under the shadow

Genre : horreur, épouvante
Année : 2016

Durée : 1h24

Synopsis : Téhéran, 1988. Shideh, mariée et mère d'une petite fille, va débuter une école de médecine. Son mari est appelé au front durant la Guerre entre l'Iran et l'Irak. Shideh se retrouve alors seule avec sa fille. Mais bien vite celle-ci commence à avoir un comportement troublant et semble malade. La mère se demande alors si sa fille n'est pas possédée par un esprit

La critique :

Depuis L'Exorciste (William Friedkin, 1973), le cinéma d'épouvante s'est largement polarisé sur des cas de possession, avec plus ou moins de perspicacité. En témoignent Amityville, la maison du Diable (Stuart Rosenberg, 1979), Le Dernier Exorcisme (Daniel Stamm, 2010), Poltergeist (Tobe Hooper, 1982) et son remake homonyme, Conjuring, les dossiers Warren (James Wan, 2013) et sa suite, ou encore L'Exorcisme d'Emily Rose (Scott Derrickson, 2005).
Tous ces films, anciens ou récents, marquent l'avènement d'une horreur focalisée sur notre société contemporaine. Ou lorsque les activités lucifériennes viennent tarabuster une famille, généralement en pleine décrépitude, comme si le mal s'incarnait dans nos propres failles, celle d'un monde à la fois égotiste et eudémoniste.

Et c'est ce qu'a parfaitement compris William Friedkin avec ce qui reste l'ultime référence du genre "possession démoniaque". Plus qu'un simple film d'exorcisme, Friedkin nous conviait à scruter le silence et la solitude de personnages en plein marasme, entre une mère célibataire, un prêtre qui doute de sa propre foi, ou encore d'une jeune éphèbe qui subit l'abandon et le glas du patriarcat. Nul doute que le chef d'oeuvre horrifique de William Friedkin a influencé Babak Anvari avec Under The Shadow, réalisé en 2016. Sauf que depuis L'Exorciste, nombreuses sont les pellicules anomiques ayant suscité, au mieux, une certaine amertume. Avec Under The Shadow, Babak Anvari sera-t-il capable de renouveler un genre en désuétude ?
Réponse dans les lignes à venir...
En outre, le scénario d'Under The Shadow se situe en pleine guerre entre l'Iran et l'Irak, deux pays attenants et farouchement opposés depuis belle lurette. 

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Tout l'intérêt d'Under the Shadow repose sur cette dichotomie belliciste. A la seule différence que le démon ne provient pas cette fois de mythes occidentaux mais de mythes orientaux. Ainsi, Pazuzu, la divinité démoniaque du film L'Exorciste, se transmute ici en une entité sémitique, surnaturelle et particulièrement belliqueuse : les Djinns. L'autre intérêt d'Under the Shadow est évidemment cultuel. Indubitablement, le film de Babak Anvari a au moins le mérite d'éveiller la curiosité.
La distribution du film réunit Narges Rashidi, Bobby Naderi, Avin Manshadi, Ray Haratian et Arash Marandi. Attention, SPOILERS ! Téhéran, 1988. Dans le conflit qui oppose l’Iran à l’Irak, voilà huit ans que la ville est la cible de bombardements. Après le départ de son mari au combat, Shideh doit élever seule leur fille Dorsa.

Quand le toit de leur immeuble est touché par un missile qui – miraculeusement – n’explose pas, Shideh semble progressivement perdre pied au fur et à mesure du comportement de plus en plus étrange de Dorsa. 
Essayant de trouver un sens à ces changements soudains chez sa fille, Shideh apprend par un voisin superstitieux que ce missile a dû transporter avec lui un djinn, une force surnaturelle qui voyage avec le vent et qui cherche depuis à posséder sa fille.
Shideh n’a alors d’autre choix que celui d’affronter l’esprit malveillant pour réussir à sauver Dorsa. Ainsi, la première partie d'
Under the Shadow s'apparente à une analyse sociologique d'une société iranienne en pleine déréliction. Pour Babak Anvari, c'est l'occasion ou jamais de tancer et de brocarder un régime autoritaire et phallocratique qui a toujours ostracisé les femmes, hélas condamnées à se réfugier dans le silence. 

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C'est la douloureuse expérience vécue par Shideh, promise à une carrière de médecin. Malheureusement, en raison d'anciennes activités politiques, la jeune femme doit renoncer à sa carrière et s'occuper, sans barguigner, de sa fille, Dorsa. Parallèlement, son mari est appelé à intervenir sur le front. Ainsi, nous assistons au quotidien de Shideh et de Dorsa, régulièrement inquiétées par des bombardements récurrents. Le décor et les protagonistes sont plantés.
Puis, peu à peu, l'horreur vient subrepticement s'immiscer dans ce récit sociologique. Derechef, le mal se nourrit de nos propres failles et des anfractuosités de notre société. Suite au tir d'un missile, un Djinn a élu domicile dans un immeuble et plus précisément dans l'appartement de Shideh et de sa petite famille. La mère et la fille doivent alors se colleter avec une force qui les dépasse.

En l'occurrence, cette entité méphistophélique va mettre leur lien maternel à rude épreuve via un support objectal : une poupée symbolique qui semble protéger Shideh et Dorsa d'assauts réguliers. A priori, Under the Shadow possède de solides arguments pour convaincre sur sa courte durée, à peine une heure et 25 minutes de bobine. Indiscutablement, Babak Anvari n'est pas un manchot derrière la caméra et nous gratifie de plusieurs séquences d'épouvante solidement troussées.
Toutefois, sur la partie horrifique, Under the Shadow ne parvient jamais - ou trop rarement - à se démarquer de la concurrence pléthorique pour se hisser dans le haut du panier. De facto, les séquences lucifériennes sont beaucoup trop élusives pour marquer durablement les persistances rétiniennes. En vérité, le film brille davantage quand il se centre sur ce drame à caractère politique, sociologique et idéologique, mais néanmoins transcender sa copie, certes de facture honnête.
N'est pas William Friedkin qui veut.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver