the machine girl

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans) 
Année : 2008
Durée : 1h36

Synopsis : La vie d'une jeune fille bascule le jour où un groupe de yakuzas massacre sa famille et la torture en lui coupant le bras gauche. Décidée à se venger, elle se construit alors une mitraillette en guise de prothèse.  

La critique :

Il faut remonter à 1927 et la sortie de Metropolis, réalisé par Fritz Lang, pour trouver les premiers relents du genre cyberpunk, un registre qui mélange allègrement dystopie (politique, religieuse et/ou idéologique), science-fiction, anticipation et une société en pleine décrépitude. A travers Metropolis, Firtz Lang décrit un monde paupérisé, à la fois ultra moderne et corrompu par un capitalisme qui confronte deux classes sociales : les technocrates qui détiennent la pécune et le capital et les prolétaires avilis par un système pernicieux. Au fil des décennies, le cyberpunk va évoluer vers d'autres stratosphères, transformant l'homme en machine monstrueuse et dolichocéphale.
Impression subodorée par des films tels que Tetsuo (Shinya Tsukamoto, 1988) et Blade Runner (Ridley Scott, 1982).

Dans tous les cas, les longs-métrages relatifs au cyberpunk décrivent une humanité en péril, voire un monde factice et numérique sous le joug des machines et/ou d'une intelligence artificielle. 
C'est par exemple le cas de la trilogie Matrix, amorcée par les frères (Andy et Larry) Wachowsky. Inutile alors de préciser que le genre cyberpunk a grandement influencé la culture nippone et en particulier le manga. Akira (Katsuhiro Otomo, 1988), Appleseed (Katzuyoshi Katayama, 1988) et Ghost in the Shell (Mamoru Oshii, 1995) sont autant de tentatives eschatologiques explorant un monde à l'agonie.
En l'occurrence, le film de Shinya Tsukamoto, donc Tetsuo (déjà précité), a laissé une empreinte indélébile, influençant toute une pléthore de films joyeusement décérébrés, mais beaucoup moins expérimentaux. C'est par exemple le cas de Meatball Machine (Yudai Yamaguchi et Jun'ichi Yamamoto, 2005) et de Tokyo Gore Police (Yoshihiro Nishimura, 2008).

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Vient également s'ajouter The Machine Girl, réalisé par Noboru Iguchi en 2008. En tant que scénariste, cinéaste et producteur, le metteur en scène japonais compte plus d'une cinquantaine de films à son actif, par ailleurs inconnus dans nos contrées occidentales. Et pour cause... puisque Noboru Iguchi a essentiellement réalisé des films pornographiques. En outre, The Machine Girl reste probablement son long-métrage le plus proverbial, juste après The ABC's Of Death (2012), une pellicule horrifique réalisée avec la collaboration de Ti West, Adam Wingard et Lee Hardcastle.
En l'occurrence, Noboru Iguchi n'a jamais tari d'éloges et de dithyrambes envers Tetsuo, la principale source d'inspiration de The Machine Girl. La distribution du film se compose de Minase Yashiro, Ryôsuke Kawamura, Asami Sugiura, Kentaro Shimazu, Honoka et Nobuhiro Nishihara.

Attention, SPOILERS ! (1) Ami est une jeune lycéenne japonaise. Ses parents s'étant suicidés après avoir été accusés de meurtre, elle vit seul avec son petit frère : Yu, avec lequel elle entretient des relations fortes et pleines d'amour. Malheureusement Yu est victime de racket, se faisant détrousser par une bande de jeunes dont le chef, Sho Kimura, est le fils d'un yakuza local. Un jour, alors qu'ils sont encore une fois victimes de violences, Yu et son ami Takeshi sont tués par la bande de voyous qui les jettent du haut d'un immeuble abandonné. Résolue à punir la mort de son frère, Ami se rend chez les différents membres du gang mais (1) subit une défaite sévère.
Torturée et violentée, elle perd son bras gauche. A l'agonie, Ami est alors recueillie par les parents de Takeshi. 

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Ces trois-là forment alors une collusion, bien décidés à exterminer la bande de yakuzas. Désormais affublée d'une mitrailleuse à la place du bras gauche, Ami est bien décidée à entreprendre sa vengeance sanguinaire. Sur la forme, The Machine Girl s'apparente donc à un curieux maelström entre Tetsuo (toujours la même ritournelle...), l'univers du sentaï, la culture du manga et le film gore sérieusement débridé. Via l'apparition de cette jeune éphèbe armée d'une mitrailleuse à la place du bras gauche, le long-métrage fait évidemment référence à Planète Terreur (Robert Rodriguez, 2007) et ses zombies décrépits. Autre référence et pas des moindres, le cinéma de Takashi Miike, lui aussi influencé par les films d'action et de yakuzas. The Machine Girl ressemble également à une version toute aussi érubescente d'Ichi the Killer (Takashi Miike, 2001).

Paradoxalement, c'est aussi le gros écueil de The Machine Girl. A force de renâcler à tous les styles et à tous les râteliers, le long-métrage de Noboru Iguchi éprouve les pires difficultés à se démarquer d'une concurrence litanique. 
De facto, le film souffre inévitablement de la comparaison avec Tetsuo et ses nombreux avatars. Surtout, The Machine Girl peine à transcender son récit, pour le moins anémique. Viennent également s'ajouter de nombreuses chutes de rythme, hélas préjudiciables à la qualité du film. Après un début en fanfare, The Machine Girl se polarise sur le passé de son héroïne (Ami) en déveine. Du suicide de ses parents jusqu'à la mort atroce de son petit frère, en passant par l'amputation de son bras gauche suite à une rixe avec des yakuzas, l'infortunée accumule les fêlures. Bien que lourdement handicapée, Ami peut néanmoins entreprendre son entreprise de vengeance. 

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Après une première partie longuette et fastidieuse, le long-métrage retrouve enfin de sa superbe dans une dernière demi-heure en apothéose. Noboru Iguchi ne nous refuse aucune excentricité rutilante. Dans The Machine Girl, le sang gicle à satiété, les corps explosent, les boyaux s'évaporent et les têtes en plastique volent sous le regard hébété de sa principale protagoniste. C'est aussi la principale qualité de cette pellicule rougeoyante, soit sa capacité à accumuler les saynètes outrageantes, sans toutefois dissimuler les prothèses et le sang confectionné à base de sauce tomate.
Nul doute que le film séduira les adulateurs d'un cinéma gore et parfois extrême. En l'état, The Machine Girl n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. A contrario, le métrage désappointe lorsqu'il se centre sur ses divers personnages. En outre, difficile de ressentir la moindre once de compassion pour Ami tant cette jouvencelle paraît misanthrope et peu amène. De surcroît, les acteurs peinent réellement à briller et à se transcender dans cette production un tantinet famélique.
A réserver aux irréductibles du genre, donc.

 

Note : 10.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Machine_Girl