Savage-Man-Savage-Beast-Zumbalah-1976-movie-10

Genre : mondo, shockumentary, trash, horreur (interdit aux -18 ans en version intégrale)
Année : 1975
Durée : 1h28 cut / 1h34 uncut


Synopsis : Premier volet de la trilogie "Savage" des réalisateurs italiens Antonio Climati et Mario Morra, Savage Man Savage Beast est considéré comme l'un des mondos les plus violents jamais réalisés. La raison de cette réputation ? Une scène "mythique" et insoutenable qui a fait et fait encore couler beaucoup d'encre sur sa supposée véracité. 


La critique :

18 février 1975. Province de Wallace à la frontière angolo-namibienne. Pit Dernitz, un touriste allemand, effectue un safari photo dans une réserve animalière en compagnie de sa jeune femme, de sa fillette de neuf ans et de son petit garçon de deux ans. D'autres couples accompagnent cette famille ordinaire en voiture et chacun profite de l'opportunité d'être au beau milieu de la faune sauvage. Mais la situation s'annonce périlleuse car les voilà qui s'approchent tout près d'un groupe de lionnes. Appliquant les consignes de sécurité, tous restent bien à l'abri dans leurs véhicules.
Tous sauf Pit Dernitz qui caméra super 8 à la main, commet le geste fou, impensable, de sortir de sa voiture pour aller filmer plus près, encore plus près les fauves menaçants. Et ce qui devait arriver arriva. L'imprudent ne voit pas arriver une lionne qui se jette soudain sur lui par derrière, le déséquilibre et l'agresse violemment. La puissance brute de l'animal a déjà condamné le malheureux. Pire encore, une deuxième lionne attirée par le sang qui commence à couler, vient prêter main forte à sa congénère et les deux carnassiers commencent à dévorer l'homme qui n'a plus la force de se débattre.

Puis une troisième lionne surgit puis encore, un lion mâle. Le groupe de félidés s'attroupe autour du corps de Pit Dernitz et le déchire sous les yeux de sa femme et de ses enfants. La scène insoutenable est filmée par les autres touristes, impuissants devant le drame qui se déroule sous leurs yeux. Triste ironie, on y voit dans les derniers instants, une lionne s'en aller en tenant dans la gueule la caméra de l'infortuné Dernitz, tel un trophée. Plus tard, la voiture des gardes forestiers réussira à disperser les animaux et à réconforter (?) la femme de Dernitz hurlant sa douleur et son désespoir. 
Voici donc la scène tant décriée depuis plus de quarante ans. Ces trois minutes d'horreur absolue ont aussitôt été sujettes à polémique, dès leur première diffusion. Certains affirmant qu'il s'agissait d'un "fake", c'est à dire d'une mise en scène scénarisée et totalement fausse ; certains au contraire, soutenant que les événements se sont réellement produits et que le pauvre homme s'est bel et bien fait dévorer vivant par les fauves. De nombreux experts animaliers, dont le célèbre éthologue Konrad Laurenz lui-même, furent sollicités pour donner leur avis sur la véracité ou non des images.

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Il suffit de se rendre sur YouTube pour se faire sa propre opinion puisque la scène y est proposée dans son intégralité sans message d'avertissement, ce qui est proprement ahurissant puisque Savage Man Savage Beast est interdit aux moins de dix-huit ans dans sa version intégrale (le film comporte également des meurtres d'humains qui peuvent aussi prêter à confusion sur leur authenticité). Cependant, les dernières analyses en date sembleraient bien confirmer que la scène n'a pas été truquée et que Pit Dernitz soit vraiment mort dévoré sous l'objectif de la caméra. Le fait que cet homme n'est plus jamais donné signe de vie est aussi particulièrement troublant.
Rappelez-vous la polémique qui a entouré la sortie du scandaleux Cannibal Holocaust où le réalisateur Ruggero Deodato, accusé un temps d'avoir tourné un snuff movie c'est-à-dire d'avoir procédé à de réels meurtres d'acteurs sur le tournage, dû prouver aux journalistes que les morts atroces du film (en particulier celui d'une femme indigène empalée sur un pieu) n'étaient rien d'autre que le résultats d'effets spéciaux très réussis.

Pour couper encore plus court aux supputations fantasmées de la presse, l'actrice qui incarnait l'amazonienne transpercée de part en part, fut forcée de se rendre en personne à une conférence de presse, faisant taire ainsi définitivement les rumeurs qui commençaient à circuler sur la prétendue exécution dont elle aurait été victime. Pit Dernitz lui, n'est plus jamais réapparu publiquement pour démontrer qu'il était toujours vivant...
Attention spoilers : Le film se présente sous la forme d'un témoignage anthropologique et d'une étude hétérogène des moeurs et coutumes, qu'elles concernent le monde humain ou animal. La thématique principale du film est la chasse sous toutes ses formes, modernes ou primitives. De la chasse à courre dans la forêt de Rambouillet à la chasse au boomerang des aborigènes d'Australie, les réalisateurs nous font voyager d'un continent à l'autre afin de nous présenter les multiples techniques de cette pratique ancestrale. Les images sont parfois violentes pour ne pas dire barbares.
Beaucoup d'animaux sont abattus et souvent de façon brutale. Ainsi éléphants et rhinocéros sont transpercés à coups de lances, des kangourous sont déchiquetés ou encore un cerf est décapité.

Toutefois, le métrage est fréquemment entrecoupé par des passages plus légers qui n'ont strictement rien à voir et qui concerne la vie des communautés hippies. On peut y voir une jeune femme donner le sein à un chevreau, un couple faire l'amour devant des centaines de personnes nues ou encore quelques extraits grivois lors du festival pop sur l'île de Wight en août 1970. Savage Man Savage Beast est un mondo agréable à suivre, et cela n'est pas si fréquent. Curieux mélange de passages ultra violents et d'instantanés iconoclastes et même comiques (des chasseurs victimes d'un laxatif sont filmés en train de "couler un bronze" en pleine forêt), le film de Climati et Morra ne ressemble pas aux mondos classiques. Certes, on retrouve parfois le côté outrancier et voyeuriste, poncif récurrent depuis Mondo Cane (1962) le précurseur du genre, mais ce n'est pas ce que l'on retient en premier du métrage.
Savage Man Savage Beast est avant tout un reportage sur le vif où le côté bestial et primitif des êtres vivants est mis en avant. Mais le titre de ce shockumentary veut bien dire ce qu'il veut dire. Que les animaux agissent instinctivement et s'entretuent pour la survie de leur propre espèce n'a rien de choquant.

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Au contraire, ce sont les lois de la nature qui sont appliquées et les règles de la chaîne alimentaire qui sont respectées. Ce que les réalisateurs condamnent avec force, ce sont les actes gratuits de violence dont les hommes seuls, se rendent coupables. Violence envers les animaux mais aussi envers eux-mêmes. Climati et Morra ne font donc que confirmer la célèbre maxime qui affirme que l'homme est un loup pour l'homme. Ils nous renvoient à nos instincts primaires et à notre soif de domination sur les autres créatures de la planète, qu'elles appartiennent ou non à notre propre race. Pour mieux illustrer leur propos, les réalisateurs nous font assister à une chasse à l'homme (véridique ou pas, difficile à dire) où des individus de type caucasiens poursuivent et massacrent deux indigènes dans la jungle. Pour rien, pour s'amuser et pour assouvir cette soif de pouvoir absolu sur la vie de l'autre.
Mais limiter Savage Man Savage Beast à une succession de meurtres ou d'agressions hardcore serait réducteur et surtout faux. Car la majorité du métrage proposée fait plus penser à un documentaire ethnologique pour un public averti certes, qu'à une compilation d'actes de torture et de barbarie. Et puis, il y a ces passages complètement "surréalistes" insérés plus ou moins aléatoirement, au gré de l'humeur des réalisateurs.

