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Genre : Thriller, drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 2010

Durée : 1h51

 

Synopsis :

Bruno Hamel, chirurgien, aspire à une vie paisible avec sa femme et sa fille Jasmine, jusqu'au jour où cette dernière est kidnappée et violée. À partir de ce moment, il décide que la justice est insuffisante pour lui et enlève le violeur le jour de son procès. Il envoie une note aux policiers spécifiant qu'il va torturer le monstre pendant sept jours, qu'il l'exécutera et qu'ensuite, il se rendra aux policiers pour faire face à la justice.

 

La critique :

Certes, le cinéma canadien n'est pas le cinéma qui se montre le plus connu de tout un chacun et sans doute le nom de PodZ ne vous dira peut-être pas grand-chose. PodZ ou, de son vrai nom, Daniel Grou commença sa carrière dans la publicité en réalisant des films pour diverses compagnies telles que Molson ou encore McDonald's. Il réalisa aussi une soixantaine de vidéoclips pour des groupes ou des artistes québécois. Rien d'éloquent mais à la fin des années 90, il commence à réaliser des séries télévisées anglo-canadiennes d'horreur. En 2003, il remportera un prix pour son téléfilm Exils.
Ici encore, rien qui ne suscite suffisamment d'attention. Il faudra, ainsi, attendre 2010 pour voir le petit bonhomme faire son apparition en tant que réalisateur de films d'envergure. Cependant, quelqu'un connaît L'Affaire Dumont ou Miraculum ?

Vous l'avez compris, PodZ est cantonné à une relative confidentialité, sauf pour un film. Son tout premier film du nom de Les 7 Jours du Talion dont les critiques se montreront soit mitigées, soit dithyrambiques, en raison d'un sujet hautement sensible. Difficile de trouver quelconque information notoire si ce n'est que le film est une adaptation du roman éponyme de Patrick Senécal. Une adaptation, cependant, très libre car il y a un grand nombre de différences entre les deux oeuvres et des scènes manquantes ou supprimées. Quoi qu'il en soit, c'est la même formule qui revient, à savoir un film méconnu qui aura son petit quart d'heure de gloire en étant chroniqué ici. Est-ce que ce film, auréolé d'un certain parfum de polémique lors de divers festivals de films où il fut présenté, a su combler nos attentes en démarrant le visionnage ? Réponse dans la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Bruno Hamel, chirurgien, menait une vie tranquille avec sa conjointe Sylvie et sa fille Jasmine, jusqu’au jour où cette dernière est victime d'un meurtre sordide commis par un dangereux psychopathe sexuel. L'arrestation du principal suspect lui fait découvrir l'impuissance de la justice à faire condamner le meurtrier. Il décide donc de se faire justice lui-même en planifiant minutieusement son coup et enlève l'assassin pour ensuite l'emmener vers un endroit sûr.
Il envoie un message aux policiers spécifiant qu’il compte torturer son otage pendant une semaine et qu’il l’exécutera ensuite avant de se rendre aux policiers pour faire face à la justice. L'enquêteur Hervé Mercure doit à tout prix retrouver Bruno et son prisonnier avant la fin de l'ultimatum.

Voilà ! Vous le sentez ce parfum de scandale et de polémique qui émane du synopsis et qui démarre déjà la sélection vu que nombre de personnes ne sauront ou ne voudront pas le regarder ? Dans le monde cinématographique, et plus que jamais aujourd'hui à notre époque où la bien-pensance nécrose l'art, il y a tout un tas de thèmes tabous, voire intouchables. PodZ choisit donc de s'attaquer à l'un des sujets les plus bouillants qui est la pédophilie. Inutile de vous faire un dessin de ce que c'est ! Un sujet bouillant de notre société où la population n'hésite pas à hurler à la mise à mort d'individus qui ont osé toucher à un enfant. Ainsi, le cinéaste démarre rapidement les hostilités en laissant la petite fille d'un couple aisé, le père étant chirurgien, se promener dans la rue pour vendre des tickets.
A travers une fenêtre, ce plan sera le dernier que nous verrons de cette fillette vu que l'on ne verra pas l'enlèvement et, bien sûr, pas la suite des événements. Sans nouvelles, les parents commencent à se mobiliser, rapidement suivis par la police diffusant des avis de recherche. La découverte fatale se fera avec le père qui verra le corps de sa fillette en état de pré-décomposition après avoir été violentée et violée. N'espérez pas voir quelconque censure sur le cadavre ! PodZ n'y va pas de main morte et calme d'emblée de jeu les spectateurs en osant montrer l'interdit : la mort d'un enfant face caméra.

Cette vision insoutenable amorcera la lente chute de cette famille. Chute qui n'en sera que plus grande lorsqu'ils verront à la télévision le suspect principal et entendront la peine ridicule qu'il devrait, au maximum, purger. Alors que la mère se montrera étrangement calme et acceptera cette situation fataliste, le père prépare son plan de kidnapping pour enlever, séquestrer, torturer et enfin tuer celui qui a ôté la vie à sa fille. A travers ce récit houleux, c'est l'occasion pour le réalisateur de brosser le principe de justice personnelle et de la notion de vengeance n'ayant jamais été aussi présents, à une époque où le laxisme est devenu omniprésent dans les pitoyables instances juridiques.
Aujourd'hui, en 2017, une agression avec violence n'est même pas passible de faire de la prison et ce qu'on appelle les "fichés S" n'en sont pas. Il n'y a qu'à voir les publications extrêmement virulentes sur les réseaux sociaux de personnes se sentant abandonnées face à cette justice. PodZ met en avant cet état de plongée et de neurasthénie mentale qui en résulte lorsqu'un individu en vient à faire justice lui-même. Bruno Hamel est ce monsieur tout le monde qui en a plein le cul du laxisme juridique et qui décide de régler ses affaires tout seul, sans l'aide de sa femme, et dans la plus pure illégalité.

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Le cinéaste indique clairement que, lorsqu'un individu est empli de ce sentiment de vengeance et de haine incontrôlable, il en vient à perdre son humanité et toutes ses barrières morales pour redescendre au rang de l'agresseur. L'originalité, à ce niveau, réside dans le fait que c'est le père qui est l'individu hargneux dans l'histoire. Alors que, dans l'inconscient collectif, la mère est vue comme la personne la plus attachée à son enfant, celle-ci se montrera absente et c'est le père qui prendra son rôle. Secundo, l'homme ivre de vengeance n'est pas un marginal mais un homme intègre, éduqué et cultivé. Pire encore, il incarne la profession de donner et sauver des vies.
Profession qui se transmutera en bourreau sadique qui n'est pas sans rappeler une certaine forme de Docteur Mengele. Le médecin a ici pleinement le droit de vie et de mort sur sa victime, prise définitivement entre ses serres pour ne plus être relâchée.

Ce qui divisa l'opinion publique est qu'un ramassis de pseudo-cinéphiles s'attendaient à une sorte d'ersatz de torture porn où les tortures les plus gores et putassières auraient été présentes. Il n'en est rien et ceux qui rechercheraient un semblant de Saw ou d'Hostel peuvent aller faire un petit tour. Les 7 Jours du Talion est un drame social profond qui ne met pas en premier plan la torture mais s'acharne à filmer, sans artifice, la psychologie de ce père dépassé et rongé par le deuil de sa fille qu'il ne veut pas reconnaître. Ses confrontations avec le violeur se feront toujours sans le moindre dialogue sortant de sa bouche. De médecin intègre, il est devenu bourreau impassible n'éprouvant aucun ressenti particulier à lacérer et maltraiter un corps humain. Il y a bien ici la destruction même de ce qui fait l'humanité de l'individu. Et pas seulement, vu que la population ne sera pas épargnée et se rangera du côté de Bruno Hamel lors des recherches lancées pour le retrouver.
Des témoignages de parents, dont leur fille a été retrouvée morte affluent à la TV, défendent Hamel et l'encouragent. Même dans la police, les agents ne manifesteront guère d'entrain à retrouver coûte que coûte le bourreau, estimant qu'il mérite quelque part son châtiment.

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Les 7 Jours du Talion est un brillant reflet de notre société condamnant avec fermeté la pédophilie au point de vouloir tuer les pédophiles. Face à un tel laxisme juridique, la société civilisée se désincarne progressivement de son humanité et commence à vouloir remettre d'application la peine de mort. Plus qu'un film choc, on est avant tout dans l'analyse sociologique et anthropologique. Evidemment, et comme dit avant, les relations bourreau-victime seront toujours sous tension avec le pédophile suppliant d'arrêter les sévices. Sévices qui ne vont clairement pas de main morte.
On se souviendra tous de l'écrasement du genou à la masse, une scène à même de protéger nos genoux inconsciemment en la voyant (tout en ayant lâché un cri de stupeur en bonus). Le sadisme aura toujours un trait réfléchi et intelligent vu que Hamel tient à garder en vie sa victime en la mettant sous perfusion et en ayant recours à toute une série de choses allant des anesthésiants aux respirateurs artificiels. Chaque scène de torture suscitera l'effroi du spectateur, des scènes en opposition totale avec le calme apparent de cette forêt à perte de vue. Le point culminant sera la scène de l'opération, très dure à encaisser psychologiquement.

C'est à cet instant précis que nos opinions se battent entre elles car un sentiment d'empathie commence à naître face à cet homme subissant la férocité et la sauvagerie d'un médecin ayant sombré dans la folie. Mais, à côté, on se rappellera toujours de l'acte impardonnable qu'il a fait. Qu'on se le dise, PodZ s'en sort à merveille dans sa mise en scène. Une mise en scène que certains jugeront lentes, comparé aux succédanés évoluant dans ce style, l'intelligence en moins mais qui tient sans problème à la gorge le spectateur qui aura accepté le rythme. Oui, malgré les 1h50 de durée, il y a peu de passages à vide et le récit ballote dans un jeu du chat et de la souris (forces de l'ordre VS Bruno Hamel) se finissant en apothéose avec une fin, loin du classique stéréotype des gentils policiers réussissant leur boulot à la perfection.

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Pour ce qui est de l'aspect esthétique, l'image n'est pas particulièrement belle. En soit, cela n'a rien de surprenant vu le décor austère dans lequel nous évoluons, soit un chalet transformé en antichambre de l'enfer. Les plans et les cadrages sont précis et rigoureux, parfois larges, parfois plus oppressants et avec de fréquents gros plans sur le visage de Hamel et de sa victime, afin de capter au mieux leurs expressions faciales. Pour ce qui est de la bande sonore, il convient de dire que Les 7 Jours du Talion est l'un des rares films dépourvu de musique.
Ce choix s'explique en grande partie pour amplifier la lourdeur et le sentiment d'austérité des sévices et des conditions inhumaines dans lesquels le pédophile est séquestré. Bien sûr, ce choix pourra être vu comme rasoir pour certains mais j'ai apprécié l'audace. Enfin, le casting est assez remarquable avec Claude Legault terrifiant dans la peau de ce médecin ivre de sang. Martin Dubreuil est tout autant excellent dans le rôle de ce pédophile. Outre ceci, le reste des personnages se débrouillent bien, à savoir Rémy Girard, Fanny Malette ou encore Pascale Delhaes. Un tournage qui, je pense, a dû être éprouvant psychologiquement compte tenu du sujet.

En conclusion, Les 7 Jours du Talion est l'un de ces drames qui choquent et marquent durablement le public par le biais d'un sujet tabou et abordé de manière frontale. Loin de toute influence néfaste du torture porn, PodZ met en avant un nombre impressionnant de thématiques tournant autour du sujet de la pédophilie : sentiment de vengeance incontrôlable, opinion publique en faveur de châtiments physiques, policiers ne croyant guère en les instances juridiques, désintégration morale d'un individu pris dans la spirale d'une violence le dépassant. Le cinéaste confère un second niveau de lecture très intelligent et ne s'embarque jamais dans le putassier et le racoleur, malgré des scènes de violence très dures. A ce niveau, l'interdiction aux moins de 16 ans était absolument nécessaire !
Certes, si on pourra pester sur un rythme parfois léthargique et certaines scènes frôlant l'amateurisme (l'intervention de policiers dans des maisons soupçonnées d'être le fief de Hamel), le pedigree du film est largement rempli. Une oeuvre de très grande qualité, injustement comprise par un public ignorant et/ou bien-pensant. Bon, il est vrai que le parti pris dans le film n'est pas très objectif ou subtil mais qui n'éprouverait pas une haine viscérale envers un meurtrier pédophile ? La peine de mort serait-elle la meilleure solution pour ce type de personne ayant touché à la pureté ? C'est là-dessus que je finirai la chronique.

 

Note : 16/20

 

 

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