa section retrouve la trace du "Puppet Master", un hacker mystérieux et légendaire dont l'identité reste totalement inconnue, la jeune femme se met en tête de pénétrer le corps de celui-ci et d'en analyser le ghost (élément indéfinissable de la conscience, apparenté à l'âme) dans l'espoir d'y trouver les réponses à ses propres questions existentielles.

Difficile en effet d'analyser une oeuvre pareille que Ghost In The Shell se déroulant dans un monde futuriste et cyberpunk à l'aube d'avancées technologiques impressionnantes et autres prouesses cybernétiques. De fait, la société a vue des cyborgs s'immiscer dans le quotidien de tout un chacun, des individus humains n'hésitant pas à se perfectionner dans le but d'augmenter leurs facultés. Oshii parvient à mettre de manière brillante en scène une avancée inéluctable que nous serons amenés à connaître dans les décennies à venir, je parle bien sûr du transhumanisme, mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. A travers cela, les individus se boostent et tendent à fusionner avec la machine. A ce niveau, aucune dénonciation notoire n'est retransmise dans le récit car le cinéaste se contente simplement de mettre en évidence avec un point de vue extérieur l'avenir dans lequel nous nous dirigeons. Un avenir d'une crédibilité impressionnante et soulignant cette fracture sociétale. 

De fait, cette mégapole que nous soupçonnons être Tokyo mais dont nous n'aurons jamais la totale certitude, apparaît comme froide, déshumanisée et dégradée. Tout est terne, gris, rustique. Les entretiens architecturaux semblent oubliés et il est assez amusant de constater cette frontière bien caractéristique entre le centre de cette ville à l'architecture cybernétique lisse et propre et la périphérie aux aspects de ghettos désaffectés. Ce dont on aura la preuve vers la fin en entendant le terme de "vieille ville". Le réalisateur a assuré un travail de maître dans la constitution de cette mégapole au niveau de l'ambiance et des décors encore impressionnants aujourd'hui.
Mais pas seulement car ce dont je fais mention ici n'est en soit pas le point central du récit. Et je pense que vous l'aurez de suite compris, au regard du synopsis qui fait de Ghost In The Shell, un film qui prend ses distances avec le bourrin et l'action à grand renfort d'explosions à outrance.

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Toute la puissance du récit réside bien dans les questionnements philosophiques dont il se pare et qui propulse le film parmi les films d'animation, voire même les films tout court, les plus profonds sortis à ce jour. Oshii met en scène une femme cyborg ultra-perfectionnée du nom de Makoto Kusanagi, agent spécial super-entraîné de la Section 9 prenant peu à peu conscience du monde qui l'entoure, des effets de cause à conséquence et de la notion même d'existence.
Un affranchissement complet de la notion de la cybernétique qui n'est pas consciente de sa présence, ce qui n'est pas un hasard vu que son ghost contient des cellules humaines. Oui, Kusanagi, qu'elle le veuille ou non, reste d'une certaine manière humaine, bien que son corps soit cybernétique. On navigue ici en plein dans le domaine de l'intelligence artificielle où l'individu commence à se poser des questions sur sa propre existence, sur ce qui régit l'humanité. La séquence lors de la plongée sous-marine confirmera ce mal-être imprégnant l'être de Kusanagi quand elle se confiera à son associé Batou.
A ses yeux, c'est par le corps qu'elle peut se distinguer en tant qu'individu. Le corps étant un ensemble de tout un tas de paramètres allant de la couleur des yeux aux cheveux, en passant par la voix ou même la taille. Autant de paramètres qui n'influeraient pas seulement sur le fait de pouvoir se différencier des autres mais sur la psychologie de l'individu et sa manière de voir les choses.

La question étant, dès lors : Est-ce que changer de corps pourrait influer sur la manière d'être et de penser ? Visiblement, la réponse semblerait positive à ses yeux. On décèle très vite que le mal-être de Kusanagi réside dans une forme de crise d'identité qu'elle ne parvient pas à réfréner et qui lui fait prendre peu à peu conscience de ces limites en tant qu'être. Elle-même le dira sur le bateau qu'elle se sent limiter dans son enveloppe corporelle. Il naquit en elle une forme d'émancipation qui montre qu'elle aspire à s'extirper de ce corps qui l'enferme, à devenir un esprit libre.
Le réalisateur traite quand même ici de la conscience arbitraire et de la condition de l'homme, soit des thèmes qui ne sont pas minces et qui ont déjà été étudiés par nombre de philosophes. De fait, on ne peut s'empêcher d'établir un parallèle intéressant sur le mode de vie métro-boulot-dodo inhérent à la société actuelle plongée dans la cruelle loi du marché. Un mode de vie fataliste qui n'est pas sans rappeler aussi une forme de prison cloisonnant l'individu dont certains chercheront tant bien que mal à s'en échapper. 

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Il est d'ailleurs assez amusant de constater que l'intrigue n'est au final que secondaire et que l'ontologie demeure dominante. Une intrigue d'une complexité et d'une maturité rares pour un film d'animation sous fond de conspiration politique et de manipulations diverses qui verront la présence d'une autre entité complexe qui n'est autre que le Puppet Master, le pirate informatique le plus redoutable et capable de s'infiltrer partout pour pirater le ghost d'individus notoires, en l'occurrence des représentants de l'état. Il se définit lui-même comme une entité pensante et spontanée issue de l'océan de l'information. Une entité dont l'humanité a perdu le contrôle et qui souligne d'une certaine manière le fait que l'informatique est un réseau extrêmement vaste, dangereux et dépassant même bon nombre d'individus.
Le simple fait de l'existence de réseaux parallèles tel le Darknet, les virus, les piratages informatiques à grande échelle sont une forme de conséquence de la puissance et de l'emprise de la machine sur l'homme. Du coup, serait-il possible que la machine transcende sa condition et s'élève au-dessus de l'humanité même ? 

Cette entité spontanée est en contradiction totale avec la pensée de Kusanagi. Si elle tient à s'émanciper de sa condition prisonnière du corps, le Puppet Master, lui, souhaite acquérir un corps. L'humanité entrant en confrontation avec la machine au sujet de la finalité de l'existence. La nature même du corps limitant l'être dans son effervescence spirituelle. On ne peut qu'être soufflé par toute l'intelligence de Ghost In The Shell qui pourrait réellement faire l'objet d'une véritable analyse littéraire et devrait être un passage capital dans les études de psychologie, de sociologie et de philosophie.
Et dites-vous bien que je n'ai pas su tout expliquer car moi-même, étant une brêle en philosophie, ait du mal à percevoir l'entièreté de toutes les subtilités du travail proposé. Cela ne vous étonnera donc pas si le film nécessite une concentration accrue tout au long de la séance sous peine d'être, d'une part, complètement largué par l'intrigue et d'autre part, de passer à côté d'une oeuvre qui en revient même à vous questionner sur votre propre existence. 

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Au niveau de l'esthétique du film, on reste admiratif devant la qualité du dessin et le niveau de détails mais aussi des plans. Ghost In The Shell se pare de nombreuses séquences contemplatives sur la ville, qui saccadent la mise en scène, restant diablement efficace et n'endormant jamais son spectateur malgré ses thèmes complexes. La bande sonore, signée Kenji Kawaï, n'est pas en reste et demeure longtemps en tête, en plus d'être parfaitement bien intégrée au contexte. Inutile de parler du jeu d'acteur mais cette prouesse de faire de personnages animés, des personnages touchants et complexes est à souligner. Que ça soit bien sûr Kusanagi mais aussi Batou, le Puppet Master et même Togusa, ceux-ci ont une présence propre. Maintenant, il faut être honnête et dire que l'on pourra râler devant la courte durée du récit de moins d'1h20 si on enlève le générique de fin. C'est rageant mais cela témoigne plus de toute la puissance narrative du film. 

En conclusion, vous aurez deviné sans trop de problème que Ghost In The Shell est une oeuvre majeure du cinéma japonais et va bien au-delà du simple film de science-fiction. La trame secondaire révèle un propos très intelligent qui en marquera plus d'un et qui, compte tenu de sa complexité, nécessitera une attention omniprésente. Une attention qui sera de toute façon présente car Oshii hypnotise le spectateur et le tient tout éveillé devant ces thèmes compliqués et qui auraient pu vite devenir chiant s'ils étaient mal racontés. Dites-vous bien que je n'ai raconté à peine que la moitié de tout le niveau de seconde lecture, ce qui vous donne déjà une idée de la chose.
Loin du pur film d'action bourrin mais à la violence bien présente confirmant son interdiction aux moins de 12 ans, Ghost In The Shell annihile la plupart des films de science-fiction en terme de profondeur et cloue le bec à ceux qui pensent que film d'animation = simple divertissement. Que dire de plus si ce n'est qu'il s'agit d'une oeuvre indispensable pour tout cinéphile qui se respecte ? 

 

Note : 18,5/20

 

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