019309

Genre : Fantastique, drame

Année : 2015

Durée : 2h

 

Synopsis :

Des soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s’occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d’amitié avec Keng, une jeune médium qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis. Un jour, Jenjira trouve le journal intime de Itt, couvert d’écrits et de croquis étranges. Peut-être existe-t-il une connexion entre l’énigmatique syndrome des soldats et le site ancien mythique qui s’étend sous l’école ? La magie, la guérison, la romance et les rêves se mêlent sur la fragile route de Jenjira vers une conscience profonde d’elle-même et du monde qui l’entoure.

 

La critique :

Bon, je sais très bien ce que vous allez me dire : Qu'est-ce que c'est que cette chose ? Qu'est-ce que c'est que ce synopsis hallucinogène ? Qu'est-ce que ça fout sur ce site ? Cependant, je n'ai pas pu m'empêcher d'innover dans mes chroniques en faisant honneur à l'un des cinéastes les plus rudes et les plus particuliers du cinéma (du cinéma traditionnel, entendons-nous). Son nom ? Apichatpong Weerasethakul, natif de Thaïlande et dont il faut s'y prendre à 2-3 reprises pour savoir correctement prononcer son nom. Néanmoins, les passionnés se contentent de l'appeler Api ou Joe, c'est le nom qu'il s'est donné, et c'est tout de suite plus facile à la prononciation. Aussi idolâtré que détesté, Joe est le réalisateur qui crée le débat à chaque sortie. Auteur de titres tels que Tropical Malady, Syndrome and a Century, Blissfully Yours ou encore Oncle Boonmee, gagnant de la très convoitée palme d'Or de Cannes, il nous fait l'honneur de revenir avec sa dernière création au nom énigmatique de Cemetery of Splendour.

Chouchou du festival de Cannes, l'engouement est, comme d'habitude et comme vous pourrez le constater, de mise alors qu'à côté, le film fait une fois de plus débat chez les cinéphiles. Pas de palme d'Or pour cette année mais un plébiscite des critiques cinématographiques. Quoi qu'il en soit, Cinéma Choc peut se targuer de s'attaquer à un film loin d'être évident à chroniquer et qui nécessitera quelques bourbons et 2 ou 3 comprimés d'aspirine pour une analyse un minimum décente.
A ceux qui ne connaissaient pas encore le cinéaste, je vous souhaite une bonne chronique, en espérant qu'elle ait été un minimum pertinente. Passons donc à la critique.

cemetery-of-splendour-cannes-944059

ATTENTION SPOILERS : En Thaïlande, de nos jours. Des soldats souffrent d’une mystérieuse maladie : ils demeurent plongés dans un profond sommeil, s'éveillent quelques heures puis s'effondrent de nouveau, endormis. On les a transférés dans une vieille école transformée en hôpital de fortune, où une jeune médium tente de communiquer avec eux. Rendant visite à une amie infirmière, une vieille femme se prend d'affection pour l'un des patients, dont le lit est situé à la même place que son bureau lorsqu'elle était élève. Elle apprend alors que l'école est bâtie sur un cimetière d'anciens guerriers, dont l'âme aspirerait l'énergie des patients endormis.

La simple et bonne raison qui font que j'ai décidé de chroniquer ce film tient en une simple chose : le fantastique saupoudré d'une pointe d'expérimental. A partir du moment où vous enclenchez le visionnage d'un film de ce réalisateur, vous pouvez vous préparer à la découverte d'un nouveau genre de cinéma. Un cinéma apaisant où vous ressortez de là comme transformé et relaxé. Vous rêvez depuis toujours de cinéma spirituel ? Ne cherchez plus, le film qu'il vous faut est devant vous. S'il y a bien quelque chose qui frappe au visionnage, c'est justement cette spiritualité qui émane constamment et vous enveloppe. Weerasethakul semble être profondément attaché aux croyances et au folklore thaïlandais se résumant à la réincarnation, l'existence de vies antérieures et un profond respect de la nature. Oubliez toute notion de fantastique à base d'apparitions, d'obscurité acrimonieuse et autres atmosphères glauques. Cemetery of Splendour ne boxe pas dans cette catégorie et s'emplit d'une définition bien personnelle du fantastique. 

Le cinéaste met en adéquation le fantastique avec la réalité. La réalité est là, palpable, bien présente mais on ressent ce halo surréaliste qui plane tout au long de la séance. A travers ces 120 minutes de bobine, on sera ballotté entre ces médecins frappés par un mal sans nom dont aucune réelle réponse ne nous sera apportée mais surtout dans la vie d'une vieille dame du nom de Jenjira. Celle-ci, au contact de forces qui la dépassent, se liera d'amitié avec une médium et partageront de nombreux moments de discussion sur l'instant présent, les forces mystiques, en clair tout ce qui est apparenté de près ou de loin au bouddhisme. Il n'y a pas d'effets de style, pas de réelle intrigue, bien que le synopsis nous dise le contraire. Api filme en gros des scènes de la vie de manière très posée et très lente qui s'enorgueillissent d'un mysticisme particulier, surnaturel où le monde des esprits et l'ancestralité sont en totale synergie. Pourtant, nous ne les voyons pas mais un ressenti en nous fait que nous arrivons à les percevoir, à presque sentir leur présence.

cemetery-of-splendour-cannes-film-festival-5

Il y a quelque chose de très profond qui se dégage de son cinéma et Cemetery of Splendour ne déroge pas à la règle. Déjà dans Tropical Malady, Api faisait cohabiter le fantastique qui se fondait complètement dans la réalité. Un traitement très beau mais très particulier qui ne plaira pas à tous. La pureté est maîtresse des lieux et chaque scène cohabite avec le fantastique. On pense à cette longue scène où Jenjira suit Keng, la médium, lui décrivant un palais alors qu'il n'y a rien mais la manière de la décrire, les dialogues font que l'on a envie d'y croire. Soyons honnête : il faut être dans un certain état d'esprit pour parvenir à adhérer et à suivre un film du réalisateur.
La mise en scène est l'unique élément qui fait que l'on va soit être absorbé par la tonalité si étrange, si reposante du film ou soit ronfler devant. Il n'y a pas de demi-mesure. C'est emmerdant ou c'est fascinant. Mais malgré tout, on sent que nous sommes face à quelque chose de grand, pas quelque chose de pompeux et/ou de vide mais quelque chose qui va bien plus loin que la simple définition de cinéma.

De mémoire, c'est bien le seul réalisateur qui parvient à reposer l'esprit du spectateur. Cela se passera par une mise en scène très lente, composée uniquement de plans fixes, très aérés et intégrant toujours quelque chose en rapport avec la nature. Api est à mes yeux le cinéaste qui accorde autant d'importance à la nature. Les arbres, l'eau et même les feuilles mortes sont filmées avec insistance. Il nous ramène à cet endroit originel dont nous sommes issus, au berceau même de la vie et c'est l'une des raisons qui fait que nous sommes tout simplement zen durant la projection.
Si la narration est absente et ne se base que sur une tranche de vie axée autour d'une thématique bouddhiste, nous sommes comme absorbés. Seules 2 séquences en mouvement seront au programme et on retrouvera nombre de séquences de 1 grosse minute où le décor est souvent seul acteur (un moulin dans un lac, des arbres ballottés par une brise légère, un soldat endormi). On a là une mise en scène vraiment particulière, même expérimentale.

cemetery-of-splendour-2015-011-tet-and-jen-with-skeletons-in-forest-ORIGINAL_0

Au niveau de l'aspect physique, la nature est magnifiée et Api nous livre des plans somptueux à de nombreuses reprises. On repensera à ces lampes qui changent de couleur dans la clinique (voir la deuxième image de la chronique). On repensera aussi à ce palais ou encore à la scène de la troisième image juste au-dessus. C'est une esthétique particulière, vraiment planante. La bande sonore ne sera flagrante que dans la toute dernière séquence et parvient à être séduisante. Le jeu d'acteur est très posé, très vrai dans une optique de cinéma vérité où les personnages parlent de banalités tout en faisant en sorte que les dialogues restent justes. Le casting se composera de Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi, Jarinpattra Rueangram ou encore de Petcharat Chaiburi. Des acteurs que je doute que vous connaissiez mais qui se révèlent attachants, bien que leur jeu d'acteur soit tout aussi posé que la mise en scène.

En conclusion, Cemetery of Splendour est un film excessivement difficile à chroniquer et à cerner. Oui, la mise en scène est très lente mais un aspect merveilleusement contemplatif s'en dégage. Oui, le rythme sera qualifié de léthargique mais le tout est contrebalancé par de magnifiques plans naturels. Oui, les dialogues sont bateaux mais on ne peut s'empêcher de les trouver touchants. Oui, Cemetery of Splendour est un film exaspérant, énervant car on ne peut pas s'empêcher de le descendre, du fait qu'une aura particulière se dégage du visionnage. Il est compliqué de recommander cette oeuvre très difficile d'accès, à ceux habitués à des films assez énergétiques.
Pourtant, passer à côté de cette poésie apaisante, envoûtante et absorbante serait passé à côté d'une expérience inédite rencontrée dans le cinéma. Ou quand la spiritualité fait corps avec le concept même de cinéma. Api confirme sa réputation de cinéaste mystique et de cinéaste le plus casse-couille parce que l'on a envie de hurler que c'était apathique mais on n'y arrive tout simplement pas. Un tel ressenti ne peut aboutir qu'à une seule et unique note.

 

Note : ???

 

orange-mecanique   Taratata