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Genre : Policier, thriller

Année : 1951

Durée : 1h40

 

Synopsis :

Un champion de tennis est abordé dans un train par un inconnu qui lui propose un étrange marché : il supprime sa femme encombrante si celui-ci se charge d'éliminer son propre père. Croyant avoir à faire à un fou, le tennisman ne lui prête aucune attention. Peu de temps après, sa femme est assassinée.

 

La critique :

Le genre policier est un genre qui ne date pas d'hier et dont la création remonte déjà au cinéma muet avec Les Nuits de Chicago que j'ai chroniqué il y a quelques semaines. Plutôt timide, le policier va très vite se démocratiser dans les années 40 alors que le cinéma voit arriver l'un des mouvements les plus cultes et les plus vénérés des cinéphiles, à savoir le film noir. Un mouvement qui verra un nombre exorbitant de petits chefs d'oeuvre voir le jour, tels que Le Faucon Maltais ou encore Le Carrefour de la Mort. Si l'on devait citer l'un des réalisateurs les plus emblématiques du genre policier, nul doute que bon nombre répondront Alfred Hitchcock, surnommé "le maître du suspens" mais qui, contre toute attente, ne verra que deux de ses oeuvres cataloguées dans le genre du film noir.
Après, tout ceci reste sujet à débat mais on retrouvera Sueurs Froides, soit une oeuvre qui a été classée sur le podium des meilleurs films de tous les temps (opinion que je ne partage pas) et de l'autre côté, le film présenté aujourd'hui du nom de L'Inconnu du Nord-Express.

Ce film est inspiré en partie du roman éponyme de Patricia Highsmith et a une place chère à mes yeux puisqu'il s'agit du tout premier film du "maître", sans le savoir, que je voyais, du haut de mes 18 ans alors que je faisais du baby-sitting. Déjà là, une attraction inexpliquée (mais loin de la fascination d'aujourd'hui) pour le noir et blanc était ancrée en moi et nul doute que les souvenirs d'une telle oeuvre étaient présents vu que je me lançais quelques années plus tard, alors que la passion du cinéma n'en était qu'à ses premiers balbutiements, dans un périple afin de retrouver le nom de ce film que je ne connaissais pas au moment du visionnage. C'est ainsi que je découvris l'univers d'Hitchcock et que le cinéma en noir et blanc commença à titiller sérieusement ma curiosité.
Oui, mes louanges envers le vieux cinéma ne sont pas apparues tout de suite et c'est bel et bien L'Inconnu du Nord-Express qui y contribua de manière importante. Après cette parenthèse existentielle, nous pouvons passer à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Lors d'un voyage en train, Guy Haines, célèbre joueur de tennis, rencontre Bruno, un mystérieux personnage qui se fait d'abord passer pour un de ses fans. Particulièrement averti de la vie privée du tennisman, l'inconnu dévoile alors ses projets. Il propose à Haines un marché : il se charge d'éliminer son épouse Myriam, qui refuse obstinément le divorce, si Guy accepte de l'aider à se débarrasser de son père. Outré, celui-ci refuse. Il espère, pour pouvoir épouser Ann Morton, sa bien-aimée, finir par convaincre pacifiquement sa moitié de se rendre à la raison.
Fort mécontent, Bruno décide alors de lui forcer la main en prenant les devants : il assassine madame Haines puis menace Guy, qu'il poursuit désormais sans relâche, de lui en faire porter la responsabilité s'il n'exécute pas sa part du contrat.

Comme de coutume avec le "maître", nous tenons là un synopsis diablement intéressant, à même de susciter la curiosité de n'importe quel cinéphile qui accepterait le principe du noir et blanc. Je ne vais pas poser la question de savoir si le film est réussi sachant que l'introduction a plus que mis en évidence cet état de fait. De fait, Hitchcock ne fait pas éterniser son récit et démarre directement les hostilités dans une gare où deux hommes dont nous ne verrons que le bas des jambes marchent afin de prendre leur train. C'est après un petit coup de jambe dans un wagon que nous retrouvons les deux héros du récit. D'un côté, Guy Haines, célèbre joueur de tennis et dans une situation sentimentale plus que tendue et de l'autre, Bruno Anthony, mystérieux personnage bavard et observateur.
Après échanges divers, Bruno laisse exposer sa théorie, comme il aime si bien le dire, sur le crime parfait et ayant appris la situation sentimentale de Guy, décide de lui proposer un marché. Il n'aura fallu que d'une quinzaine de minutes pour que Hitchcock attrape son spectateur par la gorge et ne le relâche qu'au générique de fin.

Ici, pas de mystère sur l'identité du meurtrier, Hitchcock décide de jouer la carte du meurtrier connu et de reposer son suspens sur tout le déroulement scénaristique qui gravitera sur le harcèlement dont fera preuve Bruno sur Guy afin que celui-ci honore sa part d'un contrat qu'il n'a jamais confirmé. Il est d'ailleurs assez intéressant d'observer cet antagonisme comportemental entre Bruno et Guy. Si Guy est plutôt introverti et peu bavard, Bruno sera extraverti et très bavard. Si Guy a une histoire avec des femmes, Bruno semble séparé de tout amour et de toute relation avec la gente féminine malgré sa belle gueule et son élégance. Si Guy connaît une certaine célébrité, Bruno est confiné dans une sorte d'anonymat.
On pourrait continuer les comparaisons pendant longtemps mais il est plus que stimulant de suivre cette dichotomie. Autant le dire, Hitchcock confronte deux personnages au charisme certain avec Farley Granger dans le rôle de Guy Haines mais la palme reviendra sans surprise à Robert Walker tout simplement impeccable dans la peau de ce personnage psychopathique et sociopathique.

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De facto, autant dire que nous tenons là un méchant d'anthologie qui s'inscrit sans problème dans la liste des criminels les plus fous, les plus dangereux rencontrés dans le cinéma. Comme je l'ai dit auparavant, Hitchcock ne suit pas la voie du psychopathe laid et au regard acrimonieux mais bien celle de l'homme raffiné, expressif et qui sait se fondre dans la société en ayant recours à la manipulation psychologique. Pourtant, Bruno est dénué de toute empathie et de respect envers la vie humaine vu qu'il tue sans le moindre état d'âme et peut même malmener les enfants croisant sur son chemin. On a là un personnage d'une grande complexité et d'une imprévisibilité absolue.
Difficile de savoir ce qu'il pense, ce qu'il compte faire et ses intentions à un moment X. Hitchcock sait qu'il ne peut compter sur une révélation finale et s'amuse à jouer avec les nerfs du spectateur en repoussant à fond la complexité du grand méchant. C'est à ce niveau que nous pouvons observer tout le génie du "maître du suspens".

Le réalisateur multiplie les séquences cultes, à l'image du meurtre sur l'île du parc d'attraction, plusieurs fois imitée mais jamais égalée. Outre l'échange du début, citons la scène du tableau ou encore cette scène où Bruno observe de loin sur les marches d'un monument, Guy en compagnie d'un inspecteur chargé de le surveiller. Les exemples ne manquent pas et cela contribue à renforcer l'intensité du récit se suivant sans le moindre pet de temps morts. L'Inconnu du Nord-Express, c'est une plongée dans une spirale infernale et dans un jeu de chat et de la souris auquel nous faisons face.
On tient là, sans contestation possible, l'un des meilleurs policiers reposant sur ce principe. Il est d'ailleurs assez étonnant que ce film ne soit pas souvent cité en premier chez les fans quand ils parlent des films emblématiques du cinéaste alors qu'il a largement toutes les qualités pour se hisser au niveau de Psychose, Fenêtre sur Cour ou encore Les Oiseaux.

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Au niveau esthétique, il n'y a rien à rajouter. L'image est tout simplement somptueuse entre les passages dans la fête foraine ou encore dans le manoir de Bruno. Là aussi, les exemples ne manquent pas. Hitchcock filme de manière millimétrée son action et on sent que chaque plan, chaque scène, chaque cadrage a été longuement pensé afin de toujours bien mettre en évidence tout ce qui se déroule. On appréciera aussi l'audace de la mise en scène en ayant recours à l'une ou l'autre reprise à deux points de vue séparés. Je vais donner l'exemple de la séquence du championnat de tennis alors qu'en parallèle, il y aura aussi l'arrivée de Bruno au stade et ce, dans des transitions rapides mais toujours efficaces dans l'action de chaque personnage afin d'amplifier la tension.
La bande sonore jouera aussi beaucoup sur la tension et chaque sonorité est réfléchie. J'ai parlé plus haut de notre duo de choc mais n'oublions pas aussi la prestation des autres acteurs avec, au casting, Ruth Roman, Marion Lorne, Laura Elliott, Leo G. Carroll ou encore Patricia Hitchcock, la fille du "maître". Sans surprise, chaque acteur tire allègrement son épingle du jeu mais vous aurez deviné qu'ils restent éclipsés face au duo et surtout face à Robert Walker.

En conclusion, vous aurez compris que L'Inconnu du Nord-Express est un immense chef d'oeuvre du cinéma qui se suit sans quelconque déplaisir. Servi par une ambiance mystérieuse et sous tension, Hitchcock nous livre l'une des plus grandes confrontations avec un psychopathe mythique qui ne pourra que marquer à vie le spectateur. Puissant et féroce dans sa mise en scène, le film sait aussi assurer au niveau de sa plastique avec un noir et blanc de très grande qualité et un raffinement dans la bande sonore. Certes, le deuxième niveau de lecture n'est que peu présent mais il aurait été tout simplement inutile de partir dans des débats métaphysiques sur ce qui a poussé Bruno à être un psychopathe. Quoi qu'il en soit, laissez-moi vous exposer ma théorie sur quel film faut-il regarder si vous voulez visionner un classique du genre policier. Il vous suffit simplement de visionner L'Inconnu du Nord-Express.

 

Note : 18/20

 

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