Des instantanés soit salaces soit humoristiques qui succèdent en général, à des scènes de grande brutalité pour en contrebalancer immédiatement l'effet traumatisant auprès du spectateur. Scènes cocasses donc, que ces instants "volés" à la vie des communautés hippies, très nombreuses durant la décennie soixante-dix. La caméra entraîne le spectateur sur divers festivals "Peace and Love" qui se sont déroulés à cette époque et notamment l'immense rassemblement musical (près de 700 000 personnes) sur l'île de Wight à l'ouest de l'Angleterre. Nous assistons amusés, aux moeurs pour le moins libérées et dévergondées de la jeunesse hirsute, pouilleuse et insouciante qui se livre en toute frénésie à l'amour libre et aux joies de la fumette du joint devant la caméra indiscrète des réalisateurs.
Un couple copule sans gêne aucune devant une assistance aussi indifférente que dénudée. Puis, Climati et Morra se plaisent à filmer une rangée de hippies déféquant à l'unisson sur des toilettes de fortune. Nous verrons même une jeune femme donner le sein à un chevreau ! Quel merveilleux contre-exemple à l'intolérable violence, quasi viscérale, de l'être humain envers l'animal qui nous est  détaillée tout le long de ce documentaire...

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Oui, indéniablement, Savage Man Savage Beast se laisse suivre sans le moindre ennui. Beaucoup plus trash que Mondo Cane et bien moins factice que Faces Of Death, ce métrage italien est doté d'atouts non négligeables et d'une idéologie moins nauséabonde que certains spécimens de son acabit. Son (relatif) succès lors de sa sortie en 1975 incita, hélas, ses réalisateurs à continuer d'exploiter le filon du "Savage Mondo" avec la réalisation de This Violent World en 1976 et Sweet Savage en 1983, pour établir une trilogie dont on ne voit pas trop l'utilité.
Quoiqu'il en soit, tourner et surtout diffuser un film pareil à la télévision serait aujourd'hui absolument inconcevable. Ne serait-ce que par le nombre d'espèces en voie de disparition (je pense en particulier au rhinocéros) qui sont exécutées ici de façon sommaire et méthodique. Savage Man Savage Beast a donc valeur de témoignage sur les bouleversements naturels et ceux grandement accélérés par la course au profit des cupides, qui ont frappé la planète depuis quarante ans.

Ce film fut tourné à une époque où l'homme n'avait pas encore pris (ou voulu prendre) conscience de l'instabilité de l'écosystème et de l'infini fragilité de la nature qui l'entoure. Aujourd'hui, il est déjà trop tard pour certaines races d'animaux sauvages que l'on trouvait à profusion en 1975, quand fut réalisé ce documentaire choc. À méditer pour se rendre compte qu'à force de saccager impunément toutes les richesses de sa planète, l'homme est en train de scier la branche sur laquelle il est assis... Au final, c'est un métrage assez instructif, cohérent et divertissant que nous livrent Antonio Climati et Mario Morra. Le petit plus incontestable étant ses moments humoristiques surgis à l'improviste qui se révèlent essentiels pour dédramatiser l'ambiance du film.
Un film dur, impitoyable parfois à l'extrême limite du soutenable mais un film jamais malsain ni moralement condamnable. Considéré par beaucoup comme l'un des mondos les plus violents jamais réalisés, Savage Man Savage Beast n'a pas usurpé sa réputation en présentant un florilège d'images chocs. Mais ce film nous fait aussi réfléchir sur la notion même de la valeur de la vie. Humaine ou animale, chaque vie est à respecter. De ce côté-là, l'être humain aurait pas mal de leçons à recevoir de la part de ses contemporains à poils ou à plumes. Il conviendra donc ne pas retenir de ce métrage que la scène effroyable qui l'a rendu célèbre; même s'il y a fort à parier qu'elle hantera longtemps votre mémoire si jamais vous osez la visionner...


Note : 13,5/20

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