Le_Retour_de_l_inspecteur_Harry

Genre : policier (interdit aux - 12 ans)
Année : 1983
Durée : 1h57

Synopsis : Violée dans sa jeunesse par une bande de brutes de la petite ville de San Paulo, l'artiste peintre Jennifer Spencer décide de retrouver chacun de ses agresseurs et de les tuer. Excédée par ses méthodes et soucieuse d'éviter les foudres de la presse, l'administration policière décide d'envoyer l'inspecteur Harry Callahan loin de San Francisco. Chargé d'enquêter sur un meurtre à San Paulo, il va faire la connaissance de Jennifer... 

La critique :

On oublie souvent de le dire et de le préciser. Mais avant de devenir la star et le héros taciturne et solitaire de la trilogie du Dollar, Clint Eastwood a essentiellement tourné dans des séries B impécunieuses. Le comédien effectue sa toute première apparition au cinéma dans La revanche de la créature (Jack Arnold, 1955), puis dans Tarantula ! (Jack Arnold, 1955), sans être néanmoins mentionné au générique des deux films. Pour Clint Eastwood, il faudra s'armer de patience et attendre l'année 1964 avant de connaître les joies de la notoriété avec Pour Une Poignée de Dollars, réalisé par Sergio Leone, et qui marque la consécration de l'acteur, ainsi que la quintessence du western spaghetti au cinéma.
Sous l'aval de Sergio Leone qui devient bientôt son mentor, Clint Eastwood affine son style et ses personnages durant les tournages.  

En 1971, il signe son tout premier film, Un Frisson dans la Nuit, un thriller qui rencontre un succès d'estime, surtout auprès de la critique. Jusqu'ici engoncé dans des rôles de dur à cuir et de redresseur de torts, le comédien et cinéaste montre une autre facette de sa personnalité énigmatique, celui d'un homme à la fois sensible et opiniâtre bientôt tarabusté par une jeune femme sociopathe. La même année, il tourne L'Inspecteur Harry, un autre long-métrage qui va contribuer à ériger sa popularité. Au moment de sa sortie, ce film policier suscite les acrimonies et les quolibets.
Derechef, Clint Eastwood se bonifie sous l'oeil bienveillant et avisé de Don Siegel, son second mentor selon le propre aveu de l'acteur. L'interprète revêt à nouveau les oripeaux de l'inspecteur Callahan dans Magnum Force (Ted Post, 1973), puis dans L'inspecteur ne renonce jamais (James Fargo, 1976).

18877918

Entre le milieu des années 1970 et l'orée des années 1980, le vigilante movie et le rape and revenge sont devenus les nouveaux parangons d'un cinéma brutal et revendicatif, que ce soit sous la férule de Charles Bronson avec Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974), ou sous la direction de Meir Zarchi avec Day of the Woman (1978). Ces registres virulents et implacables incitent Clint Eastwood à réaliser le quatrième opus de la saga Dirty Harry, justement intitulé Le Retour de l'Inspecteur Harry, et sorti en 1983. A l'origine, le long-métrage devait constituer un film unique et donc sans rapport avec les aventures de Harry Callahan. Le script s'inscrit dans le sillage et le continuum des rape and revenge des années 1970, Sondra Locke incarnant une femme vengeresse et massacrant ses tortionnaires.
Mais Joseph C. Stinson n'en a cure et modifie le script à maintes reprises.

Pour le cacographe, il est temps de remettre l'inspecteur Harry Callahan sur les rails. Il propose le scénario à Clint Eastwood, immédiatement séduit par la tonalité féministe du projet. Hormis Clint Eastwood et Sondra Locke, déjà précités, la distribution de ce quatrième volet se compose de Pat Hingle, Bradford Dillman, Paul Drake, Audrie J. Neenan, Michael Currie et Albert Popwell. Attention, SPOILERS ! Violée dans sa jeunesse par une bande de brutes de la petite ville de San Paulo, l'artiste peintre Jennifer Spencer décide de retrouver chacun de ses agresseurs et de les tuer.
Excédée par ses méthodes et soucieuse d'éviter les foudres de la presse, l'administration policière décide d'envoyer l'inspecteur Harry Callahan loin de San Francisco. Chargé d'enquêter sur un meurtre à San Paulo, il va faire la connaissance de Jennifer... 

image_3

On attendait évidemment beaucoup de Le Retour de l'inspecteur Harry, surtout avec Clint Eastwood devant et derrière la caméra. Si ce film revêt une quelconque importance, c'est surtout dans la rencontre et dans cette liaison à la fois amoureuse et tumultueuse qui se noue entre l'acteur et Sondra Locke, une jolie blondinette aussi frêle que vindicative, à la vie comme à l'écran. Hormis cette anecdote cinématographique et cette amourette, ce quatrième chapitre marque surtout le déclin de la franchise.
Déjà, dès le précédent chapitre, L'Inspecteur ne Renonce jamais, la franchise avait montré de sérieux signes d'alanguissement, se rattrapant péniblement lors de sa conclusion finale. Bien conscient du maigre potentiel de ce quatrième volet, Clint Eastwood se contente d'ânonner la formule de ses illustres prédécesseurs.

C'est donc sans surprise que l'on retrouve un Harry Callahan en indélicatesse avec ses supérieurs. Fidèle à ses méthodes expéditives, l'inspecteur indocile laisse derrière lui de nombreux cadavres. Pusillanime, sa hiérarchie ne souhaite plus faire la une de la presse à scandale. Harry Callahan est prié de réfréner ses ardeurs ainsi que son étonnante outrecuidance. L'inspecteur n'a rien perdu de sa verve et multiplie les épigrammes : "Écoute pouilleux, pour moi tu n'es qu'une merde de chien qui s'étale sur un trottoir. Et tu sais ce qu'on fait d'une merde de ce genre ? On peut l'enlever soigneusement avec une pelle, on peut laisser la pluie et le vent la balayer ou bien, on peut l'écraser. Alors, si tu veux un bon conseil d'ami, choisis bien l'endroit où on te chiera !".
Corrélativement, l'inspecteur est désormais affublé d'un molosse. 
Une façon comme une autre d'ajouter une dose de goguenardise à un thriller policier qui n'en avait pas besoin.

images

A contrario, Le Retour de l'inspecteur Harry adopte parfois un ton beaucoup plus sérieux et comminatoire via le personnage de Jennifer Spencer. En outre, la blondinette, évidemment interprétée par Sondra Locke, vient carrément chiper la vedette à l'inspecteur Callahan. Dès lors, le long-métrage tergiverse entre le film policier aux tendances machistes et le drame teinté de revendications féministes. Un oxymore. Hélas, en dépit de rarissimes bonnes idées, Le Retour de l'inspecteur Harry peine réellement à convaincre, la faute à un scénario famélique se résumant, in fine, à une banale histoire de vengeance. "Le crime ne reste jamais impuni, même dix ans après les faits" semble claironner un Clint Eastwood néanmoins dubitatif. Certes, l'inspecteur n'a pas vraiment euphémisé ses opinions politiques à l'égard des voyous qui échappent au couperet acéré de la justice.

A l'inverse, c'est aussi lui qui tente de jouer les intercesseurs entre Jennifer et ses assaillants. Là aussi, une chimère puisque l'assaut final se terminera dans le sang, les balles, le meurtre et les cris d'orfraie. De surcroît, le long-métrage souffre inévitablement de la comparaison avec d'autres thrillers vindicatifs, notamment L'Ange de la Vengeance (Abel Ferrara, 1982). Si Clint Eastwood fait le job, l'acteur reste néanmoins en mode cabotinage, à l'image finalement du canidé qui l'accompagne. Même remarque concernant Sondra Locke dans le rôle de cette femme justicière et vénéneuse. Bref, rien de sensationnel dans ce quatrième chapitre redondant mais qui se suit avec un ennui poli.
Cependant, l'épisode suivant, L'inspecteur est la dernière cible (Buddy Van Horn, 1988), finira de parachever une saga en décrépitude.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver