robot monster

Genre : science-fiction
Année : 1953

Durée : 1h06

Synopsis : Un Monstre-Robot est envoyé sur Terre avant une invasion qui doit avoir lieu incessamment sous peu. Son objectif: capturer des humains afin de les ramener à son chef. Mais plus le robot passe de temps auprès d'eux, plus il s'attache, rendant sa mission de plus en plus difficile...  

La critique :

Certes, le nom de Phil Tucker ne doit pas vous évoquer grand-chose et pour cause... Puisque le cinéaste, producteur, monteur et scénariste américain a essentiellement officié pour le compte d'un cinéma obscur, via des films de strip-tease, et donc confinés dans les affres des oubliettes. En gros, si quelqu'un a déjà entendu parler de Dance Hall Racket (1953), Dream Follies (1954), Strips Around the World (1955), ou encore de Broadway Jungle (1955), qu'il me téléphone de toute urgence !
En outre, le nom de Phil Tucker est intrinsèquement relié à un nanar science-fictionnel, mais pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de Robot Monster, sorti en 1953, et qui reste le long-métrage le plus notoire du cinéaste. Pendant plusieurs décennies, cette série Z impécunieuse disputera la couronne du plus mauvais film de science-fiction de toute l'histoire du cinéma, une gloriole finalement chipée par Plan 9 From Outer Space (Ed Wood, 1959), et bien des années plus tard par Turkish Star Wars (Cetin Inanç, 1982).

La raison d'une telle rebuffade ? La réponse tient, entre autres, dans le costume fantaisiste et ubuesque de l'extraterrestre de service, un certain Ro-Man. Au moment du tournage du film, Phil Tucker n'a pas les moyens d'investir dans des effets spéciaux et des costumes onéreux. Il fait alors appel aux soins et à l'érudition (sic...) d'un ami, George Barrows, qui interprète souvent des rôles de gorille pour le cinéma. Au fin fond de son grenier, celui-ci possède encore un vieil accoutrement simien.
Circonspect, Phil Tucker décide de rajouter un scaphandrier, nanti de deux longues antennes, pour conférer à son alien un aspect plus comminatoire et science-fictionnel. Un choix grotesque qui suscite évidemment les acrimonies et les billevesées lors de la sortie du film dans les salles obscures, d'autant plus que Robot Monster est affublé de la mention 3D.

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Pour une raison encore méconnue et pour le moins saugrenue, le film débute et se conclut par des stock-shots de pugilat entre des dinosaures azimutés, saynètes qui proviennent à la fois de Tumak, fils de la jungle (Hal Roach, 1940), de Lost Continent (Sam Newfield, 1951) et de Flight To Mars (Lesley Selander, 1951). Tancé, vitupéré, voué à l'opprobre et aux gémonies, Robot Monster se solde évidemment par un échec commercial. Dépité, Phil Tucker défendra néanmoins son film et son gorille aliéné jusqu'à sa mort en 1985. Pour l'anecdote, le cinéaste fera même une tentative de suicide peu après la sortie du film. Pour le réalisateur infortuné, il faudra patienter plusieurs décennies avant de voir Robot Monster ériger au statut des plus grands nanars science-fictionnels.
Les adulateurs exaltent une pellicule décérébrée et s'amusent à notifier les nombreuses aberrations du film.

Parmi ces louangeurs, on trouve un certain Joe Dante, qui rendra hommage à Robot Monster à travers les espiègleries de Les Looney Tunes passent à l'action (1993), le terrible Ro-Man effectuant une apparition impromptue. Sur le site Nanarland, Robot Monster a trouvé une place privilégiée et est logiquement considéré comme l'un des parangons du nanar, en l'occurrence involontaire. Car l'air de rien, le film a de réelles velléités. La distribution de cette série Z science-fictionnelle réunit George Nader, Claudia Barrett, Selena Royle, John Mylong, Pamela Paulson et évidemment George Barrows dans le rôle du fameux Ro-Man. Le synopsis de Robot Monster est pour le moins amphigourique et incompréhensible. Donc merci d'attacher vos ceintures !
Attention, SPOILERS ! (1) Dans un coin de Californie, la famille d'un archéologue scientifique se réunit pour un pique-nique.

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Un des enfants s'égarant près d'une grotte, il fait face à un extraterrestre robotique au corps de gorille. Se faisant appeler « Ro-Man », il vient de dévaster la population humaine de la planète et a ramené à la vie des dinosaures grâce à un puissant rayon destructeur pour le compte de son maître, le Guide Suprême. La famille ayant miraculeusement survécu grâce à un médicament pris au préalable, ils devront échapper à Ro-Man (1). Pour l'anecdote, Robot Monster sera tourné seulement en l'espace de quatre petites journées, avec sept acteurs au total, et pour un budget alloué et estimé à 15 000 malheureux dollars (source : http://gotomars.free.fr/forestier.html).
Dès l'introduction, Phil Tucker a le mérite de présenter les inimitiés via un combat incongru entre deux vrais lézards filmés en gros plans pour l'occasion, puis par un autre pugilat entre deux dinosaures, cette fois-ci filmés en stop-motion.

Toute l'ingénuité de Robot Monster se trouve dans ces deux saynètes laconiques, d'une cancrerie affligeante. Ainsi, Robot Monster pourrait se résumer de façon très schématique : des dinosaures qui s'empoignent sans raison apparente, un extraterrestre protéiforme qui batifole dans de verts pâturages alors que la Terre vient d'être atomisée, et une poignée de survivants humains condamnés à soliloquer. Le film est régulièrement ponctué par des crépitements d'images censés représenter des rayons calcinateurs envoyés par Ro-Man et son maître, appelé le Grand Guide.
Evidemment, Robot Monster s'inscrit dans le sillage et le continuum de toutes ces productions science-fictionnelles soucieuses de la Guerre Froide et de l'ère atomique, un peu à la manière de Le Jour où la Terre S'Arrêta (Robert Wise, 1951), La Guerre des Mondes (Byron Haskin, 1953), ou encore L'Homme Qui Rétrécit (Jack Arnold, 1957).

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Hélas, et vous vous en doutez, la comparaison s'arrête bien là. Robot Monster se démarque surtout par ses aberrations scénaristiques. Un seul extraterrestre parvient à détruire la planète entière, soit deux milliards d'êtres humains à l'époque. Même les scientifiques les plus aguerris ne parviennent pas à juguler les vils desseins du primate avec une tête de scaphandrier. Seuls quelques quidams, une famille de pecnos en l'occurrence, parvient à déjouer les roueries de cet extraterrestre simiesque.
En dépit des objurgations de son maître, Ro-Man s'acoquine et s'énamoure avec une jeune femme de passage, une certaine Alice, qui passe son temps à pousser des cris d'orfraie. C'est ainsi qu'il s'ouvre aux émotions et aux sentiments humains. Pusillanime, Phil Tucker élude de s'immiscer sur ce chemin escarpé et conclut sa série Z en toute hâte, par un inévitable - je vous donne dans le mille - combat entre deux dinosaures. Le décor, pour le moins prosaïque, se limite à une seule et unique grotte. L'armada de l'extraterrestre ? Il faudra se contenter d'un vieux poste-radio de l'époque qui émet des bulles ! Bref, vous l'avez compris. Robot Monster est d'une nullité abyssale !
Pourtant, par ses facéties, sa ringardise et sa goguenardise, ce nanar se révèle tellement loufoque et absurde qu'il en devient étrangement sympathique.

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Robot_Monster