Hellraiser_III

Genre : horreur (interdit aux - 12 ans)
Année : 1992

Durée : 1h33

Synopsis : Joanna, une jeune journaliste, assiste à la mort abominable d'un adolescent. Sa seule piste : Terry, la petite amie de la victime, dont elle retrouve la trace dans un nightclub. Terry lui révèle que la clé du mystère se trouve dans une mystérieuse boîte. 

La critique :

Il fallait s'en douter. Après un premier volet, sobrement intitulé Hellraiser - Le Pacte (Clive Barker, 1988), qui offrait et ouvrait une nouvelle ère dans le genre horrifique, la saga Hellraiser devait se transmuter en une entreprise lucrative et mercantile. Certes, avec Hellraiser 2 : Les Ecorchés, le réalisateur Tony Randel tentait de varier les animosités via un script nébuleux et labyrinthique, mais sans retrouver le génie ni la virulence de son auguste devancier.
Impression hélas corroborée par Hellraiser 3 - Hell On Earth, cette fois-ci réalisé par les soins d'Anthony Hickcox en 1992. Par ailleurs, ce dernier s'est essentiellement illustré dans l'univers de la série B tout au long de sa carrière. On lui doit notamment Waxwork (1988), Waxwork 2 (1992), Warlock : The Armageddon (1993), Prince Vaillant (1997), Contamination (2000), ou encore Pièges en eaux profondes (2005).

Bref, hormis le premier Waxwork, on ne relève aucun film notable et/ou notoire. Il n'est donc pas surprenant de retrouver Anthony Hickox derrière la caméra de Hellraiser 3. En l'occurrence, le scénario de ce troisième opus est griffonné par les soins de Peter Atkins et Clive Barker. Oui, vous avez bien lu. Clive Barker poursuit les inimitiés, mais le célèbre cacographe ne souhaite pas rempiler derrière la réalisation d'un nouveau chapitre et vaque désormais à d'autres occupations.
Le grimaud se contente de disséminer quelques scénarios élusifs pour le compte de la franchise. De surcroît, Hellraiser 3 est souvent considéré comme l'épisode qui marque le long déclin de la saga. Reste à savoir si le long-métrage d'Anthony Hickox mérite de telles acrimonies. Réponse dans les lignes à venir... 

Pinhead in statue

La distribution du film réunit évidemment l'infatigable Doug Bradley dans le rôle de Pinhead. Viennent également s'ajouter Terry Farrell, Kevin Bernhardt, Ken Carpenter, Paula Marshall et Peter Atkins lui-même. Attention, SPOILERS ! (1) Pinhead n’est pas mort. Enfermé dans le pilier des âmes, il attend son heure pour ressurgir et faire régner le chaos... L’opportunité tant espérée arrive bien vite en la personne de J.P. Monroe, un jeune et riche propriétaire de boite de nuit, grand adepte des plaisirs de la chair. L’homme achète donc le pilier et répond sans attendre aux souhaits du démon qui l’habite.
Monroe abreuve la sculpture en sang chaud, espérant en échange que Pinhead lui permette d’accéder à des plaisirs suprêmes et insoupçonnés. Ce pacte mènera bien entendu à la libération du monstre et à un massacre que seule Joey, jeune journaliste hantée par l’image de son père mourant au Vietnam, pourra endiguer à l’aide de la fameuse boite de Lemarchand (1).

Si Hellraiser 2 : Les Ecorchés a unanimement désappointé les fans du matériel original, le film s'inscrivait néanmoins dans la dialectique et la rhétorique de son illustre épigone, en proposant une réflexion sur les mystères insondables de l'âme humaine. Telles sont, par ailleurs, la genèse et l'essence même d'Hellraiser premier du nom, à savoir cette analyse de nos pulsions archaïques, entre autres cet amour inconditionnel pour la chair et le sang, qui constituent les fondements du mal et de la punition charnelle et spirituelle. Finalement, Hellraiser, c'est ce retour à l'Inquisition.
Or, dans Hellraiser, ce "Mal" est incarné par les Cénobites, des créatures démonologiques issues de dimensions parallèles. Pour ces monstres lucifériens, les êtres humains ne sont que de vulgaires appâts et du menu fretin destinés à servir leurs vils desseins. 

hellraiser_iii

En l'occurrence, Hellraiser 3 - Hell On Earth rompt justement avec cette même didactique. C'est sûrement pour cette raison que ce troisième chapitre est unanimement honni et décrié par les fans de la saga. A sa décharge, les chapitres suivants ne feront pas beaucoup mieux, inhumant définitivement la franchise dans les oraisons funèbres, jusqu'à un Hellraiser : Revelations (Victor Garcia, 2011), qui se paiera le luxe de se priver de Doug Bradley en personne, l'acteur refusant d'endosser, pour la neuvième fois, les oripeaux acérés et crochus de Pinhead.
Le comédien tance et vitupère une franchise qui a perdu sa noirceur et ses lettres de noblesse depuis belle lurette. Certes, par d'habiles finasseries, Anthony Hickox tente de s'approprier le mythe de Pinhead via une nouvelle historiette maléfique. 

Hélas, le cinéaste ne possède pas le talent ni l'érudition d'un Clive Barker se contentant, au mieux, de disséminer ici et là quelques clins d'oeil furtifs au film original. Malheureusement, en l'état, Hellraiser 3 est dépourvu de toute substance et de toute tension narrative. Par exemple, on se contrefout royalement de l'histoire de cette journaliste, une certaine Joey, encore hantée par le spectre de son patriarche mort durant la guerre du Vietnam.
Certes, à l'instar du premier volet, il est bien question ici d'une boîte énigmatique qui relie intrinsèquement le monde des vivants au monde des ténèbres. Mais curieusement, Anthony Wickox élude toutes les thématiques captivantes et oppressantes qui ont érigé le succès du premier volet. Quid, par exemple, de ce lien inhérent entre la chair et le sang ? 

hellraiser310

Quid de ce retour à l'Inquisition dans cette époque dite "moderne" mais toujours agencée par nos pulsions les plus reptiliennes ? Quid encore de cette ambiance méphistophélique et mortifère qui happait littéralement le spectateur à la gorge ? Même l'affiche de ce troisième chapitre manque singulièrement d'imagination, reprenant peu ou prou la même photographie, à savoir un Pinhead atrabilaire et tenant, vaille que vaille, la boîte maléfique. En dépit de ses nombreux défauts, principalement cette incapacité à transcender un récit déjà famélique, Hellraiser 3 n'est pas forcément le navet semoncé par les critiques. 
On relève tout de même quelques séquences savamment troussées qui permettront de fermer les yeux sur l'inanité et la vacuité de ce troisième chapitre. Un gros effort a été déployé sur le look et le design, par ailleurs horripilants, des Cénobites, toujours aussi sadiques pour l'occasion. Mais à l'aune de ce troisième épisode, on se demande finalement pourquoi les producteurs n'ont pas opté pour transformer la saga Hellraiser en une série télévisée, tant ce Hellraiser 3 est dépourvu de tout enjeu dramatique.

Note : 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hellraiser_3