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Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 2012
Durée : 1h35

Synopsis : Cinq amis partent passer le week-end dans une cabane perdue au fond des bois. Ils n’ont aucune idée du cauchemar qui les y attend, ni de ce que cache vraiment la cabane dans les bois… Signé par deux maîtres de l’horreur, Joss Whedon et Drew Goddard, voici un film qui réinvente et repousse toutes les conventions du genre. Attendez-vous à découvrir un nouveau niveau de terreur… 

La critique :

Souvenez-vous. C'était naguère. Entre les années 1950 et 1960, la firme britannique la Hammer triomphait dans le cinéma d'épouvante via plusieurs créatures méphistophéliques et de nombreux classiques horrifiques. Puis, entre la fin des années 1960 et l'orée des années 1970, une nouvelle forme de terreur, cette fois-ci beaucoup plus contemporaine, vient contrarier l'omnipotence de la Hammer. Rosemary's Baby (Roman Polanski, 1968) et L'Exorciste (William Friedkin, 1973) évincent Dracula, le loup-garou, Frankenstein et la momie des oriflammes et les convient à retourner docilement dans leurs sépulcres. A juste titre, on croyait l'esprit et l'univers de la Hammer définitivement enterrés, inhumés et même incinérés. Un leurre. Dans les années 2010, la Hammer connaît une étonnante résurrection avec La Dame en Noir (James Watkins, 2012), un film d'horreur à la qualité néanmoins erratique.

Ce retour impromptu inspire d'autres productions horrifiques. C'est par exemple le cas de La Cabane dans les Bois, réalisée par Drew Goddard en 2012. Visiblement, ce dernier a baigné dans les films de la Hammer. Avec la complicité de Joss Whedon en tant que scénariste, les deux comparses souhaitent écrire un script qui mélangerait savamment épouvante, parodie et hommage aux vieilles pellicules de la firme britannique. Les deux auteurs souhaitent surtout se démarquer des tortures porn qui triomphent au cinéma et/ou par l'intermédiaire de la vidéo.
Non, La Cabane dans les Bois ne sera pas un nouvel ersatz de Saw (James Wan, 2004) ni de Hostel (Eli Roth, 2006). Ainsi, le scénario de La Cabane dans les Bois prévoit l'apparition de plus d'une soixantaine de créatures.

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Une annonce qui n'échappe pas aux fans du cinéma d'épouvante. Reste à savoir comment le film peut agencer autant de monstres lucifériens sur une durée académique d'une heure et 35 minutes de bobine sans se confiner dans l'absurdité. La distribution du film se compose de Kristen Connelly, Chris Hemsworth, Anna Hutchison, Fran Kranz, Jesse Williams, Richard Jenkins, Bradley Whitford, Brian J. White, Amy Acker et Sigourney Weaver. Pour la petite anecdote, Chris Hemsworth acceptera le rôle sans lire le synopsis du film. Pour une fois, un tel dilettantisme ne lui donnera pas "Thor" (oui, je sais...).
Au moment de sa sortie, La Cabane dans les Bois est presque unanimement acclamée par les vivats de la critique et de la presse cinéma. Mieux, le long-métrage remporte le Saturn Award du meilleur film d'horreur, ainsi que le Prix Bram Stoker du meilleur scénario.

La Cabane dans les Bois mérite-t-il un tel panégyrisme ? Réponse dans les lignes à venir... Attention, SPOILERS ! (1) Cinq étudiants, Dana, Holden, Marty, Jules et Curt, partent passer quelques jours de vacances dans une cabane isolée en pleine forêt. Pendant ce temps, des scientifiques qui préparent une opération les surveillent par l'intermédiaire de caméras alors que des opérations semblables se déroulent en parallèle dans d'autres pays. Un natif de la région au comportement étrange, Mordecai, indique le chemin aux cinq étudiants avant d'entrer en contact avec les scientifiques.
À leur arrivée, dans une cabane truffée de caméras cachées, les étudiants explorent les lieux et découvrent une cave remplie d'objets très divers. Dana lit le journal de Patience Buckner et récite une incantation qui invoque les Buckner, une famille de zombies
, alors que les scientifiques avaient pris des paris sur l'objet qui serait utilisé en premier (1).

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La Cabane dans les Bois, c'est avant tout un curieux maelström qui se paie le luxe de convoquer plusieurs pans du cinéma d'horreur. Ce ne sont pas seulement les films de la Hammer qui sont évoqués dans le film de Drew Goddard, mais aussi tous ces classiques qui ont triomphé en leur temps. Par d'habiles subterfuges, la tonalité morbide et vespérale de La Cabane dans les Bois n'est pas sans rappeler le premier Evil Dead (Sam Raimi, 1981), La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968), ou encore la série télévisée Buffy contre les Vampires, par ailleurs griffonnée par les soins d'un Joss Whedon opportuniste. Avec un tel concept, le risque était de sombrer rapidement dans un scénario retors et obsolète. En l'occurrence, La Cabane dans les Bois se permet même de flagorner le concept de The Truman Show (Peter Weir, 1998) en proposant un jeu de TV réalité peu banal.

Là aussi, il est question du voyeurisme. Toutefois, cette thématique est prestement éludée par Drew Goddard et Josh Whedon pour mieux se polariser sur le slasher, dans la grande tradition d'un Scream (Wes Craven, 1996) et de ses étudiants goguenards. A l'instar du film de Wes Craven, La Cabane dans les Bois s'ébaudit des règles du cinéma horrifique et tergiverse entre le vrai film de frousse et la parodie assumée. Nul doute que cette formule séduira à la fois le public pré-pubère ainsi que les vieux adeptes de jadis. En revanche, le film de Drew Goddard convainc beaucoup moins dans sa dernière partie lorsqu'il se confine dans la pellicule aux tendances suicidaires et eschatologiques.
De facto, la conclusion finale, évidemment en fanfare, manque de brio, de clarté et de subtilité, laissant tout de même une impression mitigée lors du générique final. A l'inverse, La Cabane dans les Bois se montre suffisamment magnanime en termes de créatures, de saynètes horrifiques et autres érubescences. Toutefois, pas de quoi affoler les persistances rétiniennes ! En dépit de son audace et de sa munificence, le film reste une production hollywoodienne qui refuse obstinément de verser dans le gore ou diverses potacheries outrancières. Vous l'avez donc compris.
Exempt son ingéniosité, La Cabane dans les Bois n'est pas le chef d'oeuvre ni le film culte décrié par ses adulateurs. En l'état, il s'agit d'un film d'épouvante suffisamment perspicace pour retenir l'attention sur sa courte durée. C'est déjà pas mal...

Note : 13/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Cabane_dans_les_bois