American_Mary

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012
Durée : 1h21

Synopsis : Cherchant à se faire un peu d’argent pour payer ses études de médecine, la jeune Mary est engagée dans une boîte de massage, mais ce sont plutôt ses talents de chirurgienne qui attirent l’attention de son employeur. Elle accepte d’abord de soigner un homme torturé par les gros bras du salon, avant d’opérer quelques freaks habitués qui cherchent les sensations extrêmes en modifiant leurs corps. Un pacte de sang qui va l’entrainer dans une spirale de violence de plus en plus extrême et insupportable

La critique :

Les noms de Jen et Sylvia Soska ne doivent pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, les deux soeurs jumelles, parfaitement monozygotes, ont largement oeuvré pour le cinéma horrifique et peuvent déjà s'enorgueillir d'une filmographie foisonnante et exhaustive. Les thuriféraires du cinéma d'épouvante citeront évidemment See No Evil 2 (2014), Vendetta (2015), Dead Hooker In A Trunk (2009), ou encore The ABC's Of Death 2 (2014), réalisé avec la collaboration de Rodney Ascher, Julian Barratt et Vincenzo Natali. Vient également s'ajouter American Mary, sorti en 2012.
En dépit de son intitulé, qui fait immédiatement penser à un nouvel avatar d'American Psycho (Mary Harron, 2000), le film des soeurs Soska s'apparente davantage à un rape and revenge savamment déguisé sous les oripeaux de la chirurgie esthétique et à grand coup de bistouri.

Pour mémoire, ce registre cinématographique trouve sa genèse avec La Source (Ingmar Bergman, 1960), un drame qui a durablement marqué les persistances rétiniennes, en particulier celles de Wes Craven, qui signera La Dernière Maison sur la Gauche (1972), en reprenant peu ou prou la même trame narrative. Nanti d'un budget impécunieux, American Mary fait office de production indépendante et n'a donc pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures.
Néanmoins, le long-métrage s'est distingué dans divers festivals et par l'intermédiaire de la vidéo. Pour ceux qui connaissent un tant soit peu l'univers débridé des soeurs Soska, ils ne seront pas désappointés par les thématiques de cette pellicule rutilante, qui oscille entre la chirurgie sanguinolente, l'enquête policière, le thriller à couteaux tirés, le film d'horreur dérivant ponctuellement vers le torture porn, le rape and revenge, ou encore le thème de la gémellité.

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Indubitablement, American Mary possède de sérieux arguments pour s'ériger dans le haut du panier. Reste à savoir si le film tient (ou non) les promesses annoncées. Réponse dans les lignes à venir... La distribution de ce thriller trash et horrifique se compose de Katharine Isabelle découverte dans Ginger Snaps (John Fawcett, 2001), Antonio Cupo, David Lovgren, Tristan Risk et Paula Lindberg. Attention, SPOILERS ! Cherchant à se faire un peu d’argent pour payer ses études de médecine, la jeune Mary est engagée dans une boîte de massage, mais ce sont plutôt ses talents de chirurgienne qui attirent l’attention de son employeur. Elle accepte d’abord de soigner un homme torturé par les gros bras du salon, avant d’opérer quelques freaks habitués qui cherchent les sensations extrêmes en modifiant leurs corps. Un pacte de sang qui va l’entrainer dans une spirale de violence de plus en plus extrême et insupportable

Dans sa première partie, American Mary cherche à brouiller les pistes et à leurrer son audimat. Cette première section décrit le quotidien atone de la jeune Mary, une étudiante en médecine et passionnée par la chirurgie. Criblée de dettes, cette dernière cherche à rembourser un propriétaire peu amène et accepte de besogner pour le compte d'une boîte de massage qui ressemble davantage à une entreprise de striptease, voire même de prostitution. Les événements tournent au cauchemar lorsque son patron l'exhorte à opérer un homme agonisant sur une table.
Dans un premier temps dubitative, Mary s'exécute mais jure qu'on ne l'y reprendra plus. C'est sans compter sur une mystérieuse jeune femme, à la hideuse et étonnamment opulente. Pour le compte d'une richissime clientèle, Mary pratique des opérations chirurgicales prohibées.

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C'est la seconde partie du film. American Mary oscille alors vers le thriller estudiantin tout en renâclant vers le rape and revenge et le torture porn. Violée à son insu par l'un de ses professeurs lors d'une soirée un peu trop arrosée, la jeune femme jure haro sur son agresseur. Dès lors, l'étudiante furibonde se transmute en sociopathe vengeresse et engoncée dans une spirale de violence. Voilà pour l'ensemble des velléités ! Si dans sa première partie, le long-métrage s'apparente à une version débridée d'une série télévisée policière - dans la lignée d'un Nip/Tuck ou d'un Six Feet Under -, American Mary perd peu à peu de sa sagacité lorsqu'il se polarise sur la vindicte de son héroïne principale.
Certes, par d'habiles stratagèmes, les soeurs Soska nous proposent un véritable pamphlet sur une Amérique libertaire totalement déboussolée par sa lutte des classes.

Sur le fond, le scénario d'American Mary repose sur une dichotomie entre une Amérique luxuriante, principalement composée de freaks et de chirurgiens farauds, et une classe moyenne qui subit les roueries d'un capitalisme égotiste. Hélas, à force de mélanger tous les genres dans un curieux maelström, les soeurs Soska perdent le fil de leur sujet. Si on relève ici et là plusieurs séquences de démembrement et d'excisions peu ragoûtantes, le long-métrage se révèle rapidement obsolète en dépit de l'excellente partition de Katharine Isabelle, qui porte le film à elle toute seule sur ses frêles épaules.
De facto, on fera fi des rôles secondaires qui n'apportent rien à une intrigue parfois famélique. In fine, la conclusion finale, par ailleurs en apothéose, finira de parachever une pellicule absconse mais qui possède, paradoxalement, un certain potentiel. Nul doute qu'American Mary séduira et flagornera les adulateurs du cinéma trash, ne serait-ce que par sa virulence et son outrecuidance. Les autres pesteront et clabauderont à raison contre l'inanité et la vacuité de cette pellicule.

Note : 11.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver