Silent_running

 

Genre : science-fiction
Année : 1972
Durée : 1h29

Synopsis : En 2001, la végétation a disparu de la Terre suite à une guerre nucléaire. Pour remédier à cet état de fait, on cultive de grandes serres en espérant ensuite les réimplanter librement à la surface. C'est à cette tâche que se consacre le botaniste Freeman Lowell à bord du vaisseau spatial Valley Forge. Mais un jour, la décision tombe : les serres doivent être détruites pour des raisons économiques...  

La critique :

1968. Une date fatidique et rédhibitoire dans le cinéma de science-fiction avec la sortie de La Planète des Singes, réalisée par Franklin J. Schaffner. Ce long-métrage nihiliste et eschatologique marque les prémisses d'un cinéma pessimiste qui alerte et s'alarme des écueils et des corollaires d'un capitalisme de plus en plus hédoniste et consumériste. Impression corroborée par d'autres classiques anticipationnels, entre autres Soleil Vert (Richard Fleischer, 1973), L'Âge de Cristal (Michael Anderson, 1976), THX 1138 (George Lucas, 1971), ou encore L'Invasion des Profanateurs (Philip Kaufman, 1978).
Vient également s'ajouter Silent Running, réalisé par les soins de Douglas Trumbull en 1972. Cinéaste, producteur et scénariste, ce dernier est surtout connu pour avoir signé les effets visuels de 2001, l'Odyssée de l'espace (Stanley Kubrick, 1968).

Par la suite, il diligentera les effets visuels d'autres classiques science-fictionnels, notamment Le Mystère Andromède (Robert Wise, 1971), Rencontres du Troisième Type (Steven Spielberg, 1977), Star Trek, le film (Robert Wise, 1979), ou encore Blade Runner (Ridley Scott, 1982). En outre, Silent Running constitue sa toute première réalisation. Il s'agit d'un film ambitieux qui adopte des effets mécaniques non-utilisés lors du tournage de 2001, l'Odyssée de l'espace.
Si le long-métrage est encensé par les vivats de la critique et de la presse spécialisée, Silent Running essuie néanmoins un camouflet lors de son exploitation dans les salles de cinéma. Jugé trop lent, trop contemplatif et sans doute trop visionnaire pour l'époque, Silent Running s'octroiera le statut de film culte au fil des années.

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Décontenancé, Douglas Trumbull vaquera à d'autres occupations pendant de nombreuses années. Silent Running marque aussi les débuts de Michael Cimino en tant que scénariste bien avant que ce dernier ne devienne le réalisateur de Voyage au bout de l'enfer (1978), La porte du paradis (1980) et L'Année du Dragon (1985). Malgré un accueil mitigé lors de sa sortie, Silent Running va influencer tout un pan du cinéma de SF. Opportuniste, George Lucas reprendra la complexion robotique des androïdes de Silent Running pour Star Wars, Episode 4 : Un Nouvel Espoir (1977).
Bien des années plus tard, Andrew Stanton imitera Lucas avec le robot de Wall-E (2008). Lors de sa sortie, Silent Running apparaît comme un film novateur, surtout dans sa manière d'alerter sur une écologie en berne et une Terre bientôt menacée de néantisation par nos comportements destructeurs.

Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. La distribution du film se compose de Bruce Dern, Cliff Potts, Ron Rifkin et Jesse Vint. Attention, SPOILERS ! (1) Dans un avenir indéterminé, les ressources végétales naturelles ont disparu de la surface de la Terre suite aux exactions inconscientes et irresponsables des hommes. Un programme de la dernière chance a été mis sur pied et des échantillons de diverses plantes ont été, pour leur protection et dans l’intention de les replanter un jour sur Terre, placés sous d’immenses dômes portés par d’énormes navires cargos dans l’espace. 
Lowell est le responsable de ces plantations depuis plus de huit ans sur le transporteur Valley Forge. Ses trois collègues n’aspirent qu’à rentrer chez eux et ne comprennent pas le rêve fou du botaniste. Un jour, la décision d’arrêt du programme tombe et ordre leur est donné de détruire les dômes, mais Lowell n’entend pas laisser disparaître ce qu’il a mis des années à tenter de protéger (1). 

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D'un point de vue pécuniaire, Douglas Trumbull paiera cher les innovations techniques, mécaniques et visuelles de Silent Running. Il lui faudra plus de dix longues années pour réaliser un nouveau film, Brainstorm (1983), son dernier long-métrage par ailleurs. A travers Silent Running, Douglas Trumbull propose un périple spatial et en solitaire dans le vide cosmique, celui qui emmène son héros taciturne vers les anneaux de Saturne, une saynète qui était par ailleurs envisagée dans 2001, l'odyssée de l'espace. Toujours la même ritournelle...
Rien que pour ses séquences spatiales, certes rarissimes mais époustouflantes, Silent Running justifie son visionnage. Le design des vaisseaux, ainsi que cette impression de vide intersidéral, marquent la quintessence d'un cinéma qui mélange savamment science-fiction et les travaux de la NASA.

A l'origine, le premier script griffonné par Michael Cimino prévoyait une rencontre inopinée avec des extraterrestres. Mais le scénario, jugé trop abscons et capillotracté, est finalement répudié par Douglas Trumbull. Le metteur en scène préfère opter pour la fable philosophique et écologique. Silent Running sort aussi dans une époque troublée, au moment de la Guerre du Vietnam et à l'orée du scandale du Watergate. Déjà, à l'époque, les mouvements pacifistes prônent une autre forme de capitalisme, celui qui doit mettre un terme au diktat d'une Amérique xénophobe et belliqueuse.
Impression accréditée par la coiffure hirsute de Bruce Dern et une condescendance clairement affichée contre ses supérieurs. Quelque part dans le cosmos et au milieu de serres spatiales verdoyantes, l'astronaute tient à préserver les derniers reliquats d'une nature en déliquescence.

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Ainsi, les velléités écologiques de Lowell sont bientôt contrariées par ses deux comparses, essentiellement pour des raisons pécuniaires. Dès lors, Silent Running suit un chemin escarpé et rédhibitoire en entraînant son héros dans les confins de l'espace. Contre l'avis de ses hiérarques et de son équipage, ce dernier s'ingénie à sauver une forêt artificielle d'une fin inéluctable. Mais existe-t-il un espoir de sauver notre planète et notre nature en déshérence ?
En l'état, difficile d'en dire davantage. Dans sa seconde partie, ce sont les drones qui viennent carrément chiper la vedette à un Bruce Dern dépité mais épris de liberté, sondant de ce fait le rapport que l'être humain peut entretenir avec la technologie et la robotique. Certes, les amateurs de séquences d'action et/ou de batailles spatiales pesteront et clabauderont après un long-métrage prolixe et contemplatif. Les autres y verront une oeuvre iconoclaste, injustement tancée et vitupérée en son temps.

Note : 14.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/silent-running-trumbull