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Genre : pornographique (interdit aux - 18 ans)
Année : 1978
Durée : 1h24


Synopsis : Hélène une jeune et belle ingénue, épouse un riche châtelain. Celui-ci, plutôt que de l'honorer le soir des noces, préfère s'égarer dans des aventures libertines. Frustrée, Hélène ingurgite un puissant aphrodisiaque et se laisse submerger par ses pulsions qu'elle s'empresse d'assouvir avec les serviteurs du château.


La critique :

Était-il possible que Cinéma Choc ne s'attarde pas un jour sur la carrière de l'icône absolue du cinéma X français, Brigitte Lahaie ? Inconcevable! Je Suis À Prendre, réalisé par Francis Leroi en 1978, semble être le film parfait pour revenir sur le parcours de la "papesse" du hard hexagonal. Un parcours d'étoile filante d'ailleurs puisque, contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'actrice (née en 1955) ne se spécialisa dans le genre pornographique que durant trois courtes saisons, entre 1977 et 1980. C'est donc à vingt-cinq ans à peine qu'elle raccrocha strings et talons aiguilles pour se diriger vers des films érotiques tout d'abord, puis vers un cinéma beaucoup plus conventionnel.
Dans son parcours "post-jambes en l'air", on trouvera quelques rares bons films (I Comme Icare, Calvaire), pas mal de très moyens (Ta Gueule Je T'aime, Les Prédateurs De La Nuit) et beaucoup de franchement lamentables (N'oublie Pas Ton Père Au Vestiaire, Le Diable Rose, L'exécutrice). Donc, en dépit d'efforts louables pour faire évoluer sa carrière vers d'autres horizons, la comédienne rata globalement sa reconversion (artistique, tout du moins). La faute à des choix assez hasardeux pour ne pas dire suicidaires.

En effet, quand on sait que durant les années 80, elle fréquentait assidûment les plateaux dirigés par Max Pécas et devint la muse de Jean Rollin (ils tourneront 7 films ensemble), tout est dit... La superbe blonde restera donc à jamais le symbole de l'érotisme et de la sensualité à la française. Comme l'incarnation d'une époque bénie : celle de la révolution sexuelle et de l'insouciance des moeurs dans les années d'avant Sida. C'est un fait indéniable : malgré les Marylin Jess, Tabatha Cash et autre Clara Morgane, la véritable star du cinéma porno en France demeure dans la mémoire collective, la légendaire Brigitte Lahaie. Sa beauté naturelle, ses formes dessinées au fusain ont fait fantasmer toute une génération de mâles (dont votre serviteur) qui tombaient en pâmoison devant sa plastique parfaite et ses performances artistiques (hum...) débridées. Durant sa courte période d'activité polissonne, la prêtresse platine ne chôma pas. Le nombre de ses films pornographiques est cependant sujet à débat puisque Wikipédia en annonce 116 (!) et d'autres sites font état du chiffre, beaucoup plus raisonnable d'une trentaine de pellicules pour adultes.

Quoiqu'il en soit, quelle santé cette Brigitte ! Bien sûr, la plupart de ces films sont tombés dans l'oubli mais quelques-uns ont été érigés (et le terme me semble des plus appropriés) au rang des plus grands classiques du X français ; Je Suis À Prendre est de ceux-là. En 1978, Brigitte Lahaie a derrière elle une année de carrière dans le X et déjà pas mal d'expérience. Mais, à cette époque, elle n'évolue encore que dans des films de seconde zone (excepté le remarquable "Parties Fines" de Gérard Kikoïne) mis en scène par des réalisateurs qui ne réussissent pas à la valoriser, à lui offrir LE rôle qui va lancer définitivement sa carrière. Sur ce, Francis Leroi arrive avec un scénario travaillé (pour une fois que cela lui arrivait), une mise en scène léchée (sans jeu de mots), des partenaires de valeur et lui propose Je Suis À Prendre. Leroi, qui officiait parfois sous le pseudonyme de Jim Clark, signe là d'ailleurs son meilleur film. Par la suite, il ne commettra que des bouses avariées dont le fameux Nuits Sadiques, honte absolue à la réputation sulfureuse totalement injustifiée. Mais revenons à Je Suis À Prendre.
Avec ce film, Brigitte éclatante de sexualité juvénile, allait devenir l'icône de la pornographie française et même mondiale.

 

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Autrement dit, les mégas stars américaines, Linda Lovelace et Marilyn Chambers avaient plutôt du souci à se faire ! Attention spoilers : La jeune et belle Hélène vient d'épouser Bruno, un riche aristocrate. Juste après le mariage, celui l'amène dans son superbe château où officient trois domestiques: un valet de chambre chenu, une pulpeuse femme de ménage et un jeune professeur d'équitation. Mais avant la nuit de noces, tandis qu'Hélène s'est endormie, Bruno s'éclipse et s'en va participer à une partouze dans une dépendance  isolée de la propriété. Le lendemain, Hélène se réveille et son mari est encore absent, soit disant parti en ville pour gérer ses affaires. Restée seule avec les employés du château, la jeune châtelaine est soudain prise de pulsions sexuelles alors qu'elle vient de boire un verre de lait.
C'est avec le maître d'équitation qu'elle connaît ses premiers ébats. Entre deux visites éclairs de son mari qui ne la touche jamais, elle poursuit ses initiations charnelles avec le maître d'hôtel et la bonne à tout faire. Toujours sous l'effet du puissant aphrodisiaque, Hélène ignore qu'elle est en fait discrètement surveillée par son époux qui l'offre à ces inconnus afin d'en faire une amante experte pour mieux consommer leur union. Finalement, Bruno lui révélera la vérité et la nuit de noces se déroulera en feu d'artifice pour la jeune mariée lors d'une orgie mémorable. 


De tous temps, la pornographie au cinéma a été employée dans un but masturbatoire et la plupart du temps, pour un public essentiellement masculin. Ceci dit, il y a pornographie et pornographie. Des temps héroïques au début du siècle dernier où de petits films coquins étaient projetés à l'arrière salle des maisons closes jusqu'aux étalements actuels de coïts dépravés sur Internet, ce genre cinématographique très particulier est passé par bien des étapes. Hélas, force est de constater que depuis le début des années quatre-vingt, son parcours n'a connu que régression et avilissement.
Incontestablement, l'âge d'or du porno s'est déroulé durant les années 70. Décennie de tous les excès et de toutes les jouissances, cette époque libertaire accoucha des meilleurs films X jamais réalisés. Avec l'avènement du "porno chic" aux États Unis et le succès planétaire de Gorge Profonde, le sexe explicite s'affichait sans honte sur les devantures des cinémas où se pressaient des milliers de spectateurs avisés ou curieux. En France, après "l'apéritif" érotique Emmanuelle et ses 9 millions d'entrées en 1974, les oeuvres ouvertement décoincées de l'entre-jambes firent une percée spectaculaire dans le paysage cinématographique français. C'est l'ère du "porno classe".

 

En 1975, on atteignait l'apogée avec l'énorme carton au box-office du documentaire pour adultes Exhibition, qui dévoilait de façon crue et sans détour les coulisses de l'univers du porno au travers du témoignage saisissant de l'actrice Claudine Beccarie. Avec ce succès inattendu, cette dernière devint la star incontestée du X hexagonal, mais elle mit fin à sa carrière brutalement en 1978. Les films pornographiques se succédaient à une cadence frénétique sur les écrans et de nombreuses starlettes émergèrent sans qu'aucune d'entre elles ne sorte véritablement du lot.
Sur ces entrefaites, arriva Brigitte Lahaie. Et la nouvelle venue sortait de l'ordinaire. Je Suis À Prendre servit de strapontin au mythe Lahaie. Avec son visage mutin, ses courbes sculpturales et sa lubricité candide, elle eut tôt fait de se bâtir une carrière éclair certes, mais qui restera mémorable et unique dans les annales (avec deux n...) du X. Durant cette période et au-delà même de la simple actrice, la belle Brigitte devint en France et hors de nos frontières, une véritable icône du cinéma dans ce qu'il représente de plus sulfureux ; un vrai phénomène de société. Objet de tous les fantasmes durant deux décennies, la hardeuse atteignit des sommets de popularité qu'il est difficile d'imaginer de nos jours. 

