funnygames us 2007

Genre : thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 2007
Durée : 1h51

Synopsis : Ann, George et leur fils Georgie sont en route vers leur résidence secondaire pour y passer l'été. Leurs voisins, Fred et Eva, sont déjà arrivés et ils décident de se retrouver tous le lendemain matin pour une partie de golf. Tandis que son mari et son fils s'affairent sur leur voilier récemment remis en état, Ann commence à préparer le dîner. Tout à coup, elle se trouve face à face avec un jeune homme extrêmement poli, Peter, un des invités de ses voisins, venu, à la demande d'Eva, lui emprunter quelques oeufs. Ann s'apprête à les lui donner quand soudain, elle hésite. Comment Peter est-il entré dans leur propriété ? Les choses prennent vite un tour étrange et débouchent sur une explosion de violence. 

La critique :

Est-il encore nécessaire de présenter Michael Haneke, un réalisateur et scénariste autrichien, qui s'est illustré à plusieurs reprises au festival de Cannes ? Parmi les films du metteur en scène, les thuriféraires de Michael Haneke citeront probablement Le Septième Continent (1989), Benny's Video (1992), La Pianiste (2001), Caché (2005), ou encore Le Ruban Blanc (2009). Vient également s'ajouter Funny Games, sorti en 1997, et qui reste sans aucun doute le long-métrage le plus populaire du cinéaste autrichien. Présenté sur la Croisette la même année, le film déchaîne les passions et les acrimonies d'une presse ulcérée. Pour d'autres, Funny Games serait carrément le digne épigone d'Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971). A l'instar du chef d'oeuvre anticipationnel de Stanley Kubrick, Funny Games interroge sur la violence, et plus particulièrement sur le rapport que notre quotidien entretient avec cette même âpreté.

Influencé par les travaux d'Andreï Tarkovski et de Pier Paolo Pasolini, Michael Haneke sonde, analyse et dissèque cette barbarie à travers les yeux d'une société hédoniste, égotiste et consumériste. Depuis Orange Mécanique, ce rapport à la violence a franchi encore une étape supplémentaire vers le précipice. Tel était le message esquissé par Funny Games. Mais le film étant d'origine autrichienne, il peine réellement à traverser ses frontières en dépit des tumultes provoquées lors de sa présentation au festival de Cannes. Certes, le film se taille une solide réputation un peu partout en Europe mais ne parvient pas à toucher le public américain. C'est dans cette optique que Michael Haneke décide de réaliser un remake, sobrement intitulé Funny Games U.S., et sorti en 2007, soit dix ans après la version originale. Reste à savoir si ce remake va réussir (ou non) à éveiller l'intérêt de l'Oncle Sam...

 

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En l'occurrence, cette version "U.S." réveille surtout les furibonderies ibériques en écopant d'une interdiction aux moins de 18 ans en Espagne. Chez nous, le film sera tout simplement interdit aux moins de 16 ans. Malicieux, Michael Haneke décide de réaliser peu ou prou la même pellicule. Ainsi, les dialogues, les plans et les séquences sont identiques au premier film. Seule différence et pas des moindres, Michael Haneke décide de changer son casting et fait appel à l'érudition de stars hollywoodiennes. La distribution de Funny Games U.S. se compose donc de Naomi Watts (également productrice du film), Tim Roth, Michael Pitt, Brad Corbet, Davon Gearhart, Boyd Gaines et Siobahn Fallon Hogan.
Attention, SPOILERS ! Ann, George et leur fils Georgie sont en route vers leur résidence secondaire pour y passer l'été.

Leurs voisins, Fred et Eva, sont déjà arrivés et ils décident de se retrouver tous le lendemain matin pour une partie de golf. Tandis que son mari et son fils s'affairent sur leur voilier récemment remis en état, Ann commence à préparer le dîner. Tout à coup, elle se trouve face à face avec un jeune homme extrêmement poli, Peter, un des invités de ses voisins, venu, à la demande d'Eva, lui emprunter quelques oeufs. Ann s'apprête à les lui donner quand soudain, elle hésite.
Comment Peter est-il entré dans leur propriété ? Les choses prennent vite un tour étrange et débouchent sur une explosion de violence. 
A l'aune de cette exégèse et de ce remake, la question reste invariablement la suivante : pourquoi réaliser exactement le même film dix ans après ? En outre, la réponse de Michael Haneke paraît légèrement obsolète. 

 

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A l'origine, Funny Games premier du nom est un film européen. Alors pourquoi vouloir s'octroyer les ferveurs du public américain ? L'explication tient sans doute dans un fait divers qui a ébranlé l'Amérique toute entière : la fusillade de Columbine perpétrée par deux jeunes lycéens. Ce pogrom laisse une cicatrice indélébile. Presque vingt ans après les faits, ce massacre interroge sur le rapport que notre jeunesse entretient avec l'image. Cela questionne aussi sur l'influence des médias, des films, des artistes et des jeux vidéo. Mais pas seulement.
Pour Haneke, il ne s'agit pas d'accuser ni d'incriminer une personne ou une entité en particulier, mais plutôt d'analyser les raisons d'une colère grandissante. A l'instar de Gus Van Sant avec Elephant (2003), Michael Haneke déploie sa caméra dans un environnement familial, à priori avenant et sécure. Une chimère.

Selon le propre aveu de Tim Roth, qui interprète le patriarche, le tournage sera particulièrement éprouvant. Fait du hasard. Le comédien qui incarne son fils à l'écran, un certain Devon Gearhart, ressemble trait pour trait à son propre fils (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Funny_Games_U.S.). Depuis la version de 1997, rien n'a changé pour Michael Haneke. Le cinéaste reste un merveilleux directeur d'acteurs. La performance des comédiens américains est donc peu ou prou similaire à celle psalmodiée par les interprètes autrichiens. Très investie dans le film, Naomi Watts est probablement la comédienne la plus bluffante du casting. Michael Pitt et Brady Corbet, dans le rôle des deux jeunes sociopathes de service, ne sont pas en reste. Rarement, deux acteurs seront parvenus à susciter autant de crépitements et d'effroi chez le spectateur. Funny Games U.S. possède donc les mêmes qualités que son illustre devancier. 

 

 

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De facto, les thématiques explorées par Michael Haneke sont elles aussi identiques. La violence n'est plus vraiment perçue comme telle mais comme un jeu qui prend des allures sociopathiques et réglementé par deux tortionnaires. Evidemment, l'interrogatoire des deux forcenés débouche inextricablement vers une impasse. Pas de parents alcooliques, pas de drogues, pas de sévices corporels ni d'inceste familial. La raison se trouve ailleurs et probablement dans les failles et dans l'échec d'une cellule sociétale et familiale qui a périclité depuis belle lurette. 
Soumis à ses propres pulsions, l'enfant en manque d'autorité, de repère et de patriarche se regimbe, trouve son réconfort dans la violence ou dans des groupuscules politiques, idéologiques et/ou religieux. Finalement, Funny Games s'inscrit dans le continuum d'Orange Mécanique.

Ipso facto, Funny Games U.S. obéit lui aussi à la même rhétorique. A l'instar de son modèle, la version américaine convie le spectateur à scruter au plus près la violence. Au détour d'une menace et d'un nouveau jeu sadique, nous sommes invités à prendre part au débat. Ce dernier s'achèvera dans la mort, les sanglots et la putréfaction. "Et vous, qu'est-ce que vous en dites ?", interroge un Brady Corbet factieux et goguenard. Que Michael Haneke se rassure, Funny Games U.S. produit toujours le même malaise. Pourtant, la même question reste invariablement en suspens.
Quelle est l'utilité d'un tel remake, surtout pour réitérer les mêmes effets délétères ? 
En l'état, difficile de répondre avec précision tant cette nouvelle version désarçonne, à la fois par son récit, mais aussi pour son opportunisme. Parfaitement non-notable, donc !

Note : ?

 

sparklehorse2 Alice In Oliver