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Genre : Science-fiction, thriller, expérimental (interdit aux - 12 ans)

Année : 2010

Durée : 1h50

 

Synopsis :

Au début des années 80, la tentative d'évasion désespérée d'une jeune femme séquestrée derrière une vitre dans un laboratoire expérimental, et surveillée par le mystérieux docteur Barry Nyle.

 

La critique :

Il y a des jours ainsi où vous farfouillez, sans trop de but, sur Internet entre deux ou trois sites de téléchargement ou de critiques avec une petite musique d'ambiance en arrière-plan. Et parfois, vous tombez sur une pochette vous intriguant pour une raison que vous ignorez complètement. Cependant, quelque chose en votre intérieur vous dit de vous renseigner dessus et de vous y jeter. Ce sentiment, tous les cinéphiles l'ont déjà vécu et souvent, on ressort comblé de la séance en remerciant notre instinct de nous avoir guidés vers la trajectoire d'un film méconnu.
Ce constat peut s'appliquer au film que je vais vous présenter aujourd'hui, une véritable curiosité du nom de Beyond The Black Rainbow, réalisé par Panos Cosmatos dont il s'agit du premier long-métrage. Un réalisateur canadien inconnu au bataillon pour beaucoup de gens mais dont le père a réussi à se faire connaître en réalisant Rambo 2, Tombstone et Cobra

En ce qui concerne la filmographie du fils, rien de très éloquent en raison d'un trou béant de 8 années avant de déboucher sur son prochain projet du nom de Mandy et qui sortira en 2018. Fait à préciser, le rôle principal du film sera tenu par le très attachant Nicolas Cage. C'était pour la petite parenthèse. Alors que peut-on en dire de ce Beyond The Black Rainbow ? Eh bien, pas grand-chose si ce n'est qu'il fut présenté à Gérardmer et à l'Etrange Festival où les spectateurs ressortirent, à la fois perplexes et comblés par l'expérience proposée. Alors que le cinéma tend toujours à s'uniformiser et à verser dans un conventionnel frustrant, Cosmatos entend donner un bon coup de pied dans la fourmilière. Pari réussi ? Réponse dans la chronique d'un film pas du tout évident à chroniquer.

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ATTENTION SPOILERS : Au début des années 80, la tentative d'évasion désespérée d'une jeune femme séquestrée derrière une vitre dans un laboratoire expérimental, et surveillée par le mystérieux docteur Barry Nyle.

Somme toute, rien qui ne frappe les yeux au premier abord. L'intrigue est à la fois classique et tout ce qu'il y a de plus commune. Et pourtant, on peut décemment dire que Beyond The Black Rainbow est l'une des oeuvres les plus rudes qui ait été mise au monde dans le paysage cinématographique traditionnel, à partir des années 2010 (sont, bien évidemment, exclus le collectif ICPCE et consorts). Qu'est-ce que le film raconte ? Une banale tentative d'échappatoire, certes mais ce n'est qu'une infime partie du récit car Cosmatos met en scène un univers inspiré autant de Lynch que de Cronenberg ou encore de THX 1138. Il n'aura fallu que quelques minutes pour que le réalisateur nous largue dans un monde inconnu, aseptisé où les décors géométriques sont réduits à leur plus simple expression.
Les couleurs sont criardes et empreintes d'inspirations rétro-futuristes dignes des années 80 qui ne sont pas sans rappeler les giallo à cause de l'omniprésence de rouge. Cosmatos a de solides inspirations et malgré tout cela, il parvient à créer son propre univers. Un univers hostile, froid et au malaise palpable. Dans cet environnement semblant être en dehors du temps, un mystérieux scientifique épie une femme à travers une glace sous forme d'interrogatoire. 

Une femme sans origine. Une simple femme qui se retrouve là et étant sous l'emprise d'un étrange triangle lumineux semblant lui dicter ses facultés cognitives. Cet environnement s'avère être un complexe scientifique du nom d'Institut Arboria, fondé dans les années 1960 par le docteur Mercurio Arboria. L'objectif du centre est clair : il s'agit d'élever l'humain à une conscience supérieure et lui promettre un bonheur perpétuel grâce au pouvoir de la technologie. En soit, un bonheur artificiel au sein d'un monde que l'on devine déshumanisé et dont la population ne semble plus être en état de jouir de la vie offerte. Mais tout cela n'est que pure hypothèse car la quasi-totalité du film se déroulera à l'intérieur de ce complexe à la fois ultramoderne et décadent. Pourtant, le traitement réservé à la jeune femme est tout sauf propice à l'épanouissement personnel et à l'élévation de soi. Alors que s'est-il passé ? Eh bien, nous ne saurons que peu de chose de tout ceci. Beyond The Black Rainbow, c'est à la fois un trip sensoriel rarement vu dans le cinéma, couplé à une forme d'hypnose psychédélique. 

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Cosmatos s'éloigne de toute trame narrative explicative, à un point tel que Mulholland Drive passerait pour une oeuvre sur-explicative. Nous sommes baladés à travers diverses séquences toutes plus mystérieuses les unes que les autres. Quelque part, notre situation est similaire à la fille emprisonnée car nous sommes aussi déboussolés qu'elle et perdus dans un univers qui nous dépasse. Quel est le but de tout ceci ? Quel est ce triangle gouvernant les actes, même d'Elena, la jeune fille ? Quel est le programme Sentionaute ? Très peu de choses nous seront expliquées et ça ne se résumera qu'à une seule séquence, plongée dans un noir et blanc flou et agressif. Beyond The Black Rainbow, c'est l'abstrait dans sa plus pure expression. C'est à ce niveau que le film divisera indubitablement ceux qui s'y seront essayés. On essaie de trouver quelque chose, d'expliquer ce qui se passe et de déceler des interprétations mais Cosmatos brouille toutes les pistes. Sa vision du cinéma est au cinéma ce que Dali est à la peinture, c'est ni plus ni moins que du surréalisme. 

Alors, on pourrait hurler à l'imposture et à la branlette intellectuelle de hipsters. Il est vrai qu'à force de complexifier un récit et le rendre trop subliminal, on peut finir par tomber dans la caricature et c'est une critique qui est plus que compréhensible. Cependant, malgré l'abstrait et le surréalisme extrêmes, il y a quelque chose d'inexplicable qui nous agrippe par la gorge et tient tous nos sens en éveil. On a quelque part cette impression de se retrouver face à une expérience inédite rencontrée jusqu'ici dans le cinéma. Cosmatos réussit son pari de nous hypnotiser à travers une mise en scène lente et un rythme contemplatif quasi paroxystique. L'esthétique très 80's joue beaucoup mais le renforcement est surtout dû à la bande sonore inoubliable de Sinoia Caves qui nous livre peut-être l'une des plus belles playlist vue jusqu'ici dans le cinéma où sonorités techno épiques sont en synergie avec des tonalités industrielles. Beyond The Black Rainbow c'est un régal auditif qui aura quand même réussi son coup de me faire aller télécharger tout l'album. Une première jusqu'ici, en ce qui me concerne !

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Pour ce qui est du casting, nous sommes épatés par la performance de Michael Rogers incarnant ce scientifique à la fois monolithique, psychopathique et pervers dont l'interprétation ne fera que gagner en intensité. Replongeant dans son passé, la folie le guette à mesure que sa descente aux enfers est amorcée. En ce qui concerne Eva Bourne, interprétant Elena, on tient peut-être là le script le plus facile à apprendre car il se résume en deux lignes de dialogues. Oui deux lignes à peine et toutes au même moment ! Inutile de mentionner les autres acteurs, tous strictement inconnus au bataillon car l'essentiel du film se basera sur Elena et le docteur Barry Nyle.
Alors, maintenant, on pourrait se dire que nous tenons là une pépite insoupçonnée du Septième Art mais Beyond The Black Rainbow n'échappe pas à plusieurs défauts rédhibitoires. On pourra pester envers des décors pas suffisamment mis en évidence. La caméra filme de manière trop exiguë ce huis clos et le sentiment d'oppression fait rapidement place à une forme d'agacement de ne pas pouvoir se rincer l'oeil comme on le voudrait. Deuxième point, le film est long et, si l'hypnose est bel et bien là, un raccourcissement de vingt minutes n'aurait pas été de trop. Et le plus important, une fin torchée façon vieille série Z cassant tout le trip réussi jusqu'alors. On a cette impression que Cosmatos ne savait pas comment terminer son récit et a décidé de le finaliser de la manière la plus débile qui soit. Mais je n'en dirai pas plus !

En conclusion, Beyond The Black Rainbow est à juste titre l'un des long-métrages les plus mystérieux de ces dernières années. Etant à l'opposé total du conformisme actuel et de toute influence de convention, le cinéaste s'aventure sur des chemins escarpés, jusqu'ici peu foulés dans le cinéma traditionnel pour nous gratifier d'une oeuvre singulière dont ses principales influences ont été balayées pour faire place à un style singulier lui aussi. Alors, oui, le rythme pourra être qualifié de léthargique. Oui, la narration ne s'éloigne jamais de l'abscons. Oui, le manque d'explication se fait ressentir.
Oui, le réalisateur nous vomit dessus avec une fin frustrante. Mais s'il y a bien une chose que j'ai apprise depuis que j'ai découvert l'ancien blog Naveton, est que le conventionnel n'est pas le cinéma et qu'il faut savoir regarder au-delà afin de découvrir des profondeurs insoupçonnées. Beyond The Black Rainbow est une toile surréaliste nous mettant dans un état de plénitude inexplicable. Cosmatos fait preuve d'audace dans un cinéma de plus en plus formaté et il est nécessaire d'applaudir et d'encourager cela. Soit, on détestera ou soit, on adorera mais il ne fait aucun doute que ce n'est pas un film qui laisse indifférent. Visionner Beyond The Black Rainbow, c'est goûter à un cinéma différent, un cinéma hétéroclite mais aussi à un beau cinéma.

 

Note : ???

 

 

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