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Genre : drame, trash, thriller (interdit aux -16 ans)
Année : 2013
Durée : 29 minutes 


Synopsis : Roland et sa femme, un couple entre deux âges, se disputent dans leur appartement miteux pour une raison futile. Énervé, l'homme quitte les lieux pour aller chercher le réconfort auprès d'une prostituée. Il rencontre Illiana, une jeune russe qui tapine en compagnie d'une compatriote Eva, et de Samantha un transsexuel, dans un quartier louche. Après une brève passe, Illiana retrouve sa collègue Eva, désemparée sur le trottoir en manque de sa dose quotidienne et tabassé par son proxénète Ivan. La descente aux enfers peut commencer...

La critique :

Quarxx. Vous connaissez ? Non ? Alors, faisons rapidement les présentations. Ce réalisateur (et acteur à l'occasion) au pseudonyme aussi original qu'énigmatique est un artiste français multimédia et polyvalent. Outre le cinéma, il sévit également dans la photographie et la peinture; à ce sujet, il a déjà exposé nombre de ses oeuvres avec un certain succès. Cette fibre artistique touche à tout n'a rien d'étonnant pour ce quadragénaire dont le véritable patronyme reste inconnu, avec un père qui était un cinéphile averti et une mère qui a fait les beaux-arts.
C'est le côté cinéaste du personnage qui nous intéresse aujourd'hui. S'il n'est pas encore très connu du grand public, Quarxx s'est déjà taillé une belle réputation auprès des amateurs de cinéma indépendant loin du circuit commercial classique. Au bout de seulement six ans de carrière et après sa révélation par une "trilogie" comique déjantée "Rasta-Kamikaze Bang Bang, Dirty Maurice et Zéropolis", Quarxx connaît véritablement le succès avec Nuit Noire, réalisée en 2013.

Ce court-métrage violent sur les ravages de la drogue et les affres de la prostitution fut présenté dans de nombreux festivals et remporta un nombre impressionnant de récompenses. Et cela est amplement mérité tant cette oeuvre viscérale assène un très gros uppercut à la face du spectateur. Tourné à la manière d'un documentaire, le film nous plonge dans les entrailles de la nuit parisienne au coeur d'un monde glauque et sans pitié. Autant vous le dire de suite, cette oeuvre qui pue le crack et le sperme sous cellophane exhale un désespoir comme rarement on a vu dans le cinéma français.
Au niveau hexagonal, je ne vois que l'extraordinairement sordide Seul Contre Tous de Gaspar Noé pour "rivaliser" en matière de désespérance ; c'est dire. 
Et on ne peut pas taxer Quarxx de pathos ou de voyeurisme gratuit et complaisamment affiché ; il ne fait que s'attacher au plus près de faits véridiques qui se déroulent toutes les nuits, ou presque, dans les rues de la capitale et d'ailleurs. Façon brut de décoffrage, Nuit Noire suit le parcours erratique d'êtres à la dérive.

La descente aux enfers d'ombres pathétiques, d'accidentés de la vie rongés par la solitude, la misère et les addictions qui déambulent dans les rues tels des zombies, le vague à l'âme en bandoulière. Nuit Noire, c'est le récit au cordeau du terrible chaos qui accompagne l'existence des "sans dents" noctambules. Quarxx appuie là où ça fait mal. Le court-métrage est choquant, dérangeant et pourtant il ne relate que la triste banalité de l'enfer quotidien que subissent beaucoup de travailleuses du sexe. Traînant leur spleen et leurs guêtres sur les trottoirs à la recherche d'hypothétiques clients, menacées, maltraitées, ces femmes se réfugient dans le monde artificiel de la drogue.
De la drogue dure. Nuit Noire, c'est un reportage sur le vif ; un instantané dans la misérable existence de ces filles soumises à la géhenne de "protecteurs" sadiques qui les maintiennent sous leur emprise en leur fournissant ces substances illicites qui font d'elles des esclaves manipulables à souhait par ces souteneurs sans foi ni loi. Quarxx, retenez bien ce nom car le bonhomme peut sans aucun doute prétendre à jouer très prochainement dans la cour des grands réalisateurs français. Son dernier film, Un Ciel Bleu Presque Parfait, a de nouveau, rallié tous les suffrages auprès des critiques.

C'est un signe qui ne trompe pas. À n'en point douter, ce cinéaste à très gros potentiel est voué à un succès quasi certain dans un futur proche s'il trouve les fonds nécessaires pour convertir ses courts-métrages percutants en films à part entière. Attention spoilers : Roland, un quinquagénaire bedonnant et passablement éméché, se coupe les ongles des pieds dans sa cuisine. Lui rapprochant son laisser aller, sa femme se met dans une colère noire. Pour éviter la dispute, Roland sort de l'appartement sous le prétexte d'aller promener son chien. En fait, il va se rendre dans un quartier malfamé à la recherche d'une prostituée. Là, il rencontre Illiana, une péripatéticienne russe avec qui il a un bref échange tarifé mais non consommé. Illiana retourne tapiner et retrouve son amie Eva, tombée sur le trottoir et en sérieux manque de drogue. Sévèrement battue par Ivan, le mac brutal des deux jeunes femmes qui vit dans une caravane insalubre, Eva supplie Illiana d'intercéder auprès de l'homme pour lui fournir une dose d'héroïne.
Illiana, également malmenée par le colosse, réussit à dépanner son amie malgré la désapprobation de Samantha, un transsexuel, compagnon de galère des deux prostituées. Eva se précipite dans les toilettes d'un bar encore ouvert pour se shooter dans les toilettes. Hélas, la malheureuse décède d'une overdose. Bouleversé, Samantha se rend chez Ivan pour venger son amie. La nuit se termine par un carnage...

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Criant de réalisme, Nuit Noire est vraiment ce que l'on peut appeler un film choc, un terme bien trop galvaudé de nos jours lorsque l'on parle d'une oeuvre sortant un peu de la platitude ordinaire. Ce court-métrage sent le vécu à plein nez et Quarxx semble très bien savoir de quoi il parle. Le réalisateur a visiblement fréquenté assidûment ces quartiers de Paris où la nuit venue, une faune aussi inquiétante que paumée déambule sans but précis sinon celui des aventures d'un soir ou d'une quête de dope. Aventures qui très souvent, tournent au tragique dans un univers nocturne où le sexe et la came sont le triste quotidien des désespérés et le pain béni pour les malfrats en tous genres qui font régner la terreur et la loi de la rue sur les plus faibles. Au niveau stylistique, Quarxx scinde son récit en deux parties en s'attachant principalement aux personnages de Roland et d'Illiana.
Les deux n'ont qu'une scène en commun mais leurs histoires font partie d'une même trame scénaristique à la fois séparée et indissociable qui aboutira à une fin tragique pour leurs proches.

La réalisation proche du documentaire nous rappelle les reportages que la regrettée Mireille Darc fit dans les années quatre-vingt-dix sur les travailleuses du sexe. Qu'elles soient françaises, roumaines, russes ou africaines, ces femmes sont soumises corps et âme au joug traumatisant de proxénètes pour qui elles ne représentent qu'un fonds de commerce, un produit de consommation sur lequel il faut engranger toujours plus de bénéfices. Un drame qui se déroule sous nos yeux qui souvent se détournent comme pour ne pas voir cette réalité en face. Quarxx, lui, ne prend pas de gants pour dénoncer cette terrible situation ; par une mise en scène énervée, le réalisateur dénonce la gravité sordide de la vie de ces femmes. Nuit Noire, c'est un coup de gueule, un cri dans l'obscurité pour réveiller nos consciences.
Sur le plan cinématographique, le film est cohérent, les images esthétiques et les acteurs (tous inconnus) vraiment très crédibles. Le réalisateur a peaufiné de façon remarquable la mise en abîme de son sujet et gratifie le spectateur de détails assez pointus sur ce thème quand même très casse gueule de la prostitution.

Au lieu de tomber dans le graveleux et d'imposer sciemment des situations malsaines, le film ne fait que relater des faits et uniquement des faits. Le sujet par lui-même est suffisamment dérangeant sans que Quarxx n'ait besoin d'en rajouter dans la surenchère du voyeurisme. Tout au plus, pourrait-on lui reprocher (et encore) un final frôlant le hardcore et l'extrême. Un final terrifiant de violence qui marque durablement l'esprit tant il affiche une désespérance sans issue. Je vous laisse l'opportunité de vous faire votre propre opinion puisque le film est disponible dans son intégralité sur YouTube.
Si le film flirte (d'assez loin tout de même) avec la pornographie, c'est bien parce que son propos l'impose mais il est à noter qu'aucun acte sexuel explicite n'est montré à l'écran. Ce qui est montré à l'écran par contre, c'est ce gouffre sans fond de désespoir dans lequel sont plongées ces filles perdues. L'esprit en lambeaux, détruit par des drogues dont elles sont devenues esclaves ; le corps souillé par les clients et malmené par les coups de leurs maquereaux, elles ne se vendent que satisfaire leur état de manque. Le cercle infernal est hélas sans fin.

Attention toutefois, le court-métrage ne fait pas non plus dans la dentelle et l'interdiction aux moins de seize ans est largement justifié notamment en raison de la thématique abordée et surtout de son final ultra violent. 
Quoiqu'il en soit, Nuit Noire est un film à  visionner d'urgence pour ceux qui aiment les oeuvres coup de poing et les sujets de société sensibles. Filmé avec un réel talent, Nuit Noire donne vraiment envie de découvrir l'ensemble de la filmographie de Quarxx. Avec ce nouveau venu sur la scène indépendante, le cinéma français tient un bon, un très bon metteur en scène.
Pour peu qu'il obtienne plus de financements pour mieux aboutir dans ses projets, l'avenir s'annonce très prometteur pour ce cinéaste qui n'a nullement à rougir de la comparaison avec un certain Gaspar Noé. Suintant la mort par tous ses orifices, Nuit Noire est un objet filmique capable de filer une dépression nerveuse à un croque mort mais c'est aussi une remarquable réussite cinématographique, un soleil de minuit signé Quarxx. Retenez bien ce nom...


Note : 16.5/20

 

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore