nymphomaniac volume 1

Genre : drame, érotique (interdit aux - 16 ans)
Année : 2013
Durée : 1h58

Synopsis : La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours

La critique :

Réalisateur, producteur et scénariste danois, Lars Von Trier fait partie des invités réguliers de la Croisette lors du festival cannois. Influencé par les univers contemplatifs et dogmatiques de Carl Theodor Meyer, Ingmar Bergman et Andreï Tarkovski, Lars Von Trier impose, à travers sa filmographie complexe et exhaustive, son propre style. En l'occurrence, son univers convie le spectateur à sonder les anfractuosités de la conscience, de l'inconscience, de l'âme et de la psyché humaine.
Sa carrière cinématographique débute dès 1967 via plusieurs courts-métrages. C'est en 1984, avec Element of Crime, qu'il signe son tout premier long-métrage. Viennent également s'ajouter Epidemic (1987), Europa (1991), Breaking the Waves (1996), Dancer in the Dark (2000), Antichrist (2009), ou encore Melancholia (2011).

A travers cette filmographie, on retrouve ponctuellement cette fascination pour la sexualité à la fois reliée au désir (Eros) et à la mort (Thanatos). Une didactique que Lars Von Trier décide d'étayer à travers Nymphomaniac - Volume 1, sorti en 2013. Conçu tout d'abord comme un seul et unique long-métrage, le film initial dépasse la durée astronomique de 5h30 de bobine. Dans un premier temps rétif, Lars Von Trier refuse tout compromis. Mais son producteur, Peter Aalbaek Jensen, décide de minorer ses ardeurs en ne retenant que quatre heures de film, finalement divisées en deux parties.
Nymphomaniac se transmute donc en diptyque érotique narrant les aventures et les pérégrinations d'une femme, Joe, érotomane. Nymphomaniac s'inscrit également dans le sillage et le continuum d'Antichrist puisque pour les séquences de sexe explicites, les organes génitaux d'acteurs pornographiques sont substitués à ceux des acteurs classiques.

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Dans un premier temps, Nymphomaniac - Volume 1 écope d'une interdiction aux moins de 12 ans. Mais la commission de classification se ravise et opte finalement pour une interdiction aux moins de 16 ans. En revanche, Nymphomaniac - Volume 2 récolte directement une interdiction aux moins de 18 ans. La distribution de ce premier segment réunit Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Shia LaBeouf, Stacy Martin, Christian Slater, Sophie Kennedy Clark, Uma Thurman, Connie Nielsen et Jesper Christensen. Généralement dithyrambiques à chaque nouveau film de Lars Von Trier, les critiques et la presse cinéma se montrent beaucoup plus pondérées à l'égard de ce premier chapitre.
Selon la presse spécialisée, Lars Von Trier aurait même tendance à se répéter via ce nouvel essai sur le désir. C'est ce que nous allons tenter de décortiquer à travers cette chronique.

Attention, SPOILERS ! La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.
A l'aune de cette première section, on comprend mieux le scepticisme de la presse intellectuelle. Attention à ne pas voir Nymphomaniac comme une suite ou une séquelle d'Antichrist même si les deux films partagent certaines analogies !

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Contrairement aux précédents essais de Lars Von Trier, Nymphomaniac - Volume 1 ne s'apparente pas à une exploration de notre psyché soumise aux pulsions archaïques et primitives. En l'état, le long-métrage sonde et analyse le parcours d'une femme victime de ses propres satyriasis. Recueilli par Seligman, un vieil homme, Joe espère comprendre la genèse de ses troubles en narrant tous les événements de sa vie intrinsèquement reliés à la seule pulsion sexuelle.
Point d'amour esquissé pour la gente masculine. En outre, les hommes ne constituent que de vulgaires appâts faciles à flagorner et à séduire. C'est finalement le retour à l'érotisme et à la pornographie des années 1970 lorsque les femmes, débarrassées d'un joug dit masculin, décident de s'accaparer l'univers fantasmatique.

Or, Lars Von Trier semble s'ébaudir de cette cinquantenaire au comportement suranné. Le désir doit supplanter l'amour justement pour ne pas éteindre cette flamme et cette fascination décrétée par les civilisations gréco-romaines. Tout d'abord magnanime avec son héroïne, le cinéaste tance, ridiculise et répudie cette femme érotomaniaque par la suite via d'habiles subterfuges, sans néanmoins éluder certaines caricatures. Joe ne ressentirait pas la moindre once d'émotion pour ses nombreux amants, à la seule exception de son patriarche.
Ou lorsque la nymphomane s'acoquine et s'énamoure de son propre père ! Bonjour le bon vieux poncif !
Toutefois, Lars Von Trier brouille volontairement les pistes en raillant à son tour tous ces stéréotypes. Pour le metteur en scène, le désir doit retrouver sa genèse initiale et ne plus se déliter sous le doxa unique et irrévocable de l'amour, cette idéologie pernicieuse adoubée par le capitalisme ; et qui a engendré le divorce de masse.

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Dans ce carcan scénaristique, Lars Von Trier nous gratifie parfois de séquences sublimes. A contrario, certaines saynètes à priori outrageantes frisent souvent le ridicule mais ne manqueront pas d'effaroucher les esprits les plus pudibonds. En l'occurrence, difficile réellement d'affirmer l'aspect féministe de cette première section tant Lars Von Trier s'emploie à obliquer dans diverses directions. D'ailleurs, on se demande un peu quel est le message ânonné par le cinéaste.
En vérité, l'intérêt de Nymphomaniac - Volume 1 ne repose pas sur le personnage de Joe, mais sur celui de Seligman, un célibataire asexuel (asexué...) qui semble mirer sa propre impuissance face à cette jeune femme peu farouche, mais lui-même attiré par cette vie de débauche qu'il a certainement loupée. Vous l'avez donc compris. Exempt son casting d'exception et quelques introspections parfois intéressantes, Nymphomaniac - Volume 1 reste un cru mineur dans la filmographie de Lars Von Trier. C'est donc la déception qui point lors du générique final.

Note : 11/20

sparklehorse2 Alice In Oliver