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Genre : Fantastique, drame, thriller (interdit aux -12 ans)

Année : 2006

Durée : 1h59

 

Synopsis :

À Séoul, alors que Park Gang-du, vendeur au caractère immature, travaille au bord de la rivière dans un petit snack où il vit avec sa fille unique et adorable Hyun-seo, ainsi que son père Hee-bong, sa sœur Nam-joo, une championne ratée de tir à l'arc, et son frère Nam-il, un diplômé au chômage, la foule assiste à un curieux spectacle qui ne tarde pas à déclencher une incroyable hystérie, la panique : une créature monstrueuse, immense et inconnue, surgissant du fond de la rivière ne fait que piétiner et attaquer les pauvres innocents, en détruisant tout sur son chemin. Gang-du essaie de se sauver avec sa fille, mais il la perd au cœur de la foule apeurée et la voit soudain se faire enlever par ce monstre qui part ensuite avec elle au fond de la rivière.

La critique :

Voici devant vous le premier film coréen de la liste ouvrant le bal. Inutile d'enfoncer des portes ouvertes vu que nous savons tous depuis un moment que la Corée du Sud est l'une des références majeures du cinéma contemporain, par le biais de thrillers de grande qualité qui ont su s'illustrer même chez les profanes et qui ne sont donc plus à présenter (je n'ai pas encore l'âge de radoter). Parmi tous ces réalisateurs de talent dont le pays peut être fier, on retrouve Bong Joon-ho, un réalisateur qui n'est pas un manche vu qu'il est à l'origine de titres plébiscités comme Memories of Murder (déjà chroniqué sur le blog pour les intéressés), Mother, Snowpiercer ou dernièrement Okja sorti cette année. A ceci, vous pouvez rajouter The Host, chroniqué aujourd'hui.

The Host, c'est avant tout un phénomène car non content de s'être taillé une solide réputation à l'étranger, il est devenu le plus gros succès sud-coréen en termes d'audience avec 13 millions d'entrée au box-office. Plus encore, et c'est là que l'on sera surpris, il sera élu quatrième meilleur film de la décennie 2000-2009 par les controversés Cahiers du Cinéma. Aussi incroyable que cela puisse paraître, un film de cette trempe est "sucé" par une presse d'un tel calibre. Je ne passerai pas en revue toutes les récompenses et nominations de la chose car une chronique à elle seule ne suffirait pas à toutes les citer. Présenté aussi bien à Cannes qu'à Catalogne ou encore à l'Asian Film Awards, cette oeuvre fera à chaque fois sensation et renforcera une fois de plus tout le professionnalisme cinématographique de ce pays.
Sans grande surprise, vous connaissez déjà la tonalité de cette critique. Inutile de faire durer le suspense avec l'éternelle question "Pari réussi ou non ?". 

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ATTENTION SPOILERS : A Séoul, Park Hee-bong tient un petit snack au bord de la rivière Han où il vit avec les siens. Il y a son fils aîné, l'immature Gang-du, sa fille Nam-joo, une championne malchanceuse de tir à l'arc, et Nam-il, son fils cadet éternellement au chômage. Tous idolâtrent la petite Hyun-seo, la fille unique de Gang-du. Un jour, un monstre géant et inconnu jusqu'à présent, surgit des profondeurs de la rivière. Quand la créature atteint les berges, elle se met à piétiner et attaquer la foule sauvagement, détruisant tout sur son passage. Le snack démoli, Gang-du tente de s'enfuir avec sa fille, mais il la perd dans la foule paniquée. Quand il l'aperçoit enfin, Hyun-seo est en train de se faire enlever par le monstre qui disparaît, en emportant la fillette au fond de la rivière. La famille Park décide alors de partir en croisade contre le monstre, pour retrouver Hyun-seo.

Exit le thriller sous tension, les meurtres aussi sauvages que mystérieux et faites place au pur film de monstre dont la tonalité n'est pas sans rappeler King Kong ou encore Godzilla s'étant illustrés par le chaos qu'ils engendraient sur le chemin. Autant être clair dès le départ, vous commettez une grossière erreur si vous vous attendez à un simple film d'horreur ou à un blockbuster calibré pour le grand public et propice aux explosions à tout bout de champ. Ce n'est pas Hollywood derrière ce projet mais bien la Corée du Sud comme je l'ai dit. Bong Joon-ho a de réelles ambitions et sous son apparat faussé de film grand public, The Host est avant tout un réel film d'auteur.
Mais plus encore, The Host est un film contestataire, une violente critique attaquant à tout bout de champ la problématique du pays. Aussi étonnant que ça puisse paraître, le cinéaste s'inspire d'un accident réel survenu en 2000 au cours duquel Albert McFarland, travaillant pour les forces américaines en Corée, aurait ordonné le déversement de formaldéhyde dans la rivière Han qui traverse Séoul. Etant étudiant dans la recherche scientifique, inutile de vous dire qu'il s'agit d'une faute extrêmement grave méritant entièrement une peine de prison et la radiation systématique du monde de la recherche. 

Ainsi, dès le départ, le réalisateur offre une véritable dimension écologiste à son film en mettant en avant les dangers que peuvent causer sur l'écosystème, le déversement de telles substances dans la nature. L'homme a créé un monstre qu'il cherche à abattre. Ne dit-on pas "Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes" ? C'est dans cet état d'esprit que The Host a été conçu. Mais pas seulement car l'intérêt serait bien limité s'il se contentait d'être estampillé "Greenpeace movie". Le film va aussi plus loin en critiquant la présence des troupes américaines en Corée du Sud se permettant de dicter leurs règles comme on pourra l'observer lorsqu'ils jugeront le gouvernement coréen inapte à gérer la situation de crise. Pire encore, ceux-ci n'hésiteront pas à balancer au sein même de la ville l'agent jaune, parabole de l'agent orange qui a ravagé le Vietnam, sans se soucier des retombées chimiques sur la population. Bong Joon-ho, bien qu'il espérait qu'il ne s'agissait pas d'un film anti-américain, tance et vitupère cet impérialisme nocif, cette hégémonie totale d'un pays sur un territoire qui n'est pas le sien.

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On retrouvera aussi toujours cette critique acide sur l'incompétence de la police coréenne qui ne sait pas sur quel pied danser et aussi sur ce gouvernement abandonnant ses jeunes. Chose qui sera prouvée avec l'oncle de Hyun-seo, diplômé de l'université et incapable de trouver un emploi. The Host est aussi une occasion pour le réalisateur de critiquer fortement ce pays qui a fait miroiter un bel avenir à sa jeunesse pour la laisser sur le côté. Bref, vous l'avez compris, on tient là une oeuvre contestataire et certainement la plus virulente de la filmographie du réalisateur.
Le grand spectacle peut être oublié pour laisser la place à une mise en scène au rendu plus que crédible, étudiant les conséquences d'une telle catastrophe. Les autorités, craignant l'apparition d'un virus pouvant déboucher sur une pandémie d'un nouveau genre, mettront les rescapés du fleuve Han en quarantaine, diffuseront des tracts dans la ville. La population portera un masque pour éviter l'inhalation de pathogènes potentiellement mortels, des services de nettoyage et de désinfection arpenteront les rues et même le fleuve pour tenter de réfréner le plus possible de possibles conséquences d'un nouveau genre. 

On reste soufflé devant le sens du détail qui aurait été impensable si cela avait été un film américain, déjà parce que le sujet est sensible mais aussi parce que l'appât du gain n'aurait pas permis un tel déroulement. Parlons justement du déroulement scénaristique. Celui-ci, sans grande surprise, est sans temps morts malgré une durée de deux heures. Bong Joon-ho ne perd jamais de vue son récit et le complexifie pour en faire une oeuvre d'une grande maturité. A travers la destinée d'une famille dépassée par la situation et la perte de Hyun-seo, ils se lanceront dans un périple pour la récupérer et la ramener en lieu sûr. Le drame familial est intelligemment traité et le cinéaste n'hésite pas à euphémiser les ardeurs en insufflant des touches d'humour savamment dosées qui font toujours mouche à l'exception d'une scène dont je parlerai après. Un humour intelligent, jamais lourd ou vulgaire qui apporte une certaine légèreté et sensibilité à la situation. Définitivement, The Host épate car il était difficile de s'attendre à un tel traitement si l'on n'avait pas préalablement lu certaines critiques avant le visionnage.

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Il est par contre inutile d'attendre quoi que ce soit de révolutionnaire au niveau esthétique. Le réalisateur adopte une certaine construction académique dans le choix des couleurs, les plans, les jeux de lumière mais n'hésite pas à nous larguer l'une ou l'autre séquence au rendu impressionnant. La scène du début sur le fleuve Han prend le spectateur à la gorge et l'apparition de la créature parvient toujours à procurer une tension chez le spectateur. Une créature qui n'est en fin de compte pas le réel danger du film. Elle ne tue pas par plaisir ou sadisme mais bien pour se nourrir. Il ne s'agit ni plus ni moins d'une anomalie créée par l'homme et qui cherche simplement à se rassasier.
L'homme bascule temporairement de sa place de chef de la chaîne alimentaire et en prend pour son grade. C'est aussi une occasion pour Bong Joon-ho de démontrer que l'homme n'est pas toute puissance. Concernant la bande sonore, on a quelque chose tantôt de classique et tantôt d'intense dans des séquences plus nerveuses pour les nerfs du spectateur. La prestation des acteurs est tout autant d'un bon rendu avec au casting Song Kang-ho, Byeon Hee-bong, Park Hae-il, Bae Doona ou encore Ko Ah-seong. On s'attache très vite aux personnages qui ont chacun quelque chose de touchant à offrir. Concernant les points négatifs ? Rien qui ne saute vraiment aux yeux si ce n'est l'aspect parfois un peu trop CGI du monstre dans l'une ou l'autre séquence ainsi que, comme j'ai dit au-dessus, la scène dramatique de recueillement des victimes du fleuve Han qui n'avait pas besoin d'humour. 

En conclusion, The Host est, pour changer, un autre grand film du cinéma coréen qui n'a plus à confirmer sa place d'un des leader du cinéma actuel. Loin du blockbuster décérébré, on a avant tout un formidable drame humain sous fond de crise écologique qui ne peut que charmer le spectateur devant tout le réalisme et la crédibilité de l'enchaînement des événements, comme dans cette séquence de manifestation étudiante en faveur du retrait des troupes américaines et de la suspension du déversement de l'agent jaune. The Host est donc, pour me répéter, un film complexe, mature et contestataire sur la société coréenne d'en haut avec un gouvernement à la solde d'une présence étrangère qui n'a rien à faire là.
Riche en intensité, le film se finit en apothéose avec une fin de qualité dont je ne raconterai bien sûr rien du tout. Que dire de plus si ce n'est qu'on tient là un incontournable du cinéma coréen et peut-être par la même occasion l'un des films de monstre les plus matures sorti à ce jour. 

 

Note : 17/20

 

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