 

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Nous évoluons dans une époque où accéder à la pornographie est à la portée de n'importe quel internaute par un simple clic de souris. Quel contraste avec les années Lahaie où visionner un film de la star était un défi impensable (et quasiment impossible) à réaliser pour tout adolescent pré-pubère en pleine crise hormonale ! Je peux en témoigner par expérience... Et le film en lui-même, me direz-vous ? Ma foi, c'est la classe, tout simplement. Les décors somptueux et les moyens techniques témoignent d'une grande aisance financière de la part du producteur, les seconds rôles tiennent leur rang de manière fort honorable et Miss Lahaie évolue dans les ballets corporels comme un poisson dans l'eau.
Bien sûr, le scénario ne brille pas par son originalité mais ce n'est pas ce que l'on demande en priorité à un film pornographique... Francis Leroi, d'habitude si médiocre, s'acquitte de sa tâche avec brio et filme les scènes d'amour avec une délicate impudicité sans aucune outrance. Le film se situe d'ailleurs dans un porno softcore c'est à dire que si les actes sont évidemment non simulés, ils ne comportent rien de choquant ni d'extrême. Au contraire, les corps s'enchevêtrent avec beaucoup de sensualité et d'harmonie, et les dialogues ne comportent pas une once de vulgarité.

Les situations n'en sont pas moins rendues très excitantes pour le spectateur en raison évidemment, de l'extraordinaire savoir-faire d'une Brigitte Lahaie faussement naïve. Classique du X à la française, Je Suis À Prendre est à considérer comme un témoignage d'un temps déjà lointain où le cinéma pornographique savait conjuguer avec bonheur l'exaltation des sens et la maîtrise artistique. Cela nous fait regretter plus encore la dégringolade des moeurs et le reniement de toute dignité qu'à emprunté le genre au fil des années pour arriver aux  sommets de décadence qui nous accablent aujourd'hui. Pour les réalisateurs actuels, le temps c'est de l'argent. Aux films imaginatifs, aux scénarios crédibles et aux véritables comédiens, ont succédé des produits de basse consommation, des saynètes outrancières tournées entre quatre murs par d'obscurs inconnus en manque de sexe autant que de reconnaissance.
L'imagination n'est plus de mise et la demande d'un public devenu blasé n'est plus du tout la même qu'en 1978. Cette année-là, Brigitte Lahaie tournait Je Suis À Prendre et devenait une star. Égérie de toute une génération, elle incarna à la fois la libération de la femme et le désir de l'homme. Depuis quelques années, elle ne tourne plus guère et sa dernière apparition au cinéma remonte à 2013 dans Le Bonheur, un drame confidentiel réalisé par un certain Fabrice Grange. Il faut dire que Brigitte Lahaie est à présent beaucoup plus occupée dans un autre registre où elle excelle également : animatrice de radio. En effet, depuis plus de quinze ans, elle prodigue aux auditeurs ses conseils experts sur la sexualité et l'amour en général au micro de RMC. Cette fois ci, la reconversion est plus que réussie.
Les anciens ont eu Brigitte Bardot comme idole et les jeunes ont Brigitte Macron pour première dame. Ceux de ma génération ont eu Brigitte Lahaie pour fantasme et franchement, nous n'avons pas été les plus malchanceux !


Note : 16,5/20

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore