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Genre : Drame, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 2009

Durée : 2h10

 

Synopsis :

Une veuve élève son fils unique Do-joon qui est sa seule raison d'être. A 28 ans, il est loin d'être indépendant et sa naïveté le conduit à se comporter parfois bêtement et dangereusement, ce qui rend sa mère anxieuse. Un jour, une fille est retrouvée morte et Do-joon est accusé de ce meurtre. Afin de sauver son fils, sa mère remue ciel et terre mais l'avocat incompétent qu'elle a choisi ne lui apporte guère d'aide. La police classe très vite l'affaire. Comptant sur son seul instinct maternel, ne se fiant à personne, la mère part elle-même à la recherche du meurtrier, prête à tout pour prouver l'innocence de son fils.

 

La critique :

J'ai été un peu plus rapide aujourd'hui pour chroniquer un nouveau film coréen avec un intervalle d'à peine 2 jours depuis le sympathique mais méconnu Handphone. Ici, je vous propose de retourner encore avec moi dans la belle Corée du Sud que nous ne présentons plus en termes de qualité cinématographique. Aujourd'hui, on délaisse le cinéma underground coréen pour se recentrer sur son cinéma plus connu par le biais d'un des réalisateurs les plus célèbres et respectables, en la personne de Bong Joon-ho. Ce nom résonnera sans nul doute dans l'esprit du spectateur car c'est le cinéaste qui fut à l'origine d'oeuvres notoires et reconnues comme Memories of Murder, The HostSnowpiercer, et dernièrement Okja manquant encore un peu de reconnaissance.
Bref, une vraie pointure que je vais remettre à nouveau sur le devant de la scène avec une troisième chronique concernant Mother. A ne pas confondre avec le film du même nom de Darren Aronofsky sorti cette année !

Le cinéaste délaisse donc l'enquête policière basée sur des faits réels et le film de gros monstre pour se centrer sur un drame social ambitieux dans son approche. Le moins que l'on puisse dire est que le tournage ne fut pas une sinécure, en ce sens que la recherche du lieu de tournage se résuma à une calamité. De fait, Joon-ho, afin de reconstituer le village de la mère du film, envoya des repéreurs divisés en 4 équipes durant 9 semaines. Chaque équipe parcourra un total de 80 000km de route avec une bagatelle de 40 000 photos au total rapportées de leur périple national.
Je vous laisse faire vos propres recherches sur la suite des événements car l'introduction serait aussi longue qu'une chronique mais comprenez qu'une équipe continuait à travailler tout au long du tournage. L'intérêt ? Car, fidèle à sa réputation de pays en travaux constants, il est souvent arrivé que l'endroit idéal ait été repeint lorsque l'équipe arrivait pour le tournage. Ca doit être frustrant... Bref, on sera amusé de voir une telle séquence tournée à un endroit X en Corée et une autre tournée à l'autre bout du pays. Présenté en sélection officielle à Cannes dans la section "Un certain regard", Mother recevra des critiques panégyriques à sa sortie. Les controversés Cahiers du Cinéma iront jusqu'à le classer 10ème dans la liste des meilleurs films de l'année. En gros, tout ce qu'il faut pour mettre en confiance le spectateur.

Mother

ATTENTION SPOILERS : Do-joon, 28 ans, est l'unique raison de vivre de sa mère. Le jeune homme, un peu simplet, agit parfois de façon tellement naïve que cela en devient dangereux. Un jour, une jeune fille est retrouvée morte, et Do-joon est accusé. Entre un policier paresseux qui ne pense qu'à boucler son enquête et un avocat incompétent et vénal qui refuse de gaspiller son énergie pour une affaire aussi peu lucrative, la mère ne peut compter que sur elle-même pour innocenter son fils. Armée d'un courage hors norme et d'un instinct maternel démesuré, elle part, seule, à la recherche du meurtrier de la jeune femme.

Une fois n'est pas coutume, on en arrive à éprouver de la curiosité face à un synopsis intriguant et à même de susciter la curiosité de n'importe quel spectateur. Mais qui dit "synopsis intriguant" ne veut pas forcément dire "film de grande qualité". Sauf que, derrière la caméra, il y a Bong Joon-ho, ce qui fait que Mother est, sans surprise, un autre film de grande qualité du réalisateur. Comme dit dans l'introduction, Joon-ho a des ambitions bien plus différentes en se concentrant sur le calvaire d'une mère prête à tout pour prouver l'innocence de son fils. En soi, dans l'inconscient collectif, la mère est vue comme la tendresse incarnée réconfortant plus que quiconque son enfant.
Ce n'est pas pour rien que, enfant, quand on se blessait, on hurlait "MAMAN !". Une tendresse profondément enracinée et constante qui ne quitte jamais la charmante maman. Une tendresse mais aussi un amour sans borne biaisant toute notion d'objectivité chez la mère, persuadée que son fils ne peut être quelqu'un faisant le mal autour de lui. Ce que nous allons retrouver dans ce récit avec une maman poule envers son fils, déficient mental, qu'elle couve et protège par tous les moyens. On ne saura, en revanche, rien sur l'absence totale du père. Est ce qu'il abandonna sa femme au moment de l'accouchement ou de la grossesse ? Le mystère reste entier.

Qu'on se le dise, Joon-ho a su être tout à fait professionnel dans la création d'une liaison puissante entre cette mère déchirée par l'incarcération de son fils, arrêté comme suspect principal dans l'affaire du meurtre violent d'une adolescente connue pour avoir des moeurs légères. C'est une occasion de plus pour le réalisateur de critiquer la justice coréenne, reconnue pour ne pas toujours être juste dans le déroulement de ses affaires. On en a le brillant exemple avec ces inspecteurs interrogeant de manière sèche et parfois même agressive un déficient mental n'ayant pas conscience de ce qu'il se passe. A cela, vous rajoutez l'incompétence notoire de la police avec son lot de policiers véreux et paresseux, ainsi que des avocats peu orthodoxes et vous obtenez le cocktail gagnant de la malchance parfaite si vous êtes amenés à vous retrouver là-bas devant les tribunaux (bon, il y a peu de chance pour que ça nous arrive mais sait-on jamais..). Qu'on se le dise ce genre de dénonciation fait toujours mouche et est tournée au deuxième degré. On pourra l'observer avec cet avocat ivre, dans une sorte de bar, accompagné de deux poupées à ses côtés qui se sont fait passer dessus par tout le monde sauf par le métro. A ses côtés, il y aura des juges, au bord du coma éthylique, dormant sur la table. Du grand art ! 

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Mais s'il y a bien quelque chose qui frappe, c'est le traitement choisi par le réalisateur pour mettre en scène son histoire. Un traitement différent de ce à quoi on s'attendait car l'enquête n'est pas, à proprement parler, le véritable fil conducteur. Le point central réside bien dans cette forte relation mère-fils semblant être indestructible et au-dessus de tout. Autant le dire, on tient là une relation vraiment touchante avec cette mère désemparée par ce qui lui arrive et qui va remuer ciel et terre pour ramener son fils auprès d'elle. Alors oui, ça peut paraître quelque peu niais dit comme ça mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans un drame/thriller coréen et comme dans tout drame/thriller coréen qui se respecte, il n'y a aucune quelconque forme de chaleur. Dépassée par les événements, la mère va commencer à perdre le contrôle d'elle-même, de ses propres pulsions jusqu'à avoir recours à des moyens illégaux afin d'en apprendre plus sur ce qui s'est réellement passé. Joon-ho parvient à apporter un aspect dérangeant à son récit par cette contradiction qu'a la mère de vouloir faire éclater la vérité et rendre justice alors que ses actes pour y arriver sont punissables aux yeux de la justice. Le cinéaste clôturant son récit par un faux happy-end prolongeant ce trait dérangeant qui fut amorcé à partir de, environ, la moitié du film. 

Si on parle en termes d'intensité du récit, celle-ci est à la fois constante et posée par le biais d'un rythme faussement léthargique. Un rythme qui pourra décontenancer ceux qui s'attendaient à plus de remous comme ce fut le cas dans les trois oeuvres que j'ai citées dans l'introduction. Dans Mother, les événements s'enchaînent calmement, il n'y a pas cette puissante dimension de suspens qui fait que l'on aura les yeux écarquillés tout au long du visionnage.
Pourquoi un tel revirement ? Car le cinéaste privilégie avant tout le trait dramatique par rapport à la notion de thriller qui est au service du drame. On peut saluer Joon-ho d'innover dans ses réalisations et de toujours faire preuve de régularité en terme de qualité. Mother est un drame aux relents de thriller (je ne suis pas d'accord avec le terme de thriller dramatique car, dans ce cas de figure, le drame est au service du thriller, hors c'est l'inverse ici) se savourant pleinement.

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Pour ce qui est de l'esthétique, on retrouve toujours cette caméra à l'image léchée avec de grands plans très aérés sur les superbes décors ruraux. Le trait est net et Joon-ho filme toujours bien avec l'action avec des cadrages pensés. On appréciera aussi les effets de lumière de belle qualité comme cette séquence où Do-joon est ivre dans un café de campagne. La bande sonore aux multiples accents dramatiques parvient à renforcer cette puissance inhérente au long-métrage. Pour ce qui est du casting, on retrouve Kim Hye-ja qui est sans surprise la grande star du film.
Déjà considérée comme une idole dans son pays avec 47 années de carrière d'actrice, elle habite complètement son personnage de mère ravagée par la tristesse de perdre le fils qu'elle aime par dessus tout. Elle porte carrément la tension dramatique sur ses épaules à elle seule. Won Bin, dans le rôle de Do-joon, se montre très attachant et juste dans son jeu d'acteur. Inutile de mentionner les autres acteurs qui ne se révèlent guère importants. 

En conclusion, Mother est une autre grande réussite à rajouter au palmarès de génie de Bong Joon-ho qui confirme sa réputation d'être parmi les meilleurs cinéastes coréens actuels. Plus qu'une simple enquête policière, le réalisateur met avant tout en lumière cette connexion puissante liant une mère et un fils qu'elle chérit plus que tout. Une connexion qui ne sera pas sans conséquence car elle ira jusqu'à plonger cette mère dans des situations qu'elle aura bien du mal à contrôler. Nanti d'une durée de 130 minutes se suivant sans trop de déplaisir pour tous ceux qui sauront accrocher au rythme inhabituel du réalisateur, l'oeuvre se pare de critères esthétiques de qualité évidente et d'une solide interprétation. Il en résulte un VRAI drame, loin de toute forme d'espoir naïf et de happy-end vomitifs à l'occidental, à même de créer un ressenti très particulier dans l'esprit du spectateur arrivé à une fin, disons-le, sublime.
Mother est cruel tout en étant beau et cet énième exemple ne fait que continuellement confirmer ma réputation de thuriféraire du cinéma coréen. Merci Bong Joon-ho !

 

Note : 17/20

 

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