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Genre : Thriller, horreur, drame, animation (interdit aux - 12 ans)

Année : 1997

Durée : 1h20

 

Synopsis :

C'est sans regret que Mima, chanteuse, quitte son groupe pour se consacrer à une carrière de comédienne. Elle accepte un petit rôle dans une série télévisée. Cependant son départ brusque de la chanson a provoqué la colère de ses fans et plus particulièrement celle de l'un d'eux. Le mystérieux traqueur passe à l'acte en dévoilant en détail la vie de la jeune femme sur Internet, puis en menacant ses proches. Plusieurs incidents violents se produisent dans l'entourage de Mima et elle réalise que son existence se confond dangereusement avec la série télé.

 

La critique :

Compte tenu du temps désastreux que traverse actuellement la Belgique, m'empêchant de sortir et du fait que je suis en congé, me revoici plongé dans mon rôle de chroniqueur actif. Après m'être attaqué au thème de la Japanimation avec le puissant et culte Ghost In The Shell premier du nom, je me suis permis de récidiver directement avec une étrange oeuvre du nom de Perfect Blue, sortie alors que je tétais encore mon pouce et que je venais de ressortir de l'épisode délicat des pampers. Le réalisateur derrière ceci n'est pas inconnu vu qu'il s'agit de l'un des grands maîtres de l'animation japonaise, en la personne de Satoshi Kon. Un cinéaste qui a su porter le niveau de la Japanimation à des hauteurs très élevées via un style propre et radicalement différent où rêves et réalité s'entrecroisent. 

De fait, Perfect Blue est par la même occasion son premier long-métrage et lui a permis d'emblée de s'imposer tant sur la scène japonaise que sur la scène internationale. Déjà en 1995, Ghost In The Shell avait mis en lumière le fait que l'animation pouvait être un terreau fertile pour la création d'oeuvres matures et intelligentes. Cependant, l'oeuvre d'aujourd'hui a d'autres ambitions et met en place un pur thriller psychologique pour adultes. Une première dans le cinéma d'animation. Si il est regrettable que Perfect Blue ne soit que peu connu des profanes, à l'inverse des cinéphiles, Kon parviendra à gagner davantage en popularité avec sa très bonne série Paranoia Agent, Tokyo Godfathers, Millennium Actress et sans oublier sa dernière oeuvre Paprika sortie en 2006, avant qu'une cochonnerie de cancer du pancréas ne l'emporte à l'âge de 46 ans.
Quand bien même, il a acquis le statut de réalisateur culte et son travail fait l'objet de nombreuses vénérations et d'inspirations. Perfect Blue n'échappe pas non plus à la règle mais passons à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : C'est sans regret que la chanteuse pop Mima quitte son groupe déjà très populaire, les Cham, pour se lancer dans une carrière d'actrice. Pour ses débuts, elle accepte un petit rôle dans une série télévisée. Mais ce brusque changement de carrière ne plaît pas à tout ses fans et l'un d'entre eux fera savoir sa rancœur à Mima en dévoilant d'abord sa vie privée sur un site internet. Par la suite, plusieurs incidents très graves émaillent la vie de Mima. La jeune femme se rend compte que son existence se confond de façon malsaine avec la série qu'elle tourne, la plongeant dans un état de schizophrénie avancée.

Le message est clair. Oubliez toute forme de légèreté enfantine, de douceur scénaristique et autres papillons roses et place à un film qui a de vraies ambitions et où Kon n'hésite pas à retranscrire la maturité du thriller psychologique dans le format pour enfants. Un pari osé mais le travail est pour le moins stupéfiant. Il convient de dire que Perfect Blue mérite amplement les louanges dont il jouit. L'intérêt primordial du film réside bien sûr dans son récit inédit dans l'univers de la Japanimation selon les spécialistes. Le cinéaste met donc en scène une jeune chanteuse pop ayant décidé de quitter le monde de la chanson pour se lancer dans une carrière d'actrice. Lassée par cela, elle se révèle ambitieuse et tient à goûter à une nouvelle forme de gloire et de reconnaissance.
Pourtant, si l'ensemble des fans des Cham, groupe dans lequel elle jouait, accepte plutôt bien ce changement de direction, cela ne sera pas le cas pour un fan que l'on connaîtra directement. Avec ce simple paramètre, Kon va à contre-courant de ce type de cinéma où, généralement, le malfaiteur n'est connu que dans la dernière partie du film. Ici les intentions sont claires, le cinéaste surprend déjà son spectateur mais pas seulement. 

Poussé par la déception de voir disparaître son idole dans un milieu qu'il n'accepte pas, il commencera à la harceler, parfois même en intentant à sa propre sécurité, comme dans cette scène de l'enveloppe piégée. Sa vie privée sera dévoilée sur Internet et une série de meurtres aussi sauvages que mystérieux commenceront à semer la terreur dans l'esprit de Mima. Pour ne rien arranger, elle prendra un rôle important dans un film où il est question d'une tueuse schizophrénique. Un bouillon de culture qui fera vaciller la santé mentale de Mima dans une descente aux enfers où elle finit par perdre progressivement contact avec la réalité. Elle verra l'apparition d'un véritable Doppelgänger à la personnalité exactement opposée. Si la Mima physique veut devenir actrice, la Mima imaginaire tient à rester chanteuse. Une forme de dualité qui pourrait mettre en lumière les doutes de Mima qui ne sait pas quel chemin elle doit prendre et qui voit surgir en elle un dédoublement de personnalité. Dans un but de ne rien trop dévoiler de la trame, je m'arrêterais ici par respect pour ceux qui n'ont pas encore vu et auraient envie de voir cette oeuvre. Il est indéniable que le scénario se montre diablement incisif et redoutable en termes d'intensité et risque fort bien de ne pas faire cligner souvent les yeux à ceux, pris dans cette spirale démentielle.
Mieux encore, la dernière partie est magistrale et retourne le spectateur comme une crêpe, persuadé qu'il n'y aurait aucune révélation majeure car tout se focaliserait sur la personnalité de plus en plus déstructurée de Mima. Grave erreur que de penser cela !

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On ne peut que saluer le professionnalisme du cinéaste à brouiller les pistes, à détourner les codes scénaristiques de la Japanimation pour perdre le spectateur dans les méandres torturées d'une fillette d'apparence pure et persuadée qu'elle est la cause de cette série de meurtres. Il y a mise en place d'un scénario kaléidoscopique qui ne pourra que malmener le spectateur. Et c'est en cela que nous devons nous coucher devant le génie du réalisateur à avoir choisi le format de l'animation. Certes, les différents points de vue et perceptions font que nous commencerons tout doucement à douter de la réalité, de ce qui se passe clairement à l'écran mais comment, justement, pouvons-nous nous répresenter le réel dans un dessin animé ? C'est un peu là la prouesse majeure de Perfect Blue d'imbriquer un scénario adulte et labyrinthique dans un format qui n'a rien de réel. Quand nous finissons par distinguer cela, on ne peut qu'applaudir devant l'audace. 

A cela s'ajoute aussi le pouvoir que l'image exerce sur nous et plus que jamais à notre époque où nous sommes constamment bombardés d'informations pouvant induire ce risque de rendre malléable notre mode de pensée. Le star-system est l'un de ces milieux d'où provient le plus l'information via les potins, les ragots et magazines de presse people. Les célébrités du milieu sont bien malgré elles, soumises à cette agressivité voyeuriste constante qui pourrait d'une façon ou d'une autre, porter atteinte à leur santé mentale. Je ne vous apprends rien en disant que des célébrités ayant pété les plombs se comptent par dizaines. En l'occurrence, le star-system japonais voit ces hordes d'otaku aliénés défiler par centaines.
Au final, la scène du show-biz japonais n'est pas sans rappeler celle de chez nous avec ces contraintes, ces tensions, ces moments de bonheur mais aussi de malheur. 

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Si l'on dévie maintenant vers l'aspect physique de l'oeuvre, la satisfaction est aussi aux abonnés présents. Certes, si le dessin peut parfois être approximatif, on apprécie ce panel de couleurs et cette grande importance faite aux décors exigus, étouffant l'actrice et dont nous pourrons aussi visualiser différents points de vue sur leur représentation topographique. Un gros point sera à accorder à l'ambiance sonore simplement magistrale, oppressante et étouffante. Un véritable travail d'ambiance se met en place et fait apparaître une atmosphère glauque, hypnotique et à la tension lourde.
De plus, la violence est non seulement présente mais radicale, aussi bien en terme d'aspect physique que psychologique. Les meurtres versent d'emblée dans la brutalité et ne sont pas sans rappeler le giallo avec le fameux "assassin tenant une arme blanche dans sa main". On notera aussi des agressions sexuelles confirmant amplement l'interdiction aux moins de 12 ans.

En conclusion, Perfect Blue n'aura pas usurpé sa réputation de film de Japanimation culte. Loin de la pensée de l'époque, Satoshi Kon s'éloigne de l'innocence du dessin animé imprégné dans l'inconscient collectif pour faire apparaître un récit brutal, violent et puissant. Encore aujourd'hui, Perfect Blue reste un must en matière de thriller prenant et intelligent faisant d'elle une oeuvre complexe qui n'est pas à mettre entre les mains des plus jeunes et qui s'est même permise d'être une réelle source d'inspiration pour Black Swan de Darren Aronofsky. Difficile de trouver des points négatifs même si nous pourrons rechigner devant un trait parfois un peu fade. Ceci dit, je peux affirmer sans crainte que nous tenons là un chef d'oeuvre de l'animation en général qui mériterait d'être bien plus mis en lumière aux yeux de tout un chacun et dont j'espère bien ne pas voir les USA se jeter dessus pour en faire un remake (clin d'oeil au remake de Ghost In The Shell qui me fait très peur).

 

 

Note : 17,5/20

 

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