Le_Fils_de_Frankenstein

Genre : horreur, épouvante 
Année : 1938
Durée : 1h39

Synopsis : Après la mort du baron Henry Frankenstein, son fils, Wolf, retourne habiter au manoir dont il a hérité avec sa famille. Alors que les villageois sont toujours terrifiés par les expériences jadis effectuées par son père, Wolf fait la rencontre d'Ygor, ancien assistant du baron qui lui demande de l'aider à faire renaître le monstre de son père. 

La critique :

Il faut remonter à l'année 1910 pour voir poindre la première adaptation du célèbre roman de Mary Shelley, sobrement intitulée Frankenstein, et réalisée par les soins de J. Searle Dawley. Disposant de moyens techniques limités, le cinéaste britannique signe un court-métrage de 16 minutes. Il faudra donc faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à 1931 pour voir une nouvelle adaptation éponyme, cette fois sous la forme d'un long-métrage, et réalisée par James Whale.
En contrat avec la Universal Monsters, le metteur en scène réalise Frankenstein (1931) puis La Fiancée de Frankenstein (1935), deux films d'épouvante qui marquent la quintessence de la créature putrescente sur le cinéma d'horreur. Le monstre dégingandé devient alors le nouvel apanage de la Universal Monsters sous la houlette et la stature impressionnante de Boris Karloff.

Toutefois, James Whale ne souhaite pas rempiler pour un troisième chapitre, le cinéaste estimant avoir fait le tour du sujet. James Whale préfère vaquer sur d'autres tournages. Un choix plutôt malencontreux puisque le réalisateur ne parviendra plus vraiment à susciter l'enthousiasme et restera, à tout jamais, comme le réalisateur de deux films. En l'occurrence, Frankenstein (1931) et sa suite s'octroient rapidement le statut de films cultes et même de classiques du Noble Septième Art.
Evidemment, l'annonce d'un troisième épisode, intitulé Le Fils de Frankenstein (1938), est attendu au tournant. C'est un certain Rowland V. Lee qui est sommé de réaliser ce troisième volet de la série. Le metteur en scène s'est notamment illustré quelques années auparavant avec Révolte au Zoo (1933), un film souvent considéré comme le chef d'oeuvre absolu de ce réalisateur hors pair et adepte du cinéma muet.

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Rowland V. Lee se distinguera par la suite avec d'autres métrages notoires, entre autres, Le Comte de Monte-Christo (1934), Les Trois Mousquetaires (1935), Le Fils de Monte-Christo (1940), ou encore Le Capitaine Kidd (1945). Le metteur en scène britannique s'est donc essentiellement illustré dans le registre de l'aventure et peut s'enhardir d'une filmographie foisonnante et exhaustive. A priori, Rowland V. Lee n'est pas vraiment un grand adepte du cinéma horrifique.
Toujours sous l'égide de la Universal Monsters, Le Fils de Frankenstein connaîtra cinq nouveaux épisodes avec Le Fantôme de Frankenstein (Erle C. Kenton, 1942), Frankenstein rencontre le loup-garou (Roy William Neill, 1943), La Maison de Frankenstein (Erle C. Kenton, 1944), La Maison de Dracula (Erle C. Kenton, 1945) et Deux nigauds contre Frankenstein (Charles Barton, 1948).

Selon le propre aveu de Boris Karloff, qui endosse à nouveaux les oripeaux fétides de la créature mortifère, Le fils de Frankenstein constitue déjà le chapitre de trop dans une franchise parfois redondante et amphigourique. L'acteur à la taille cyclopéenne reniera peu ou prou ce troisième volet de la série et refusera d'entacher davantage les frusques du monstre démoniaque. Hormis le comédien, la distribution de Le Fils de Frankenstein se compose de Basil Rathbone, Bela Lugosi, Lionel Atwill, Josephine Hutchinson, Donnie Dunagan, Emma Dunn et Edgar Norton.
Dans ce casting de prestige, il est étonnant de retrouver Basil Rathbone et son flegme britannique, lui qui interprétera à maintes reprises le détective de Baker Street. En revanche, Béla Lugosi est un nom bien connu du cinéma d'épouvante.

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Le comédien s'est notamment distingué dans Double assassinat dans la rue Morgue (Robert Florey, 1932), Les Morts-Vivants (Victor Halperin, 1932), et L'île du Docteur Moreau (Erle C. Kenton, 1933), puis sombrera, dans les années 1950, dans les affres des oubliettes, en tournant dans des séries Z, entre autres, dans Plan 9 From Outer Space (Ed Wood, 1959). Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film Le Fils de Frankenstein !
Attention, SPOILERS ! (1) Wolf Frankenstein, le fils de Henry Frankenstein, revient avec femme et enfant habiter la demeure familiale qu'il a héritée. À son arrivée, il reçoit un accueil plutôt hostile de la population locale traumatisée par les expériences scientifiques de son père. Alors qu'il s'aventure dans l'ancien laboratoire de son père, baron Henry Frankenstein, il rencontre un curieux forgeron, Ygor, qui lui demande de l'aide pour sortir du coma la créature monstrueuse que tous les gens du village pensent anéantie... (1)

Premier constat, ce synopsis semble faire abstraction des événements de La Fiancée de Frankenstein et apparaît comme la suite directe de Frankenstein premier du nom. Bien conscient qu'il ne pourra pas réitérer les fulgurances techniques et visuelles de James Whale, Rowland V. Lee reprend à la virgule près la recette de son auguste épigone. Dans ce troisième chapitre, point de réflexion sur l'humanisme naissant de la créature, ni sur le regard et le jugement d'autrui, ou encore sur cette connotation érotique voire homosexuelle qui nimbe le monstre surgi d'outre-tombe.
Rowland V. Lee n'a pas l'intention de s'aventurer sur ce chemin escarpé. En outre, le cinéaste préfère s'appesantir sur cette généalogie familiale et cette malédiction qui semble tarabuster la famille du démiurge originel. 

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Pourtant, dès son arrivée dans le village, le fiston Frankenstein - Wolf de son prénom - essuie une rebuffade. Clairement, ce dernier, sa femme et son fils ne sont pas les bienvenus et sont priés de retourner gentiment dans leurs pénates. Le médicastre jure qu'il ne commettra pas l'ultime tabou, celui d'atteindre le complexe d'Icare en exhumant la créature de sa sépulcre. Dès lors, le long-métrage laisse une place prééminente à un protagoniste subalterne : Ygor.
Sournois et séditieux, cet homme chenu n'est pas mort pendu comme le laissait augurer le premier chapitre, mais semble lui aussi sourdre des ténèbres, tout comme la créature plongée dans un sommeil léthargique. Précautionneux, Rowland V. Lee confère à ce troisième volet une tonalité méphitique et vespérale, respectant derechef et à la virgule près, le climat moribond de son illustre prédécesseur. 

Ainsi, la créature claudicante apparaît comme un monstre curieusement docile, Ygor exerçant alors une influence hypnotique et machiavélique, au grand dam du baron Wolf von Frankenstein. Très vite, le retour impromptu d'Ygor provoque l'ire des villageois, ainsi que les suspicions d'un ancien militaire. Si le scénario de ce troisième volet peut sembler un tantinet rébarbatif, le long-métrage tire son épingle du jeu via le jeu de ses comédiens. Basil Rathbone et Béla Lugosi chipent carrément la vedette à Boris Karloff. A contrario, ce dernier paraît étrangement harassé et peu concerné par les directions parfois spinescentes de ce troisième opus. De facto, Le Fils de Frankenstein joue davantage sur la peur et l'effroi que suscite la créature méphistophélique, renforçant ainsi son aura démoniaque et comminatoire. 
Bref, si ce troisième film ne rivalise pas avec ses précédents devanciers, il n'en demeure pas moins un bon film d'épouvante, qui ravira sûrement les aficionados de la série. C'est déjà pas mal.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver