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Genre : Western, drame

Année : 1952

Durée : 1h25

 

Synopsis :

Alors qu'il s'apprête à démissionner de ses fonctions de shérif pour se marier, Will Kane apprend qu'un bandit, condamné autrefois par ses soins, arrive par le train pour se venger. Will renonce à son voyage de noces et tente de réunir quelques hommes pour braver Miller et sa bande. Mais peu à peu, il est abandonné de tous.

 

La critique :

Dans mes lointains souvenirs, cela fait depuis le glauque et très bon Une Balle Signée X que je ne m'étais plus attelé à chroniquer un western sur le blog. Il est temps de réparer tout ceci avec une deuxième chronique qui concernera cette fois-ci le très connu Le Train Sifflera 3 Fois, réalisé par Fred Zinnemann. Un réalisateur qui n'a pas spécialement marqué le monde du cinéma car nombre de ses oeuvres ne sont que peu souvent citées. Certes, on se souviendra de lui pour Tant Qu'il y Aura des Hommes mais connaissez-vous seulement Une Poignée de Neige, Oklahoma! ou encore Les Horizons sans Frontières ? Personnellement, ce n'est pas mon cas.
Que soit, l'oeuvre chroniquée aujourd'hui est sa deuxième et dernière oeuvre qui a su se forger une réputation au cours du temps. Une sacré réputation puisqu'il fut sélectionné par le National Film Registry en 1989 pour son importance culturelle, historique ou esthétique. Partant de ce fait, on peut déjà être un minimum en confiance, surtout qu'il rafla quelques Oscar et Golden Globes.

Pourtant, à sa sortie, le film divise profondément les critiques. En cause, l'oeuvre est une dénonciation du maccarthysme mais se démarque complètement des westerns de l'époque, ce à quoi j'y reviendrai dans la suite. L'acteur, John Wayne, a profondément détesté ce film qu'il qualifia de "un-American" par sa condamnation de la majorité silencieuse et d'une certaine lâcheté citoyenne. Pour certaines critiques, le film sera qualifié d'anti-western. Mais, quoi qu'on en dise, Le Train Sifflera 3 Fois eut une réelle influence sur certaines oeuvres connues comme Rio Bravo ou Outland. Pour la petite anecdote amusante, Jean-Marie Pallardy parodia le titre du film dans une production érotique de 1975, du nom de L'Arrière-train sifflera 3 Fois, dont le scénario n'a évidemment aucun rapport avec le film original. 

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ATTENTION SPOILERS : Hadleyville, une calme petite bourgade de l'Ouest américain. Will Kane vient de mettre un terme à ses dangereuses fonctions de shérif pour épouser la jeune Amy, une ravissante Quaker. Le couple est sur le point de quitter les lieux. C'est alors que Kane apprend la libération de Frank Miller, qu'il a autrefois fait condamner. Frank arrivera par le train de midi avec la ferme intention de se venger. En dépit des supplications d'Amy, Kane décide de retarder son départ pour affronter le bandit, par ailleurs attendu par ses cruels acolytes. Il compte sur les habitants de Hadleyville, mais ceux-ci se défilent.

Un synopsis à la fois simple mais stimulant à la lecture, à même de susciter un minimum de curiosité, que ça soit pour les cinéphiles ou les profanes. En soi, peut-on dire que ce film a su endurer le poids des années ? La réponse est, bien sûr, oui mais je ne serai pas aussi dithyrambique que certains. Ceci dit, on peut légitimement dire que Le Train Sifflera 3 Fois s'enorgueillit d'une thématique passionnante axée sur la psychologie des foules. Zinnemann montre de manière explicite la lâcheté de toute une population, se détournant de celui qui a su les défendre au péril de sa vie, plutôt que de prendre les armes et ne former plus qu'une seule entité soudée.
Quelque part, le film n'est pas sans rappeler une dénonciation de l'individualisme, se renforçant chaque jour qui passe dans notre société où la cohésion semble s'effriter lentement mais sûrement. L'aboutissement fatal se résumant à un semblant de civilisation déshumanisée. Il n'est peut-être pas si étonnant que le film dérangea certaines personnes mais je me fais une idée dans quel état d'esprit ces personnes étaient !

Vous avez compris, le réalisateur s'éloigne de la bravoure et de la virtuosité des westerns traditionnels pour se centrer sur un récit sombre, loin de toute forme d'héroïsme et ce, à tout niveau, vu que même le héros principal admettra avoir peur. Il sera constamment tiraillé entre son besoin de faire justice, de défendre sa vie et les siens ou de partir avec sa bien-aimée, alors que même ses plus proches amis l'abandonneront ou l'inciteront à partir. Pire encore, des habitants de Hadleyville prendront le parti de Frank Miller et ne se rangeront pas derrière leur représentant de la loi.
Nous sommes donc en terrain hostile et l'habitué des westerns gentils aura bien du mal à s'habituer au début car, je l'ai dit, il y a une démarcation nette avec le conformisme d'alors. En cause, il n'y aura que très peu de scènes d'action et celles-ci se concentreront toutes à la fin où le shérif se retrouvera seul, face au danger. Le fatalisme fera toujours corps avec le héros et tout retournement de situation niais avec la population se rangeant au dernier moment derrière Kane, est à rayer de la liste. Le caractère sombre sera là de A à Z. Le cinéaste assume son style et c'est un point plus que défendable.

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Pourtant, malgré cette relative absence de scènes d'action, Zinnemann parvient à susciter suffisamment notre attention pour ne pas s'amuser à regarder le papier peint du mur d'en face. L'intensité est assez remarquable alors que les tribulations sans fin du shérif dans cette ville austère se succèdent minute après minute. Certains pesteront sur un caractère redondant de la chose, ce qui peut s'avérer compréhensible si on n'adhère pas au style. Ceci dit, le cinéaste va à l'essentiel et ne s'empresse pas de rajouter des séquences inutiles à son long-métrage, ce qui explique la durée relativement courte de 85 minutes. Ce qui explique aussi la courte durée de 28 jours de tournage vu que le réalisateur ne dépassait pas les trois prises par scène. Enfin, un point à préciser dans la mise en scène, est que celle-ci se déroule approximativement en temps réel, comme l'illustrent les plans récurrents montrant le cadran de l'horloge du bureau du shérif. De fait, l'action du film débute à 10h40 pour se terminer peu après midi, ce qui est en accord avec la durée de l'oeuvre.

Pour ce qui est de l'aspect esthétique, une autre caractéristique majeure fut l'emploi du noir et blanc, un choix rarissime pour les westerns de 1952. Pourtant, et j'essaierai de mettre de côté mon engouement habituel pour le noir et blanc, les plans sont somptueux avec de très belles scènes sur la ville et les décors champêtres. Les cadrages sont aérés mais les images d'horloges seront de plus en plus grosses et de plus en plus souvent montrées au fur et à mesure que la menace approche. En ce qui concerne la bande sonore, d'un point de vue personnel, la musique omniprésente "Si toi aussi, tu m'abandonnes" fut exaspérante et mal intégrée dans diverses séquences.
La répétition n'était pas nécessaire et caser la chanson au début du film aurait plus que suffi. Au niveau du jeu d'acteur, on appréciera la présence de Grace Kelly dont c'est le premier grand rôle et dont nous ne présentons plus le charme irréel dont elle se pare. Gary Cooper est efficace dans le rôle de ce shérif désespéré et au regard froid. Le reste du casting se composera de Thomas Mitchell, Katy Jurado, Otto Kruger, Ian MacDonald, Harry Shannon ou encore Lee Van Cleef. Leur interprétation, si elle n'est pas inoubliable, est tout ce qu'il y a de plus crédible. Un problème, par contre, c'est que l'on ne s'attache pas aux méchants, la faute à leur absence constante pour ne se centrer que sur Kane.

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En conclusion, Le Train Qui Sifflera 3 Fois est, sans surprise, un western de qualité certaine qui n'a pas usurpé sa bonne réputation aux yeux des amateurs du genre. Si la mise en scène peut paraître rudimentaire et sans réelle dimension épique, on a droit à une analyse de la psychologie des foules se réfugiant dans un individualisme malsain, et qui n'est pas sans rappeler l'époque dans laquelle nous vivons. Alors, oui, la mise en scène a pris un petit coup de vieux surtout dans le combat final avec ces réactions peu crédibles quand un individu est touché. Oui, la musique pourra agacer.
Oui, certains trouveront peut-être le déroulement des événements redondant. Cependant, l'attraction est de mise et tout type d'espoir naïf est balayé, ce qui crée une vraie dimension dramatique, s'achevant en apothéose avec une fin, à la fois brusque, expéditive mais dans la parfaite tonalité de ce que l'on espérait. Si je n'irais pas jusqu'à le classer au National Film Registry, on tient là un très bon film de genre parfait pour une courte soirée cinéphile.

 

Note : 15/20

 

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