rocco

Genre : documentaire (interdit aux - 16 ans)
Année : 2016
Durée : 1h43

Synopsis : Rocco Siffredi est à la pornographie ce que Mike Tyson est à la boxe : une légende vivante. Sa mère aurait voulu qu’il soit curé, il est devenu acteur porno avec sa bénédiction, consacrant sa vie à un seul dieu : le Désir. En trente ans de métier, Rocco Siffredi aura visité tous les fantasmes de l’âme humaine et se sera prêté à toutes les transgressions. Hardeur au destin exceptionnel, Rocco plonge dans les abîmes de son addiction au sexe et affronte ses démons dans ce documentaire en forme d’introspection. Le moment est aussi venu, pour le monstre sacré du sexe, de raccrocher les gants. Pour tourner la dernière scène de sa carrière, Rocco a choisi ce documentaire. Une galerie de personnages – famille, amis, partenaires et professionnels du porno – l’accompagne jusqu’à cette sortie de scène spectaculaire. Des repas de famille à Budapest aux tournages de films pornographiques à Los Angeles, des ruelles italiennes d’Ortona aux villas américaines de la Porn Valley, le film déroule l’histoire d’une vie hantée par le désir et révèle en filigrane les coulisses du X, derrière le scandale et l’apparente obscénité. 

La critique :

L'acteur pornographique Rocco Siffredi est désormais âgé de 53 printemps. Pourtant, le comédien continue de fasciner le monde du X et même au-delà de cet univers galvaudé. Tout le monde ou presque connaît le nom de Rocco Siffredi, soit l'acteur le plus populaire dans le petit monde débridé de la pornographie. Surnommé l'étalon italien, Rocco Siffredi doit essentiellement sa notoriété grâce à son pénis dur, ithyphallique et à la taille cyclopéenne (entre 23 et 25 centimètres).
L'interprète a même joué pour le cinéma plus traditionnel avec Romance (Catherine Breillat, 1999) et Anatomie de l'enfer (2004), deux longs-métrages que l'on préférera phagocyter. Il était donc temps de consacrer un documentaire sur cette légende du cinéma pornographique avec le bien nommé Rocco, réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai en 2016.

Inutile de revenir sur la carrière pornographique de ce maître étalon puisque Rocco Siffredi compte plus de 1500 films à son actif et plus de 5000 partenaires. Evidemment, ce nouveau mythe du Roi Salomon a le mérite d'éveiller l'enthousiasme et la curiosité. Pas tant que ça déclame un Rocco Siffredi péremptoire. Ce documentaire a donc pour vocation de brosser le portrait intimiste de cet homme atypique, aussi bien à l'écran que dans sa vie familiale, conjugale et personnelle ; et d'analyser la genèse d'une telle érotomanie, cette pulsion inextricable qui pousse ce prince désormais chenu du porno à batifoler dans un milieu étriqué, réglementé et impitoyable. 
Au détour d'une conversation, c'est un vieil acolyte de Rocco Siffredi qui reconnaît la brutalité de cet univers fantasmagorique et régi par les lois irréfragables du capitalisme.

La carrière du comédien débute dès l'orée des années 1990. En l'espace de trois décennies, l'industrie du X a évolué vers d'autres stratosphères, entre des scènes de hard quasi animales, des comédiens libidineux qui rudoient de pauvres femmes à travers des séquences orgiaques, et des actrices qui ne perdurent pas (la plupart du temps) dans le métier, en moyenne entre quatre et six mois. Pour Rocco, cela fait désormais trente ans qu'il exerce cette profession sous l'aval de son épouse, Rosa Carraciolo, et de ses enfants, Lorenzo et Leonardo. Pour réaliser un tel documentaire sur fond de biopic et de révélations parfois scabreuses, Thierry Demaizière et Alban Teurlai diligentent une enquête précautionneuse.
Attention, SPOILERS ! Rocco Siffredi est à la pornographie ce que Mike Tyson est à la boxe : une légende vivante. 

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Sa mère aurait voulu qu’il soit curé, il est devenu acteur porno avec sa bénédiction, consacrant sa vie à un seul dieu : le Désir.  En trente ans de métier, Rocco Siffredi aura visité tous les fantasmes de l’âme humaine et se sera prêté à toutes les transgressions. Hardeur au destin exceptionnel, Rocco plonge dans les abîmes de son addiction au sexe et affronte ses démons dans ce documentaire en forme d’introspection. Le moment est aussi venu, pour le monstre sacré du sexe, de raccrocher les gants. Pour tourner la dernière scène de sa carrière, Rocco a choisi ce documentaire.
Une galerie de personnages – famille, amis, partenaires et professionnels du porno – l’accompagne jusqu’à cette sortie de scène spectaculaire. 
Des repas de famille à Budapest aux tournages de films pornographiques à Los Angeles, des ruelles italiennes d’Ortona aux villas américaines de la Porn Valley, le film déroule l’histoire d’une vie hantée par le désir et révèle en filigrane les coulisses du X, derrière le scandale et l’apparente obscénité. 

Derrière ses oripeaux de documentaire focalisé sur le monde du hard, avec ses actrices à la beauté vénéneuse et ses mâles qui suintent la brutalité et la testostérone, Rocco - le film marque aussi l'ultime révérence d'un comédien abonné aux bacchanales. 
Ainsi, le documentaire s'ouvre sur un Rocco Siffredi exsudant sous la douche, le long-métrage filmant le sexe (pour une fois) détumescent de l'acteur. Contre toute attente, Thierry Demaizière et Alban Teurlai font preuve de pudibonderie et élude l'écueil du documentaire complaisant et putassier qui consisterait à explorer l'autre facette du monde pornographique. Rocco - le film s'apparente quasiment à un exercice de psychanalyse, sondant et explorant la psyché d'un acteur qui a érigé sa légende grâce à son pénis proéminent.
Pourtant, au fil des minutes, le comédien italien évoque son besoin le plus irrévocable, celui de forniquer et de coïter dans les tournages.

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Cette pulsion primitive et archaïque constitue, à l'inverse, son démon et son antithèse. D'où proviennent ces pulsions reptiliennes ? Pourquoi ce besoin irrépressible de dominer, voire même de martyriser ses partenaires sexuels, dans les longs-métrages pornographiques ? Pourquoi ces films réitèrent peu ou prou un scénario identique (ou presque) ? Pourquoi cette fascination charnelle repose-t-elle sur ce jeu de domination, de manipulation et finalement de pouvoir ?
Bref, Thierry Demaizière et Alban Teurlai vont-ils parvenir à percer les mystères insondables de cet acteur hors du commun ? Il est étonnant de constater que tous ces experts chevronnés du X et du sexe sont de formidables ignares en la matière. La réponse se trouve dans la littérature et dans cette civilisation gréco-romaine transformant le Phallus - le membre en érection - en objet d'adoubement, de sacralisation et de divination.

Ainsi, le Phallus se transmute en Fascinus. En résumé, les hommes ont besoin de fasciner, de prédater et de transgresser pendant que les femmes ressentent la nécessité d'aimer et de trouver l'heureux élu, celui qui, justement, doit éveiller cette fascination ancestrale et assurant la pérennité d'une civilisation occidentale. Ainsi, Rocco Siffredi se raconte, de son enfance à sa relation quasi oedipienne avec sa mère. Le souvenir de cette dernière le poursuit. Inexorablement.  
Mais Rocco - le film, c'est aussi cette liaison inhérente entre le désir (Eros) et la mort (Thanatos). Finalement, la pulsion sexuelle n'est jamais satisfaite. Rocco Siffredi ressent expressément le besoin de coïter ailleurs, de multiplier les expériences sensuelles et de jouer incessamment avec ce désir mortifère, celui qui le conduit à tout essayer, des rapports sexuels consentis avec des femmes sexagénaires, jusqu'à des séries d'agapes et de priapées avec de jeunes mijaurées qui ont quasiment l'âge de ses propres fils (entre 19 et 21 ans). 

Mais la réalisation d'un tel documentaire ne doit pas détourner le comédien de la réalité. Sans cesse rattrapé par ses propres démons (la sexualité et ses corollaires), le comédien souhaite tourner un ultime film pornographique, très symbolique et (évidemment) phallique pour l'occasion, et destiné à signer ses adieux dans le monde du X. Indubitablement, Rocco - le film est un documentaire souvent passionnant qui n'élude pas toujours les digressions, ainsi que les longueurs superflues. 
Surtout, le long-métrage ne parvient pas vraiment à évacuer le mystère qui auréole cet acteur hors norme (c'est le cas de le dire) même s'il prodigue de nombreuses informations sur ses satyriasis incoercibles. Cependant, Rocco - le film justifie amplement son visionnage et éventuellement de déverser sa bourse.

Note : 13/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver