running man

Genre : action, science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 1987
Durée : 1h41

Synopsis : Los Angeles, 2019. Des candidats, sélectionnés parmi la population carcérale, s'affrontent à mort dans le cadre d'une émission de télévision à succès. 

La critique :

Evidemment, le nom de Paul Michael Glaser rime invariablement avec la série Starsky et Hutch (1975 - 1979). Pourtant, avant ce rôle notoire, le comédien a déjà oeuvré dans plusieurs séries télévisées, via des apparitions furtives dans d'autres séries proverbiales, notamment Le Sixième Sens (1972), Cannon (1972), Les rues de San Francisco (1972), ou encore Kojak (1974). Par la suite, l'acteur tiendra derechef des rôles subsidiaires dans New York 911 (2004), The Closer (2008), Esprits Criminels (2008), Numbers (2008), ou encore Mentalist (2009).
Mais Paul Michael Glaser, c'est aussi une carrière de réalisateur qui débute dès 1986, avec le méconnu Le Mal par le mal. Sa carrière cinématographique se poursuivra avec Le feu sur la glace (1992), Un Joueur à la Hauteur (1994) et Kazaam (1998), un dernier film qui fait office d'immondice.

En outre, Running Man, sorti en 1987, constitue donc sa deuxième réalisation et aussi son film le plus populaire. Et pour cause... Puisqu'il s'agit de l'adaptation cinématographique d'un roman homonyme de Stephen King. Par ailleurs, l'opuscule originel est souvent considéré comme un cru mineur dans la bibliographie de Stephen King. Le célèbre cacographe n'a jamais caché sa principale source d'inspiration, à savoir le livre intitulé The Prize of Peril, de Robert Sheckley.
Un roman qui, à son tour, fait l'objet d'une adaptation ciné avec le bien nommé Le Prix du Danger (Yves Boisset, 1983). Pour l'anecdote, les producteurs du long-métrage français (cocorico !) engageront un procès contre les sociétés TriStar Pictures et Republic Picture pour plagiat éhonté. Mais Paul Michael Glaser n'en a cure et souhaite rapidement engager un acteur musculeux, preste et athlétique pour revêtir les oripeaux de Ben Richards, un ex-flic sommé de participer à un jeu de télévision violent et débridé, The Running Man.

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Par certaines accointances, Running Man n'est donc sans rappeler le speech de La Course à la Mort de l'an 2000, aka Les Seigneurs de la Route (Paul Bartel, 1975), ainsi que le script virulent de Rollerball (Norman Jewison, 1975). A l'instar de ces séries B d'action et de science-fiction, Running Man se déroule lui aussi dans une société autocratique et obnubilée par le crime, qui espère éradiquer les tendances sociopathes via le retour des jeux du cirque. 
De facto, les participants s'apparentent eux aussi à des gladiateurs modernes qui doivent triompher de la mort pour à la fois remporter le prix et s'octroyer l'affabilité de la plèbe. Contre toute attente, Running Man ne remportera pas le succès escompté, au grand dam d'un Paul Michael Glaser dépité. Avec Kalidor (Richard Fleischer, 1985), le long-métrage dépasse péniblement le million d'entrées.

La distribution de Running Man se compose d'Arnold Schwarzenegger, Maria Conchita Alonso, Yaphet Kotto, Richard Dawson, Marvin J. McIntire, Jesse Ventura, Mick Fleetwood et Jim Brown. Attention, SPOILERS ! Los Angeles, 2019. (1) Un policier, Ben Richards, est arrêté pour avoir désobéi aux ordres en refusant de tirer sur une foule innocente et affamée. Lorsqu'il s'évade de prison, il est remarqué par un animateur de télévision, Damon Killian, qui veut l'engager (contre son gré) pour son émission The Running Man, dans laquelle un homme doit échapper à des tueurs lancés à ses trousses afin d'être libéré de prison (1). Certes, par d'habiles stratagèmes, Paul Michael Glaser dissémine un message, celui d'une populace assouvie par les médias, le but étant d'assainir une colère grandissante.
Paul Michael Glaser a parfaitement cerné l'un des apanages de Big Brother ("L'ignorance, c'est la force"), à savoir la manipulation de masse.

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Hélas, ce message est prestement éludé au profit de la star montante des années 1980, Arnold Schwarzenegger. Pour l'anecdote, Christopher Reeve sera longtemps envisagé pour interpréter Ben Richards. Mais le comédien manque de charisme et de désinvolture. De surcroît, Arnold Schwarzenegger ressort du tournage harassant de Commando (Mark L. Lester, 1985). Ipso facto, Running Man doit s'acheminer sur la même didactique et vanter les prouesses athlétiques de son acteur principal. Un oxymore. Alors que Running Man devait s'apparenter à une nouvelle version de 1984 (le célèbre opuscule de George Orwell), le voici affublé des muscles et de la testostérone de Schwarzy en pleine séance de gonflette ! Le comédien est donc égal à lui-même et délivre une prestation... bah... euh... musclée !
Bref, Schwarzy remplit doctement son office et dégomme tous ses assaillants avec une étonnante dextérité.

In fine, Running Man, c'est une sorte de Commando habilement disséminé. Non seulement, Arnold Schwarzenegger campe derechef un héros impavide et invulnérable, mais il est également flanqué d'une jeune femme (Amber Mendez campée par Maria Conchita Alonso) insupportable, qui passe son temps à gémir et à pousser des cris d'orfraie. A l'instar du fameux Commando, les répliques absconses et triviales s'enchaînent sans barguigner.
Ben Richards : Je reviendrai !
Damon Killian : Oui mais alors dans une rediffusion !
Dans ce carcan scénaristique, Running Man fonctionne un peu, beaucoup, énormément comme un jeu vidéo débridé.

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Ainsi, chaque boss éminent constitue l'adversaire à abattre pour passer au niveau suivant. Sur ce dernier point, Paul Michael Glaser, en mode rouleau compresseur, ne nous refuse aucune excentricité et nous gratifie d'un japonais hystérique et fan de hockey sur glace, ou encore d'un bibendum sévèrement électrifié. Entre deux pugilats et des conflagrations ad nauseam, Paul Michael Glaser se polarise de nouveau sur cette pseudo révolte menée par des (faux) sosies du Che.
Indubitablement, le cinéaste a bien conscience de l'inanité et de la vacuité de son scénario. Sous ses faux airs de grosse production racoleuse, Running Man n'en demeure pas moins une série B savamment déguisée. Nous voici donc devant une gaudriole joyeusement décérébrée qui tente laborieusement de mimer Soleil Vert (Richard Fleischer, 1974), Brazil (Terry Gilliam, 1985) et 1984 le film (Michael Radford, 1984), sans néanmoins posséder leur idéologie ni leur érudition.
Pourtant, en dépit de ses défauts rédhibitoires, Running Man reste un divertissement tout à fait honorable, à condition de faire abstraction de sa goguenardise et de sa promotion béate d'un comédien au firmament de sa gloire. Ma note finale pourra donc paraître infiniment clémente...

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Running_Man_(film)