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Genre : Drame, thriller (interdit aux - 12 ans avec avertissement)

Année : 2013

Durée : 1h30

 

Synopsis :

À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy. Le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics.

 

La critique :

C'est toujours quelque peu délicat de se décider à chroniquer un film avec, sur la pochette, le petit logo du festival de Cannes. On tient fréquemment un film sujet à la polémique alors quand, en plus, on a derrière un réalisateur tout autant polémique en la personne de Nicolas Winding Refn, la difficulté est d'autant amplifiée. Le créateur du très bon Drive, de l'étrange et parfaitement non notable Valhallah Rising, la trilogie Pusher ou dernièrement The Neon Demon défraie les festivals à chaque sortie d'une nouvelle oeuvre et le film d'aujourd'hui, du nom de Only God Forgives, n'y échappe pas.
De fait, la genèse du film commence lors d'une crise existentielle du réalisateur. Alors que sa femme et lui attendent leur second enfant, il a l'idée d'avoir un personnage qui veut se battre contre Dieu, sans savoir la raison. Au cours de la projection au festival de Cannes édition 2013, une partie du public s'en va et à la fin de la projection, sifflements et acclamations se mélangent.

Indubitablement, le film divise à sa sortie en raison d'un style très personnel dans lequel Only God Forgives s'est engouffré. Pire encore, le film écope carrément d'une interdiction aux moins de 16 ans qui sera par la suite révisée en interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. Malgré les habituels débats, l'oeuvre remporte un grand succès et permit encore à Winding Refn de s'imposer comme l'un des cinéastes majeurs de notre époque contemporaine dans un cinéma toujours plus conformiste et axé autour du fric facile. Fait amusant : la stupide Ségolène Royal s'emportera avec toute sa maestria habituelle de femmes bien-pensantes contre la ministre de la culture en l'accusant de laxisme envers les familles pour satisfaire les producteurs du film qu'elle qualifie d'ultra-violent.
Un jour, il faudrait penser à la mettre devant un film de Tohjiro juste pour observer sa réaction. Bon, je vois que je m'emporte donc passons sans plus attendre à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Julian vit en exil à Bangkok où il dirige un club de boxe thaïlandaise servant à des opérations de contrebande et au trafic de drogue. Quand son frère Billy est tué, leur mère Crystal arrive dans la ville pour rapatrier le corps. Elle veut venger son fils aîné et force le cadet à trouver l’assassin. Les contacts de Julian dans la criminalité le conduisent directement à Chang, un officier de police à la fois juge et bourreau. Crystal demande que Julian tue Chang, un acte qui va lui coûter cher.

Difficile d'analyser correctement un film comme Only God Forgives tant nous sommes déboussolés dès les premières minutes de visionnage. Refn nous invite à pénétrer dans un monde où la violence semble faire corps avec les personnages pour ne créer qu'une seule entité gouvernée par les pulsions meurtrières et répandant le mal autour d'elles. A ce niveau, Bangkok, réputé pour ses milieux criminels, est un choix de taille pour dérouler son récit car la ville même est déjà reflet de la violence. C'est dans ce contexte houleux et dangereux qu'évolue Julian, jeune homme ayant fui sa patrie pour d'obscures raisons et qui s'est reconverti en truand notoire. Julian, c'est aussi le reflet d'un homme excessivement torturé, détaché du concept même de la vie et renfermé sur lui-même.
Le cinéaste met en scène un personnage profond, qui ne s'ouvre pas aux autres et se replie dans sa bulle. On peut facilement compter son nombre de phrases au fur et à mesure du récit tant le mutisme est prépondérant chez lui. Un traitement qui en décontenancera plus d'un et qui aura son lot de détracteurs (et c'est compréhensible) mais le fait est que Julian ne laisse pas indifférent tant sa solitude est forte.

Rapidement, un événement grave va chambouler le destin de cette famille éclatée car Billy, le frère aîné, se fait tuer après avoir sauvagement violenté une prostituée. Retour de karma me direz-vous mais la matriarche ne l'entend pas de cette façon et est bien décidée à venger son fils en recrutant Julian afin qu'il trouve et tue le meurtrier. De fait, si le personnage principal interpelle dans un premier temps, c'est tout l'environnement familial qui suscite notre curiosité et dérange. Absolument personne n'est à sauver dans l'histoire entre une mère désavouant, humiliant son propre fils tout en glorifiant son fils aîné et partie intégrante d'une organisation criminelle, un frère assassin et un truand des bas quartiers. On pourrait postuler l'hypothèse que Julian n'a pas su obtenir une forme d'épanouissement personnel dû à une mère détestable et un père dont nous n'entendrons jamais parler.
Il est donc aisé de deviner sans trop de problème le fait que Julian se soit renfermé sur lui-même. Mais tout reste dans le domaine de l'abstrait et c'est cela qui complexifie Only God Forgives.

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Donc, une enquête commencera à prendre forme et la piste débouchera sur un étrange policier du nom de Chang, bourreau et justicier et qui n'est pas sans rappeler Dieu punissant les infidèles et protégeant les victimes. Un combat tant physique que métaphysique va alors prendre forme entre un truand se mesurant à ce Dieu tout puissant qui, jamais, ne sera atteint dans son intégrité physique. Ce fait est parfaitement observable au cours de ce combat de boxe entre Julian et Chang où Julian sera tabassé sans qu'il n'ait pu, ne fut ce que, toucher son adversaire. Refn crée ici une vraie allégorie de l'homme se mesurant à Dieu mais qui ne rencontrera que la défaite, la souffrance et le malheur sur son chemin. Se mesurer à Dieu est vain mais n'est-ce pas là une forme de rédemption que Julian cherche ?
Le fait de pouvoir croire en quelque chose, en un Dieu qui puisse l'exorciser de tous ses péchés commis ? La question mérite d'être posée. On pourrait aussi aller un peu plus loin en analysant plus en profondeur les relations entre Julian et sa mère où il apparaît comme un foetus sans défense face à sa Mère toute puissante. Une variation du mythe d'Oedipe en quelque sorte.

De manière progressive, une attraction étrange s'amorce et nous finissons par éprouver un certain intérêt sur le devenir de chaque personnage. Cette attraction est, en grande partie, renforcée par l'esthétique clinquante dont se pare Only God Forgives. Les allergiques aux couleurs flashy sont donc priés de faire un petit tour car Refn n'y va pas de main morte et use à foison de toutes les couleurs possibles pour l'intégrer dans les décors. Il en résulte un film splendide visuellement mais qui ne plaira pas à tout le monde. Cet aspect esthétique crée une dichotomie subtile entre le trait beau et relaxant de cette myriade de couleurs et le climat baigné dans une violence amorale.
Je rappelle que Tarantino fut critiqué pour une représentation esthétique de la violence. Qu'en est-il ici ? Je pense que cette oeuvre peut parfaitement s'imbriquer dans la stylisation de la violence mais ce n'est que mon avis.

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Quelque part, ce trait très singulier parvient à conférer une véritable identité à Only God Forgives, finissant par s'enorgueillir d'un trait expérimental fort marqué. Difficile de rechigner devant ces plans qui nous font nous rincer les yeux. Ceux-ci sont bien pensés et les cadrages sont toujours bien montés. Vous allez me dire que l'oeuvre est à un rythme très posé mais il n'est pas rare que certains films évoluant dans ce registre ne savent pas mettre leurs décors bien en évidence. Pour ce qui est de la bande sonore, on évolue dans une tonalité zen, reposante mais agréable.
Encore une fois, il faut aimer. Au niveau du casting, on retrouve Ryan Gosling, un acteur que j'aime beaucoup car, malgré sa belle gueule qui pourrait lui ouvrir les portes de la célébrité via des blockbusters décérébrés, il officie dans du cinéma pointilleux et travaillé. La sortie de Lost River (chroniqué sur le blog pour les intéressés, l'une de mes premières chroniques d'ailleurs) qu'il réalisa, peut en témoigner. Kristin Scott Thomas est impeccable dans le rôle de cette marâtre rongée par la méchanceté. On appréciera beaucoup la prestation de Vitaya Pansringarm, dans le rôle de Chang, loin du psychopathe cliché. Son apparence est tout ce qu'il y a de plus quelconque et sans le moindre artifice. Un homme comme les autres en gros. Le reste du film se composera de Tom Burke, Ratha Pohngam ou encore Byron Gibson mais ceux-ci ne présentent que peu d'intérêt.

En conclusion, Only God Forgives est l'archétype même du film qui divisera les spectateurs entre ceux acclamant et ceux hurlant à l'imposture. Pourtant, on est interpellé par la destinée de cette famille en plein tourments et de cette violence perturbante qui en résulte. Le film pourra être taxé de prétentieux par certains mais il existe une vraie profondeur scénaristique, pas évidente à déceler, je vous l'accorde. Si l'on rajoute une esthétique ravissante et recherchée mais très clinquante, cela ne peut que plaire aux amoureux du visuel filmique. Un long-métrage difficile d'accès nécessitant une certaine ouverture d'esprit avant d'être visionné. Personnellement, le pari est amplement réussi à mes yeux mais quoi que l'on en dise, difficile de noter de manière viable ce qui est probablement le film le plus austère de la filmographie de Refn.

 

Note : ???

 

 

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