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Genre : Animation, fantastique, science-fiction (interdiction non mentionnée)

Année : 1981

Durée : 1h30

 

Synopsis :

Suite à l'arrivée d'un mystérieux engin tout venu de l'espace, une lueur verte nommée le Loc-Nar répand son pouvoir maléfique sur toute la surface de la Terre. Mais qui aura donc le courage de la stopper ?

 

La critique :

Lentement mais sûrement, Cinéma Choc commence à s'enorgueillir de films d'animation majeurs et transgressifs et aujourd'hui, on va enrichir ce petit catalogue avec une oeuvre d'animation peu connue à notre époque et qui porte le doux nom de Métal Hurlant, sorti en 1981 et mis en scène par la plume canadienne, à savoir Gerald Potterton, un nom qui ne vous dira probablement pas grand-chose. Faites-moi signe si vous avez déjà entendu parler de The Railrodder, My Financial Career ou encore Le Prince Heureux. Définitivement, le long-métrage chroniqué aujourd'hui reste son oeuvre la plus connue. Les plus anciens que moi et mes 23 jeunes années au compteur doivent sans doute se souvenir du magazine de bande dessinée éponyme, créé dans les années 70, par Dionnet, Moebius et Druillet, et de sa version américaine Heavy Metal.

Il existe un deuxième film de même inspiration, Heavy Metal 2000 mais dont le seul lien avec le premier est la reprise de l'épisode final. Il conviendra aussi de dire que Luc Besson s'inspira grandement du film chroniqué aujourd'hui pour le taxi de Bruce Willis, entretenant des rapports avec l'épisode Harry Canyon. De plus, l'intrigue est similaire : un chauffeur de taxi recueille une jeune femme et la soustrait à la fois à ses poursuivants directs et aux forces de police. Ceci étant dit, il convient de mettre en évidence la relative confidentialité de cette histoire à sketchs, dont je n'ai appris l'existence que par hasard dans la liste des derniers films proposés en téléchargement sur le regretté ancien Zone-Téléchargement. Mais j'ai martelé à de nombreuses reprises que confidentialité ne rime pas automatiquement avec mauvais film. Est-ce le cas ici ? Réponse dans la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Métal Hurlant se compose d'une suite d'histoires reliées par un thème : toutes mettent en scène le pouvoir maléfique et les méfaits d'une immonde lueur verte, le Loc-Nar. Sur ce fil conducteur se greffent tout l'humour et la dérision des auteurs du Métal hurlant des années 1980.

Bref comme vous l'avez compris, Métal Hurlant n'est pas un unique film à proprement parler mais bien une succession d'histoires qui sont toutes reliées par un seul et unique thème, soit le Loc-Nar. Cette entité sphérique et verte fluorescente dont l'origine de sa création est inconnue est représentée comme l'ange de la mort semant le chaos et la désolation partout où elle passe. A ce niveau, on pourrait postuler le fait que le Loc-Nar n'est ni plus ni moins que la représentation imagée des bas instincts de l'homme qui ne peut se défaire de ses pulsions primitives reposant sur la violence et la domination. Car c'est bien en cela qu'est axé cette anthologie : sur la violence omniprésente et/ou banalisée, là où extraterrestres et êtres humains cohabitent de manière étroite et méfiante.
L'idée est plus qu'intéressante car un film d'animation pour adultes suscite toujours une curiosité et une attraction inexplicables. Peut-on adresser nos louanges à ce Métal Hurlant ? Malheureusement, on reste déçu par le traitement proposé. Sans doute la faute à ce que l'on en attendait trop mais aucune inquiétude, on est loin du mauvais film.

Au total, on retrouve 7 histoires fantastiques : Grimaldi, Harry Canyon, Den, Captain Sternn, B-17, So Beautiful and So Dangerous et enfin Taarna. Ces histoires sont radicalement différentes dans leur tonalité et leur contexte. Harry Canyon est une classique intrigue policière avec un taxi-driver venant au secours d'une belle en détresse, dans un New-York sale et futuriste où la violence est intégrante et pire, banalisée. D'obscurs personnages cherchent à récupérer le Loc-Nar. Den voit un petit garçon transmuté en une sorte de Goliath et se retrouvant dans un monde fantastique où il devra faire face aux ambitions machiavéliques de plusieurs personnages pour obtenir ou conserver le Loc-Nar.
Dans Captain Sternn, on assiste au procès du... capitaine Sternn, personnage dont la ressemblance avec Superman est frappante et collectionnant tous les vices possibles. Au cours de ce procès, le Loc-Nar sèmera le désastre. B-17 est tiré d'une histoire du scénariste d'Alien où les membres décédés d'un avion de guerre se transforment en zombie sous l'effet du Loc-Nar. Dans So Beautiful and So Dangerous, on suit l'expédition d'extraterrestres "sniffeurs" de coke sur Terre, où ils enlèvent deux humains dont une superbe secrétaire. Enfin, Taarna raconte l'aventure d'une guerrière, dernière de sa race, qui aspire à venger les siens. L'épisode Grimaldi sera sous forme de transition entre les différentes histoires et contera l'histoire d'un père ramenant le Loc-Nar chez lui pour la montrer à sa fille mais il se retrouvera volatilisé par celui-ci. La relique commencera alors à terrifier la fille tout en lui parlant.

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Si Métal Hurlant se suit sans que l'on ne se ronge trop les ongles, il possède un problème de taille résidant dans la qualité de ses histoires. Alors que certaines seront géniales, je pense à Harry Canyon, B-17 et Taarna, d'autres seront un cran en-dessous telles So Beautiful and So Dangerous (et encore, cette histoire est très plaisante à suivre mais pas du niveau des 3 histoires citées précédemment) ou Grimaldi. Mais le pire est que certaines procureront un sentiment total de désintérêt sur l'histoire. Den et Captain Sternn en sont les exemples. Comment cela a-t-il pu se produire ? Tout simplement car le film a été fait dans l'urgence et que la création des différentes histoires a été répartie entre plusieurs studios d'animation, ce qui explique aussi le dessin différent par moment.
Il n'en fallait pas plus pour gâcher le potentiel d'une anthologie qui aurait pu être superbe si elle ne s'était pas retrouvée entre les mains de producteurs incompétents. Du coup, on a cette impression d'un manque d'ambition qui clignote par moment à l'écran. Pire encore, une histoire a dû être coupée pour réduire la durée. Cette histoire, du nom de Neverwhere Land, devait se situer entre Captain Sternn et B-17 et voyait le Loc-Nar tomber sur la Terre pour la corrompre, de la préhistoire jusqu'à la seconde guerre mondiale. Une histoire vraiment intéressante qui passa à la trappe. Etrange quand on sait que Métal Hurlant ne dure qu'à peine 1h30. Difficile de comprendre l'excuse du raccourcissement de la durée.

Maintenant, si on devait se baser sur l'aspect technique du film, là nous pouvons être pleinement comblés. Métal Hurlant appartient à cette génération de dessins animés occidentaux (je précise !!) qui ne pourrait être produit aujourd'hui. Potterton met en scène un savant mélange de violence, de nudité, le tout sous fond de rock and roll qui ne peut que plaire au spectateur le plus récalcitrant. La transgression est mise en avant alors que les années 80 n'étaient pas encore suffisamment prêtes à ce type de délire. Nous sommes en 1981, dans une époque où le dessin animé était vu pour les enfants.
Même Ken le Survivant, qui créa scandale à l'époque car la violence ne pouvait faire ménage avec le dessin animé, sortit plus tard chez nous. Dans Métal Hurlant, la violence est omniprésente, le sang est affiché à l'écran (sans effluves importantes) et les femmes se déshabillent à outrance alors que nous pouvons assister à certains rapports sexuels lorgnant plus vers un érotisme timide que vers de la pornographie. Ceci peut s'expliquer par le fait qu'il n'y ait aucune femme dans les concepteurs du film et on comprend tout de suite un peu mieux.

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Le dessin est beau, avec un côté borderline bien marqué et a très bien vieilli, au détriment de nombreuses oeuvres d'époque. Un grand travail a été effectué sur la conception des corps (hé, hé, hé...) et on appréciera plusieurs audaces graphiques. En effet, les concepteurs eurent recours à l'utilisation du Rotoscope, l'ancêtre des capteurs et consistant à dessiner par-dessus les images filmées d'une personne en mouvement. Ainsi, la guerrière Taarna a existé en la personne du top model Carole Desbiens.
Il y a une utilisation ingénieuse de multiples techniques précédant l'essor des possibilités de l'informatique et de l'infographie. Des objets grandeur nature (une Corvette), des modèles réduits (un avion B-17) ou des paysages désertiques ont été filmés et intégrés aux dessins. Une caméra multi plane de 5 mètres fut utilisée pour donner de la profondeur de champ à des scènes aériennes. Vous l'avez compris, Métal Hurlant est fascinant par son côté novateur dans sa production.

En conclusion, Métal Hurlant est une oeuvre bien difficile à noter en raison d'un panel de grandes qualités mais aussi de défauts gênants. Si tout l'aspect physique, sonore et esthétique fait des merveilles et qu'il y a de très bonnes histoires, on retrouvera à côté un sérieux manque de gnaque par moment, une intensité pas toujours présente ainsi que des histoires basiques, voire même insipides. Cela porte un nom : le phénomène de dent-de-scie. Pourtant, malgré ces cruels défauts, Métal Hurlant mérite d'être vu, ne fut-ce que pour ses révolutions techniques, son aspect borderline et sa tonalité transgressive. Un vestige d'un passé révolu de liberté cinématographique loin d'être indispensable qui plaira sans doute aux fans du magazine. 

 

Note : 13/20

 

 

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