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Genre : Drame, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1967

Durée : 1h25

 

Synopsis :

Depuis son divorce, Paul déprime passablement. En désespoir de cause, il achète et prend pour la première fois du LSD. S'en suivent des hallucinations démentes et des visions horrifiques.

 

La critique :

Maintenant que ma période digne du film Grave est terminée pour cette année, je peux commencer à reprendre tout doucement un rythme un peu plus régulier. Une fois de plus, je vais vous proposer de faire un petit voyage dans le temps pour aboutir en l'an de grâce 1967, l'époque où la révolution sexuelle et la libération des moeurs commençaient à pointer tout doucement le bout de leur nez. Cette époque verra un grand nombre de films transgressifs être accouchés, de films anti-politiquement correct impossibles à faire aujourd'hui. Cette époque, c'était l'époque, également, de la liberté cinématographique. Essayez seulement d'imaginer la sortie de Pink Flamingos ou même Salo en 2017 et imaginez le scandale que cela pourrait engendrer. Bon, dans le dernier exemple, le scandale fut immense à l'époque mais je n'ose penser à ce qui se produirait s'il sortait à notre époque contemporaine.
Certes, je pars dans l'ultra transgressif et/ou l'underground mais l'idée est là. Si la libération sexuelle n'est plus à démontrer, on a pu aussi observer une libération un peu plus illégale, un peu plus dangereuse, un peu plus dépravée.

Je suppose que l'affiche du film vous a mis la puce à l'oreille vu qu'il s'agit de la drogue, surtout le cannabis et un psychotrope célèbre étant le LSD. C'est sur base de ce sujet que naquit un film méconnu du nom de The Trip, réalisé par Roger Corman. Un réalisateur peu populaire chez les cinéphiles et qui réalisa, entre autres, La Course à la Mort de l'an 2000, La Petite Boutique des Horreurs (chroniqué sur le blog pour les intéressés) ou encore Les Anges Sauvages. A sa sortie, The Trip choque profondément et sera purement et simplement interdit en Grande-Bretagne car la raison serait que le film fasse la promotion du LSD. En 2003, l'interdiction sera revue à la baisse et le film autorisé aux plus de 18 ans. Diverses anecdotes amusantes ponctuent le film, à commencer par le fait que Jack Nicholson s'inspira de sa propre expérience de drogué, tentant de traduire les effets que le LSD avait sur lui.
De plus, celui-ci, pour la préparation du film, ainsi que Peter Fonda et Dennis Hopper se réunirent pour prendre du LSD et vivre un tip en groupe. Même le réalisateur essaya, estimant qu'il ne pourrait pas réaliser un film sur le LSD sans en avoir pris lui-même. Selon lui, ce fut une bonne expérience. Bref, comprenez bien que nous tenons là une oeuvre qu'il serait strictement impossible de sortir aujourd'hui et maintenant passons à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Depuis son divorce, Paul déprime passablement. En désespoir de cause, il achète et prend pour la première fois du LSD. S'en suivent des hallucinations démentes et des visions horrifiques.

Autant l'avouer, ce n'est pas le genre de film fréquent dans le monde cinématographique vu que le sujet est à la fois délicat et casse-gueule. Pourtant, The Trip parvient à tirer son épingle du jeu en gardant une certaine forme d'attention. Il est d'ailleurs assez risible de savoir que certains vieux has-been s'imaginaient que le film ne se résumait qu'à une promotion outrancière de la consommation de drogue, sachant que nous ne sommes pas dans ce cas de figure. Il faut croire que, déjà à l'époque, les hautes instances et le comité de censure étaient à la ramasse dans l'analyse cinématographique.
Sauf qu'ici, on peut comprendre le quiproquo mais j'en parlerai un peu plus tard. En effet, Corman nous livre une véritable analyse sociologique sur une société en pleine déliquescence et qui voit les prémisses de la culture du fric. Les individus en plein marasme existentiel et se retrouvant confrontés à une vie morne et sans saveur n'hésitent pas à s'évader de leur réalité futile par la prise de psychotropes. Loin du cliché du vieux hippie, ces personnes sont abandonnées d'une civilisation les rejetant. En ce qui concerne Paul, son divorce l'accable au plus haut point et il se décidera à fuir son malheur et sa déprime.

En ayant recours à une analyse plus rigoureuse, nous nous rendons vite compte que The Trip n'est pas une vulgaire promotion du LSD mais bel et bien une condamnation car il met en avant un aveu de faiblesse de vouloir se détruire la santé au lieu d'améliorer sa propre vie. C'est un état de fait qui peut déranger chez certains mais qui est pourtant vrai. On parle bien ici de marginaux et non pas des "self-made man" et autres personnes ayant réussi socialement et professionnellement leur vie. Ceci dit, il n'est pas étonnant d'apprendre que certains n'aient pas su saisir le propos vu que The Trip est d'une certaine légèreté et n'est pas aussi agressif que l'on pourrait s'y attendre.
On aurait aimé aussi avoir un aperçu plus poussif des conséquences psychopathologiques que peut induire l'usage du LSD. Si le second niveau de lecture est bel et bien là et remplit sa part du contrat, on aurait aimé que tout cela soit tourné de manière plus noire, désespérée et plus probante dans ses dénonciations, sachant toutes les horreurs médicales qu'il en résulte.

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Si notre ressenti sur ce paramètre est très positif, il manque ce petit truc. Ceci dit, on se plaît, globalement, à suivre le trajet mental de Paul dans les méandres de sa conscience et de ses questionnements divers à travers une mise en scène lorgnant du côté de l'expérimental. Ainsi, les transitions fréquentes entre réalité et hallucinations sont là mais c'est surtout cet univers psychédélique qui confirmera ce style narratif si particulier. A ce niveau, nous pouvons être servi car le côté "oldschool" type de fin des années 60 et des années 70 est aux abonnés présent. On assiste à un méli-mélo de couleurs se succédant, des couleurs qui ondulent, tourbillonnent avec parfois un halo sur les bords de l'image comme en atteste l'image juste au-dessus. Certes, on peut dire que The Trip, et le mot est faible, a une réelle identité visuelle mais c'est aussi son principal défaut vu que le film en prend un sérieux coup.
Autant le dire, l'oeuvre a mal vieilli et on a plus cette impression de se retrouver face à un témoignage du passé que face à un manifeste sociologique sur pourquoi les individus consomment du LSD et autres psychotropes.

L'esthétique est, n'ayons pas peur des mots, ringarde et je vous invite à voir d'autres images pour vous faire une idée de la chose. Par contre, nous n'avons pas encore parlé de l'objet de ces hallucinations. Quelque part, on a tous ce vieux poncif que le LSD nous fait gentiment planer mais pas du tout vu que Paul sera l'objet d'hallucinations violentes qui le malmèneront et le film n'hésitera pas à verser par moment dans la violence physique. On pourra observer divers jets de sang et visions d'horreur mais aucune crainte, nous sommes loin d'une boucherie qui nécessiterait une interdiction aux moins de 16 ans. Cependant, l'interdiction est assez floue sur ce film donc le - 12 n'est pas à prendre au pied de la lettre.
La mise en scène n'hésite pas, comme dit avant, à s'aventurer sur le terrain de l'expérimental mais, malheureusement, on est au regret d'avouer que The Trip n'a pas cette attraction qui fait que nous serons pris pleinement dans l'histoire. L'intensité du récit est passable, l'attraction assure le minimum syndical tout ceci mais ne vole pas spécialement haut. Un semi-défaut surprenant alors que l'on ne s'imaginait pas qu'il serait présent. Comme quoi, l'intuition n'est pas toujours infaillible.

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Au niveau physique, j'ai déjà abordé le sujet de l'esthétique trop vieillotte mais Corman parvient à filmer de manière plus que correcte son histoire avec des plans et des cadrages de qualité. La bande sonore est aussi de qualité, bien qu'un peu timide dans des passages où elle aurait dû être présente. Pour ce qui est du casting, on a au programme Dennis Hopper, Peter Fonda, Bruce Dern, Susan Strasberg ou encore Luana Anders. Leur jeu d'acteur est plutôt crédible, passable chez certains mais tout cela est loin d'une quelconque forme de catastrophe. A l'exception de l'esthétique ringarde, tout l'aspect physique est correctement géré.

En conclusion, The Trip est une oeuvre décevante sur plusieurs points fâcheux. J'ai déjà parlé de l'identité visuelle du film qui prête à sourire avec un regard de, pile, un demi-siècle plus tard. Le propos bien pensé du film a été involontairement mis à mal par une tournure scénaristique qui fait que certains pourraient effectivement croire en une promotion de la consommation de LSD alors qu'il n'en est rien. Pourtant, il y a ce petit quelque chose qui parvient à capter notre attention malgré un rythme assez inégal. Heureusement, la caméra et la bande sonore sont bien maniées.
N'oublions pas non plus le casting qui se débrouille correctement, à défaut de nous attacher pleinement aux personnages. Il en résulte un film passable, sympathique, loin d'être indispensable qui doit être vu comme un témoignage d'une époque révolue. Déséquilibre psychique, paranoïa et perte de contact avec la réalité vous attendent si vous êtes un consommateur fréquent de LSD mais je doute fort qu'il y en ait sur le blog, du moins je pense...

 

Note : 12/20

 

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