Taeter_City

Genre : horreur, gore, trash, science-fiction (interdit aux - 16 ans)
Année : 2013

Durée : 1h12

Synopsis : Taeter City. Une cité en paix. Les meurtriers, poussés par les des antennes Zeed à révéler leurs bas instincts et à se suicider, sont collectés comme source de nourriture et vendus dans les restaurants Taeter Burger. Toutefois, un meurtrier semble avoir muté au contact des ondes, décuplant ses forces et lui permettant lui aussi d’émettre des ondes Zeed transformant tout le monde à proximité en tueur assoiffé de sang. 

La critique :

Les thuriféraires du cinéma trash et extrême connaissent forcément le nom de Giulio De Santi, un cinéaste italien essentiellement spécialisé dans les pellicules outrancières et "craspecs", à la fois influencées par le cinéma d'horreur italien des années 1970 et 1980 (principalement Lucio Fulci et Dario Argento), la culture manga et l'univers déployé par les productions Troma (en particulier, la série des Toxic Avenger). Dès 2011, Giulio De Santi assène un véritable uppercut avec Adam Chaplin, une sorte de Ken le survivant version live, estourbissant le spectateur à coup de séquences gore, comme si Ricki-Ho : Story of Ricky (Ngai Choi Lam, 1991) rencontrait le cinéma gothique, baroque et eschatologique de Lucio Fulci. Giulio De Santi confirme cette fascination pour l'horreur outrancière avec ses pellicules suivantes, notamment Hotel Inferno (2013), Infidus (2015), The Mildew from Planet Xanader (2015) et Hotel Inferno 2 : The Cathedral of Pain (2017).

Vient également s'ajouter Taeter City, sorti en 2013, et qui constitue le second long-métrage de Giulio De Santi. Avec Adam Chaplin, Giulio De Santi a imprimé un style irrévocable et brut de décoffrage. Une recette que le cinéaste est bien décidé à réitérer avec Taeter City. Autant l'annoncer de suite. Même auprès des amateurs du cinéma trash, Taeter City ne fait pas vraiment l'unanimité. Nombreux sont les contempteurs à persifler après une mise en scène un brin redondante et grandiloquente.
A contrario, les fans encensent une pellicule couillue qui se démarque des longs-métrages habituels, rompant avec un cinéma d'horreur traditionnel à l'agonie depuis presque une décennie. Inutile alors de préciser que Taeter City n'a pas bénéficié d'une sortie dans les salles obscures. Néanmoins, le film est disponible en vidéo ou encore par l'intermédiaire du streaming.

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Inutile aussi de mentionner la distribution du film à moins que vous connaissiez les noms de Monica Munoz, Ricardo Valentini, Santago Ortaez, Wilmar Zimosa, Enrique Sorres et Pierluigi Nitas, mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! Taeter City. Une cité en paix. Les meurtriers, poussés par les des antennes Zeed à révéler leurs bas instincts et à se suicider, sont collectés comme source de nourriture et vendus dans les restaurants Taeter Burger.
Toutefois, un meurtrier semble avoir muté au contact des ondes, décuplant ses forces et lui permettant lui aussi d’émettre des ondes Zeed transformant tout le monde à proximité en tueur assoiffé de sang. A l'aune de ce synopsis, force est de constater que Taeter City se nimbe de diverses influences. Par certaines accointances, le script de Taeter City n'est pas sans rappeler celui de Minority Report (Steven Spielberg, 2002).

Là aussi, il est question d'une société autocratique et totalitaire qui s'ingénie à débusquer les potentiels criminels. Mais depuis Minority Report, la société humaine a franchi un cap supplémentaire vers la déliquescence. Les futurs forfaitaires ne sont plus condamnés à être enfermés dans des containers cryogénisés. Désormais, leur chair putride doit servir de nourriture à une chaîne de hamburgers ! A travers ce synopsis, pour le moins atypique, Giulio De Santi pose la question de la moralité ou plutôt de son antithèse. Qui est le plus amoral ?
Celui qui est décrié comme un sadique ou un pervers ? Ou une société qui se nourrit de leurs impudicités pour les refourguer à la populace ? Que soit. Taeter City n'a pas de telles velléités philosophiques. De facto, hormis quelques analogies furtives, le long-métrage se situe à mille lieux de Minority Report.

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De surcroît, plutôt que la réflexion, Taeter City privilégie davantage les effusions sanguinolentes, les cervelles cisaillées, le gore qui tâche et qui pique les yeux, les plaies béantes, les énucléations rutilantes, ainsi que les démembrements ad nauseam ! La grande force du film repose donc sur ce mélange hétéroclite entre la science-fiction, une société décadente et avilie par le cannibalisme, et une violence trash et délicieusement érubescente. Les amateurs de tripailles et de barbaques seront donc en terrain connu et quasiment conquis.
Avec Taeter City, Giulio De Santi a le mérite de déployer un univers fantasmagorique souvent déviant mais un brin futile et pour le moins redondant. Par-là, comprenez que les nombreux atouts du film sont aussi ses défauts les plus embarrassants.

Désolé donc de corroborer la majorité des critiques à l'encontre du film en dépit de ses qualités inhérentes ! Si un grand soin a été apporté aux effets spéciaux et aux maquillages, pour le moins impressionnants, la mise en scène brille aussi par ses atermoiements et son amphigourisme. Curieusement, Taeter City ressemble, à s'y méprendre, à la diatribe du capitalisme qu'il admoneste et vilipende. A l'instar de cette machine lucrative et impitoyable, lui aussi se nourrit du voyeurisme et des pulsions primaires qui nous animent pour nous proposer un spectacle parfois indigeste et régulièrement entrecoupé de spots publicitaires. Un oxymore. 
In fine, difficile de s'attacher aux divers protagonistes du film tous condamnés, par ailleurs, à finir en bouillie ou en charpie (vous choisirez). Or justement, on aurait aimé que Giulio De Santi s'attarde un peu plus sur ce processus de déshumanisation transformant les individus en des créatures hybrides, protéiformes et formatées par un univers à la fois omnipotent et égotiste, nouvel apanage d'une globalisation exponentielle. Indubitablement, Taeter City possède un vrai potentiel. Hélas, c'est une certaine amertume qui point lors du générique final.

Note : 12/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver